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Dernières parutions mai 2015 Par Elisabeth Miso

 

Autobiographies / mémoires

Anjelica Huston, Suivez mon regard Anjelica Huston, Suivez mon regard. Traduction de l’anglais (États-Unis) Anouk Neuhoff et Stéphane Roques. Anjelica Huston voit le jour en 1951, fruit de l’union du monstre sacré John Huston et d’Enrica Soma, une jeune ballerine qui renonce à sa carrière par amour. Séduit par la beauté de ses paysages et l’intrépidité des chasseurs membres des Galway Blazers, le cinéaste décide d’installer sa tribu en Irlande. La petite Anjelica grandit à St Clerans, un domaine digne d’une production hollywoodienne avec son somptueux manoir abritant les œuvres d’art de son père, ses chevaux magnifiques, ses folles parties de chasse au renard, ses fêtes extravagantes et ses hôtes prestigieux, aristocrates et célébrités du monde des lettres et du cinéma. Accaparé par ses tournages, John Huston s’absente de longs mois mais dès qu’il réapparaît, St Clerans vibre de sa présence magnétique. C’est « un aventurier, un personnage flamboyant doué d’un cœur généreux. », un être fantasque à la « dégaine spectaculaire », un esthète, un homme à femmes, spirituel, exigeant et d’une intelligence redoutable qui aime s’entourer de personnalités hors normes. Vivre dans l’ombre d’un tel homme peut s’avérer complexe, sa femme finit par s’établir à Londres où la rejoignent Anjelica et son frère aîné Tony. Après les fondements d’une enfance et d’une adolescence singulières, l’actrice poursuit l’exploration de son existence haute en couleurs. Éreintée par la critique pour sa prestation à seize ans dans le film de son père Promenade avec l’amour et la mort, elle met un temps de côté ses ambitions cinématographiques. Elle préfère faire ses armes dans le mannequinat, d’abord en Angleterre en pleine effervescence du Swinging London puis à New York où elle choisit de vivre après la mort tragique de sa mère en 1969. Photographiée par Avedon, Newton ou David Bailey, elle acquiert confiance en elle mais s’enlise dans une relation toxique avec le photographe schizophrène Bob Richardson. S’ouvre ensuite une période des plus stimulantes à Los Angeles, dans les années 70 et 80, au bras du charismatique Jack Nicholson, son âme sœur, un homme de la trempe de son père mais tout aussi volage ; puis vient l’amour serein aux côtés du sculpteur Robert Graham décédé en 2008. Bon sang ne saurait mentir, oscarisée pour son rôle dans L’Honneur des Prizzi, dirigée par Stephen Frears, Woody Allen, Clint Eastwood ou Wes Anderson, Anjelica Huston s’est taillée une place de choix dans le 7ème art. Éd. de l’Olivier,608 p., 23,50 €. Élisabeth Miso

Romans

Pierre Ducrozet, Eroica Pierre Ducrozet, Eroica. Pour son nouveau roman Pierre Ducrozet s’est emparé de l’icône Jean-Michel Basquiat, développant autour de la trajectoire fulgurante d’un des peintres majeurs du XXe siècle et de sa rage créatrice une certaine idée de l’héroïsme. À la fin des années 70, un jeune américain aux origines haïtiennes et portoricaines, arpente le « chaos brûlant » de New York, cette ville « sale et impure » l’inspire, il graffe sur les murs de SoHo aux abords des galeries d’art les plus en vue des phrases qu’il signe du nom de SAMO. Il veut être célèbre, faire partie de cette nouvelle scène artistique incarnée par son idole Andy Warhol. Il passe des nuits entières à étudier tout ce que la peinture a produit jusque là. Ce qu’il veut c’est inventer son propre univers, à l’instar de Charlie Parker, Coltrane et Miles Davis, il veut tracer avec son pinceau ce parfait alliage  : « maîtrise du rythme, improvisation des formes. » Ce qu’il cherche à représenter sur la toile c’est « quelque chose de lisible et d’incompréhensible. Une langue faite d’une profusion de signes, d’une architecture complexe, d’un trait enfantin et brutal, d’une poésie radicale, d’une absence totale de compromis avec le canon. » À partir de 1980 avec les expositions du Times Square Show et New York/New Wave tout s’accélère, très vite collectionneurs, marchands d’art et galeristes se pressent pour acquérir ses œuvres. Pierre Ducrozet, de son écriture nerveuse et musicale, restitue l’énergie artistique du New York de cette époque et imagine le bouillonnement intérieur d’un Basquiat se débattant avec le succès et la spirale de la drogue, tout entier absorbé par sa quête d’un trait « naturel et explosif, quand tout fut pensé et construit. ». Éd. Grasset, 272 p., 19 €. Élisabeth Miso

