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Dernières parutions avril 2015 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Clarice Lispector,Lettres à ses sœurs Clarice Lispector, Mes chéries. Lettres à ses sœurs, 1940-1957. Traduction du portugais (Brésil) Claudia Poncioni et Didier Lamaison. Préface Nádia Battella Gotlib. « [...] ma vie est un effort quotidien pour m’adapter à ces lieux arides, arides parce que vous n’êtes pas avec moi. », confie Clarice Lispector en février 1947 à ses sœurs Elisa et Tania. Depuis qu’elle a quitté Rio en 1944 pour suivre Maury Gurgel Valente, son mari diplomate, elle souffre cruellement de leur absence. Quinze années durant de Bélem, puis de l’étranger, de Naples à Washington en passant par Berne ou Torquay, elle entretient avec elles une intense correspondance. L’auteur de Près du cœur sauvage est une épistolière exigeante, qui se plaint qu’on la laisse trop longtemps sans nouvelles ou de recevoir des missives trop évasives ou trop brèves. Elle a un besoin viscéral d’être connectée à ses sœurs, de sentir leur regard bienveillant sur elle, de connaître leurs impressions sur ses livres, d’échanger des idées, d’imaginer leur quotidien loin d’elle, de voir grandir à distance sa nièce Márcia. Elle se soucie de leur santé, de leur épanouissement, leur prodigue des conseils, les exhorte à être heureuses. Ses lettres laissent transpirer son sentiment de solitude, sa difficulté à s’adapter à son milieu, à son rôle de femme de diplomate. L’épisode suisse est de loin le plus pénible, sa vie à Berne est fade, les relations sociales y sont si lisses et si pétries de convenances assommantes que cela affecte sa créativité, c’est la période où elle se débat avec son troisième roman La Ville assiégée paru en 1949. « Quelquefois je pense que je devrais cesser d’écrire ; mais je vois bien aussi que travailler est ma morale, mon unique morale. Je veux dire, si je ne travaillais pas, je serais pire parce que ce qui me donne une voie c’est l’espérance de mon travail. » Même si la nostalgie du Brésil innerve ses pensées, Clarice Lispector ne manque cependant pas de légèreté et d’humour, comme en témoigne sa manière de croquer les personnes qu’elle côtoie, de restituer les conversations ou les faits et gestes de ses fils Pedro et Paul. Ce choix de 120 lettres publié au Brésil en 2007 et traduit aujourd’hui en français, met en lumière la force de l’attachement sororal et la nécessité d’écrire d’une des figures majeures de la littérature brésilienne « Je vis en attente d’inspiration avec une avidité qui ne me donne pas relâche. J’en suis même arrivée à la conclusion qu’écrire est la chose que je désire le plus au monde, plus même que l’amour. » Éd. des femmes Antoinette Fouque, 394 p., 18 €. Élisabeth Miso

Biographies

Olivier Renault, Bonnard Olivier Renault, Bonnard, jardins secrets. De son enfance entre Fontenay-aux-Roses et la maison de vacances familiale dans le Dauphiné, Pierre Bonnard (1867-1947) gardera un goût prononcé pour la nature, inépuisable source d’inspiration pour ce peintre de la couleur et de la lumière. En 1887, parallèlement à ses études de droit, il intègre l’académie Julian où il se lie avec Paul Sérusier, Maurice Denis, Henri-Gabriel Ibels et Paul-Élie Ranson. Sous l’influence radicale de Gauguin, Sérusier incite ses amis à regarder au-delà de la perception impressionniste, le mouvement Nabi voit le jour, « une avant-garde non destructrice, qui n’entend pas faire table rase du passé, mais intégrer les formes nouvelles, étrangères et hétérogènes. » Au fil des rencontres déterminantes, des voyages, des motifs de sa peinture, des lieux de vie choisis entre Paris, les ciels de la Normandie et de la Côte d’Azur, Olivier Renault sonde avec quelle discrète assurance et quelle indépendance d’esprit Bonnard a tracé sa voie, tel « un anarchiste doux, qui refuse l’inféodation à quelque idéologie que ce soit, mais sans violence. » Le biographe recense les amitiés indéfectibles avec Ker-Xavier Roussel et Édouard Vuillard (nabis eux aussi), Thadée Natanson, Misia Godebska, Matisse et Monet, se penche sur les expériences amoureuses avec Marthe de Méligny, la compagne et le modèle de toute une vie (à la sensualité si rayonnante dans ces magnifiques scènes de salle de bain) ou Renée Montchaty (qui se suicidera quelques semaine après le mariage de Bonnard avec Marthe en 1925.) « J’espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000 avec des ailes de papillon », écrivait l’artiste dans ses notes. Olivier Renault réussit à capter toute la modernité et la subtilité de son œuvre, laissant deviner derrière la luminosité éclatante de ses toiles une dimension bien plus mystérieuse et complexe qu’il n’y paraît. Bonnard est à l’honneur au musée d’Orsay jusqu’au 19 juillet. Éd. La Table Ronde, 208 p., 8,70 €.