Pierre Grillet, Madame rêve Pierre Grillet, Madame Rêve. « Madame rêve, c’était quelqu’un. Fantasque, drôle, kleptomane, dépensière, égoïste, toxicomane, infidèle, belle et gracieuse. Elle passait partout et on lui passait tout. Madame rêve, c’était quelqu’un avant d’être une chanson. » Cette fameuse chanson d’Alain Bashung qui figure sur l’album Osez Joséphine sorti en 1991, est née d’une fascination pour une femme insaisissable et autodestructrice. Parolier pour Johnny Hallyday, Christophe, Nicoletta, Michel Delpech ou Vanessa Paradis (auteur entre autres de C’est la ouate et d’À cause des garçons), Pierre Grillet retrace cette passion amoureuse, par bouts de mémoire comme il élabore ses chansons par bouts de textes jetés dans des cahiers. Ses « carnets sont remplis d’elle », la première fois il l’a remarquée sur un polaroid, l’a ensuite rencontrée dans un club à New York, et au fil du temps une liaison intranquille, une adoration physique, s’est tissée entre eux, ponctuée de retrouvailles et de disparitions multiples sur fond d’hôtels luxueux et de cliniques de repos. Natasha ne semblait pas tenir à la vie, « Tout avait un parfum d’ennui, de défaite sincère devant la vanité de tout. Tout, sauf l’amour physique. » Elle redoutait son propre flétrissement, elle est morte à 49 ans, un soir de solitude, d’avoir abusé d’alcool et de médicaments. Pierre Grillet n’a jamais percé le mystère de ses sublimes yeux verts mais se savait inexorablement attaché à cette femme. Longtemps il s’est désespéré de n’éveiller aucun intérêt avec Madame rêve, jusqu’à ce que le texte parvienne à Bashung dont le talent l’intimidait. Le parolier évoque le cheminement d’une chanson, la première impression, puis la manière dont les mots se déposent dans notre conscience, le décalage qu’il faut parfois pour vraiment entendre les paroles. « Aimer sans comprendre, sans comprendre forcément tout de suite, c’est la magie de l’amour et des chansons. » Éd. Stock, 128 p., 13 €. Elisabeth Miso.

Récits

Ismail kadare, La Poupée Ismail Kadaré, La Poupée. Traduction de l’albanais Tedi Papavrami. Enfant, Ismail Kadaré avait une image confuse de sa mère. Son physique de poupée éthérée, ses silences, sa cruelle absence d’épaisseur, la rendaient énigmatique à ses yeux. Dans ce court récit, l’écrivain albanais sonde avec tendresse et lucidité la nature de leur relation et convoque à nouveau le souvenir de Gjirokastër, sa ville natale. Mariée selon la coutume par arrangement, sa mère a dix-sept quand elle franchit le seuil de la demeure de son époux. Elle quitte une maison parentale accueillante et opulente pour un foyer austère et immense, source d’inépuisables contraintes domestiques et conflits avec une belle-mère hostile. Le jeune Ismail observe cette guerre froide entre les deux femmes, les rivalités entre les deux familles, et les années passant, finit par mieux décrypter les limites intellectuelles de sa mère, sa déconcertante « appréhension décalée de l’univers », son incapacité à analyser les choses avec raison. « Peut-être que, plus que le fils d’une mère, j’avais le sentiment d’être le rejeton d’une jeune fille de dix-sept ans dont le développement se serait soudain trouvé suspendu. » Les désirs d’émancipation et d’écriture de son fils, sa volonté de rompre avec les traditions ancestrales notamment quand il s’éprend de sa future épouse, tout est prétexte à un flot d’incompréhensions. N’est-elle pas persuadée qu’une fois devenu un écrivain reconnu il se détournera d’elle ? Il a beau se moquer d’elle et la rassurer, le malentendu persiste. Se pencher sur la figure maternelle, c’est aussi se livrer à une forme d’autoportrait. L’auteur du Général de l’armée morte, se remémore ses rêves de littérature, décrivant avec autodérision l’adolescent prétentieux qu’il était. Il souligne également la pression du régime communiste sur les intellectuels, la difficulté à penser librement et en quelques lignes revient sur son exil politique en France en 1990. Ce livre sonne comme un long remerciement filial. Loin de ressentir le mystère et les carences maternels comme une entrave, Ismail Kadaré n’y a vu que la possibilité d’être l’écrivain qu’il souhaitait devenir. « J’éprouvais parfois l’impression que tout ce qui rendait sa vie difficile me servait dans mon art. J’en arrivais presque à croire qu’elle avait fait à dessein le choix de son automutilation pour me servir. » Éd. Fayard, 160 p., 16 €. Elisabeth Miso.

Jean Rolin, Savannah Jean Rolin, Savannah. Savannah est le nom d’une ville à l’est de la Géorgie, au sud-est d’Atlanta. C’est aussi le titre, laconique et distancié, choisi par Jean Rolin pour évoquer, en chapitres brefs, photogéniques, pudiques, attendris, un voyage qu’il fit en 2007 en Géorgie, avec Kate, qui fut sa compagne, sur les traces de la romancière américaine Flannery O’Connor, auteur de nombre de nouvelles dont Mon mal vient de plus loin, morte à 39 ans, et pour qui Kate (photographe, fille de Jane Birkin et John Barry, disparue tragiquement à l’âge de 46 ans, en 2013) s’était prise de passion. Sept ans plus tard, l’auteur revient sur les lieux à deux visités, pour y confondre souvenirs et réalité, géographie familière et histoire... « Lors d’une brève conversation avec moi, Kate me demande ce que nous allons faire à Savannah, et par mauvaise volonté, ou par jeu, j’énumère différents objectifs de ce voyage dont je sais qu’ils ne sont pas les siens - « voir la mer », « voir des oiseaux », « voir les activités portuaires » -, avant de me résoudre à bredouiller une phrase presque inaudible dans laquelle on entend le nom de Flannery. » Armée d’un appareil photographique miniature, Kate filmait en permanence ce qui l’entourait, tout ce qui se déroulait à ses pieds : des pieds justement, des reflets dans des flaques, le ciel ou l’aile d’un avion, le trajet d’un motel, des objets sur une table, la visite d’une cathédrale, sa façade ou les reflets de deux palmiers dans une flaque d’eau... Elle boit un thé ou autre chose au Clary’s Cafe, aborde avec facilité, confiante, des inconnus, se fait accepter d’eux... Échanges de conversation entre eux deux, remémorés avec acuité, éclats de rire, murmures des flaques d’eau, reflets des visages côte à côte, dedans. Tout semble si doux, si léger, si fugitif et si entremêlé à la vie... Éd. POL, 128 p., 12 €. Corinne Amar

Henri Calet, Huit quartiers de roture Henri Calet, Huit quartiers de roture (Petit guide des XIXe et XXe arrondissements de Paris). Édition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Baril. C’est à un spécialiste, passionné de Henri Calet, qui lui consacra une biographie, la publication de quelques correspondances et recueils posthumes, que nous devons cette édition établie et présentée de l’écrivain, journaliste (qui collabora, entre autres à Combat) né en 1904, disparu prématurément en 1956, dont l’œuvre fut presque exclusivement autobiographique, et pourtant, restée énigmatique... Lui qui terminera sa vie en laissant ces mots mémorables et repris par d’autres sur son agenda : « Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes »... Ici, rien de tragique ni même de mélancolique ; un je ne sais quoi d’âpre et de tendre à la fois dans le ton.
« Je travaille en ce moment à un guide de Paris où j’ai choisi de parler des XIXe et XXe arrondissements, ce qui m’a conduit à faire quelques balades assez déprimantes aux abattoirs de la Villette et aux Butes Chaumont », écrit Calet à son ami, le poète égyptien, Georges Henein, le 30 mars 1949. Arpentant les rues, et déjà nourri d’une documentation érudite de Paris, ce sont les quartiers de son enfance que l’écrivain revisite allègrement, ces faubourgs pauvres où il n’y a rien à voir et qu’il affectionne - Ménilmontant, le cimetière du Père-Lachaise, Belleville, Les Buttes-Chaumont... - les truffant d’anecdotes ou de quatrains empruntés à la poésie grivoise du 16e siècle. Un regard amoureux et ému d’un Paris familier où se réveillent une « poussière de souvenirs » au fur et à mesure des trottoirs usés par les pas. Balades de prédilection, quand on se souvient que les romans de Calet mettent si souvent en scène ce Paris populaire de la première moitié du XXe siècle. Éd. Le Dilettante, 224 p., 20 €. Corinne Amar
Ces Huit quartiers de roture ont fait l’objet d’une version radiophonique réalisée en 1952. Le Dilettante en propose des extraits dans un CD qui accompagne l’ouvrage. L’occasion d’entendre la voix d’Henri Calet.