Récits

Tiffany Tavernier, Comme une image Tiffany Tavernier, Comme une image. Alors qu’elle assiste impuissante à la fin de son couple et que cette blessure béante en ravive une plus ancienne, celle du départ de sa mère à l’adolescence, la romancière et scénariste Tiffany Tavernier puise dans des images du passé la force de traverser cette épreuve. « Du fin fond de ma douleur, de vieux souvenirs ont ressurgi. Très beaux, très lointains ; quelque chose en moi m’a dit de prendre le temps de les considérer. » Face à ces deux axes d’effondrement intime, l’auteur s’appuie sur d’autres fondations solides de l’enfance, l’écriture et le cinéma. La passion du 7ème Art transmise par son père Bertrand Tavernier et la place centrale de l’écriture vécue comme une révélation à l’âge de sept ans, agissent en effet comme un antidote à la douleur. Enfant elle avait peur de tout, peur du monde réel, peur de ne pas être comme les autres enfants. Il n’y a que quand elle participait aux films de son père, qu’elle se laissait prendre par la magie de l’illusion, que « quelque chose s’ouvrait alors. Un espace où rien ne pouvait plus (la) menacer et où (elle) existai(t) pleinement. » Des images de tournages lui reviennent, elle à cinq ans regardant médusée par la fenêtre d’un wagon immobile la fausse nuit reconstituée par une bâche noire, elle à dix ans dans le décor chaotique de La mort en direct apportant des sandwichs à la régie ou courant dans la boue derrière l’équipe technique et son réalisateur de père au milieu de figurants. Elle garde en mémoire les visages intenses et concentrés de Romy Schneider et de Harvey Keitel, l’apparition sublime de Philippe Noiret en costume blanc sous le soleil brûlant de Coup de torchon. Toutes ces images l’accompagnent, tout cet émerveillement est là bien intact, comme une perpétuelle invitation à savourer le pouvoir de la fiction sur le monde réel. « Comme je les aime ces instants de bascule qui me font pénétrer dans un autre monde [...] À chaque fois, c’est comme ouvrir la porte d’un songe, y contempler les êtres et les choses qui le peuplent sans le moins du monde en perturber la marche. » Éd. des Busclats, 128 p., 12 €. Élisabeth Miso

Junichiro Tanizaki, Lepied de Fumiko Junichirô Tanizaki, Le pied de Fumiko, précédé de La complainte de la sirène. Traduction du japonais par Madeleine Lévy-Faivre d’Arcier et Jean-Jacques Tschudin. « Maître, Je vous prie de pardonner à un jeune étudiant l’impertinence de vous écrire si soudainement et vous demande à l’avance de bien vouloir lire jusqu’au bout ce récit que je m’apprête à vous faire. Je vous sais très occupé et vous suis profondément reconnaissant de m’accorder une part de votre temps si précieux. » Ainsi commence Le pied de Fumiko, et intrigués tout autant que ce Maître (Tanizaki lui-même), nous plongeons dans ce récit au charme affolant, à la sensualité plus intense au fur et à mesure que les personnages se dévoilent, à l’érotisme pur, œuvre de jeunesse de Tanizaki (1886-1965), déjà maître en la matière, à une époque où la censure sévissait et où le cinéma en était encore à ses balbutiements. Un vieillard, marchand fortuné, est fou amoureux d’une geisha à la beauté exceptionnelle. N’ayant d’yeux que pour une partie spécifique de son corps - les pieds -, il ne vit que pour cette obsession qui le conduit droit à la folie. Passion partagée avec son neveu, un jeune peintre qu’il tient pour confident, et à qui il demande d’exécuter un portrait de sa maîtresse. Tous les thèmes déjà chers à l’auteur sont présents ; l’obsession, la passion, la beauté, la vieillesse, l’impuissance... L’étudiant est à son tour pétrifié par la beauté de la jeune femme, dont il doit rendre toute la vie contenue jusque dans chaque muscle des doigts de la main, de l’orteil. « La blancheur du pied s’irisait de rose aux extrémités des orteils bordés de rouge pâle. Cela me rappelait les desserts de l’été, les fraises au lait, la couleur du fruit fondant dans le liquide blanc... » Éd. Gallimard, Collection Folio, 110 p., 2 €. (Nouvelles extraites des Œuvres I, Bibliothèque de la Pléiade). Corinne Amar

Autobiographies

Yael Neeman, Nous étions l’avenir Yael Neeman, Nous étions l’avenir. « Le kibboutz n’est pas un village au paysage pastoral, avec ses habitants pittoresques, ses poules et ses arbres de Judée. C’est une œuvre politique, et rares sont les gens de par le monde qui ont vécu, par choix et de leur libre volonté, une telle expérience, la plus ambitieuse qui fut jamais tentée. Qui pourrait dire non à une tentative de fonder un monde meilleur, un monde d’égalité et de justice ? Nous n’avons pas dit non. Nous avons déserté. » Le ton est donné ; précis, rigoureux, dépourvu de sentimentalisme dans ce récit littéraire et l’histoire d’un pays, d’un peuple, d’une communauté, d’une grande famille et d’une personne, la narratrice, au sein de cette famille. Elle dit « Je », elle dit plus souvent « nous » - « nous parlions au pluriel » -, un nous épris d’un monde juste, volontaire ; un monde de semeurs et de bâtisseurs qui auraient détruits les fondements du vieux monde, pour le faire renaître de ses cendres, un monde créé à la sueur de son front et à la hauteur de ses idéaux, un monde nouveau. Yaël Neeman, auteur de nouvelles et de poèmes, nous raconte ici l’histoire du kibboutz Yehi’am, « le plus beau kibboutz du monde » où elle est née en 1960 et où elle a grandi, au milieu d’un groupe d’enfants, proche mais « désoudée » de ses parents ; l’intention du kibboutz étant de « soustraire », dès leur venue au monde, les enfants « à la lourde emprise des parents », à la « nature bourgeoise de la famille ». Au-delà du regard d’enfant qui se souvient, puis de l’adolescente qu’elle fut au sein de cette communauté idéale, à travers son expérience vécue de ce rêve, elle raconte aussi et surtout la réalisation désenchantée d’une utopie proprement israélienne, laquelle fait entendre sa propre musique, égrainée de photographies, de poèmes et de chants. Un très beau texte. Éd. Actes Sud, 268 p.,16,99 €. Corinne Amar

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