Essais

Jean Renoir épistolier Philippe De Vita, Jean Renoir épistolier. Fragments autobiographiques d’un honnête homme. En plus d’être un cinéaste, Jean Renoir fut un authentique polygraphe, ayant écrit plusieurs romans et pièces de théâtre, de nombreux articles et des textes autobiographiques. À cet ensemble vient s’ajouter sa correspondance, qui se développe lors de l’exil de Renoir aux États-Unis. Elle est volontiers utilisée comme une source documentaire, mais elle a été peu considérée pour elle-même, c’est-à-dire comme discours et comme texte. Si la lettre de Renoir délivre des informations qui renseignent la création de certains films, la rhétorique qui est à l’œuvre peut nuancer l’histoire de la genèse cinématographique.
L’enjeu de cette correspondance se révèle autobiographique. Renoir utilise la lettre pour rendre compte des bouleversements liés à l’exil et manifester son identité artistique. La légende de l’auteur, forgée dans les années cinquante, est brisée. Sur la scène épistolaire, Renoir se voit en honnête homme au sens où l’époque classique l’entendait : il fait preuve de sociabilité par la maîtrise d’un art de plaire et le souci de s’adapter à son destinataire. Avant d’utiliser la lettre comme réservoir biographique, le lecteur devra remettre en perspective cette rhétorique de l’honnête homme selon Renoir.
Philippe De Vita est professeur certifié en Lettres modernes et docteur en langue et littérature françaises de l’université d’Orléans. Éd. L’Harmattan, collection Champs visuels, 254 p. Présentation de l’éditeur.

Documentaires - DVD

Je vous regarde écrire Jacques Alain Renaud, « Je vous regarde écrire... » Michèle Reverbel a été nommée récemment par le ministère de la Culture, chevalier des Arts et des lettres. Écrivain public pendant 35 ans à Valence, cette femme généreuse et passionnée a décidé de devenir « éveilleuse d’écriture » en sillonnant la France à la rencontre de ceux qui se sentent exclus de toute pratique de l’écrit. Elle les a encouragé et leur a donné confiance. Au bas des immeubles, dans les gares, les marchés, les prisons, dans les hôpitaux psychiatriques, les maisons de retraite, les écoles ou les usines, elle est intervenue en installant un bureau sur lequel était disposé le matériel nécessaire à l’écriture et à l’imagination, coffre, papiers et encres multicolores, plumes d’oies ou d’autruches... Avec ce documentaire qui lui est consacré, le réalisateur Jacques Alain Renaud rend hommage à son dévouement et à l’action qu’elle a menée pendant des années. Le film nous permet de découvrir les courriers atypiques qu’elle a reçus des personnes qui ont pu renoué avec eux-mêmes en goûtant la joie d’exister dans les mots grâce à elle. Rangées dans des tiroirs ou suspendues à un fil qui traverse le salon de sa maison à Uzès, ces lettres et enveloppes se comptent par milliers et forment une collection extraordinaire dans laquelle chaque missive est un objet poétique et artistique. Le peintre Jean-Pierre Chauvet, conscient de l’importance de cette collection d’art postal, a eu l’initiative d’alerter le Musée de la Poste qui a acquis une partie de ces œuvres. Les différents témoignages, notamment ceux du graveur Jean Kohen qui écrit depuis 22 ans à Michèle Reverbel et du facteur bienveillant qui aime à distribuer ces lettres hors du commun, sont ponctués de lectures d’extraits de la correspondance de Clément Porre, un jeune homme qu’elle a rencontré à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu à Lyon, mort avant de voir ses lettres réunies en un recueil. Touchée par le talent littéraire de Clément Porre, « l’éveilleuse d’écriture » les a fait publier aux éditions Comp’act en 2003. DVD Scope 2 TV Production, avec la participation du Musée de La Poste. Durée : 52 min. 20 €. N.J.

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