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Entretien avec Sylvia Massias
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Sylvia Massia 2 Sylvia Massias, mai 2015
Photo. © N. Jungerman

Sylvia Massias, docteur ès lettres, est l’auteur d’une thèse sur Mallarmé. Elle fut responsable du fonds d’archives de l’écrivain E. M. Cioran, qu’elle a inventoriées à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Elle a travaillé notamment sur le poète et traducteur Armel Guerne, publié ses Lettres à Cioran ainsi qu’une anthologie de textes, Le Verbe nu, parue aux éditions du Seuil en 2014. C’est à l’occasion de ses recherches autour de l’écrivain roumain qu’elle découvre les écrits de Vincent La Soudière, dont il avait été l’ami. Elle obtient une bourse du Centre national du livre, en 2003, en vue de les publier, et fait paraître un recueil d’aphorismes, Brisants, aux Éditions Arfuyen. D’autres recueils sont en préparation. Elle a consacré un livre à cet auteur, Vincent La Soudière, la passion de l’abîme et publié ses Lettres à Didier (1964-1993, trois tomes), aux éditions du Cerf.

Vous avez établi l’édition des Lettres de Vincent La Soudière à son ami Didier, dont le troisième volume vient de paraître en même temps qu’une biographie que vous avez écrite sur cet écrivain méconnu, auteur d’un seul livre publié de son vivant, Chroniques antérieures (éd. Fata Morgana, 1978) et de quelques textes dans des revues. Vous dites avoir découvert son existence en travaillant sur Cioran...

Sylvia Massias Oui, c’est en travaillant à la préparation du Cahier de L’Herne Cioran - Cahier dont Constantin Tacou m’avait confié la direction - que j’ai découvert, en 2001, les écrits de Vincent La Soudière. J’effectuais à cette époque une recherche systématique des lettres de Cioran pour en publier un choix. Parmi celles qu’il avait reçues se trouvaient quelques lettres d’un certain Vincent de La Soudière. J’ai mené une enquête et rencontré son plus jeune frère Landry, qui non seulement m’a montré des lettres de Cioran, mais aussi tous les manuscrits de Vincent - ses cahiers, ses carnets, des centaines de feuillets et divers dossiers. J’ai tout de suite pressenti l’importance de ces écrits. À l’époque, je travaillais pour les éditions Le Capucin et cherchais des textes à publier. La directrice de cette maison, Catherine Coustols, avait créé une collection de petits livres intitulée « Le Temps des signes » (en référence à un titre d’Armel Guerne) et c’est dans cette collection qu’elle a décidé de publier un texte de Vincent La Soudière. Nous avons choisi In memoriam Francis Bacon, pour des raisons assez arbitraires, je dois dire ; je n’avais pas encore eu le temps d’examiner l’ensemble des manuscrits. J’en ai établi le texte sans commentaire, n’ayant pas à l’époque les clés pour le comprendre. Beaucoup plus tard, j’ai réalisé qu’il faisait référence à un épisode très précis de la vie de son auteur. Je lui ai consacré une section dans mon livre.

« Tu seras un écrivain posthume » écrivait Didier à Vincent La Soudière qui le cite dans une lettre de septembre 1991 et ajoute : « Mais qui voudra s’occuper de mes papiers après ma mort ? Et qui cela pourra-t-il intéresser ? » Grâce à vous, Sylvia Massias, nous avons la possibilité de lire Vincent La Soudière... Vous avez d’ailleurs fait paraître, en 2003, le recueil intitulé Brisants...

S. M. En effet, c’est avec Brisants que la publication posthume de Vincent La Soudière a commencé à proprement parler. Parmi ses cahiers et carnets, certains étaient numérotés et constituaient un ensemble : il s’agissait de trois cahiers et neuf carnets, dans lesquels il avait écrit ce qu’il appelle lui-même des aphorismes, c’est-à-dire des fragments plus ou moins développés. Ces cahiers et carnets ont été rédigés durant les dernières années de sa vie, à partir de 1988. Certaines indications montrent qu’il souhaitait réunir un choix de fragments pour en faire un livre et qu’il avait songé au titre de Brisants, sans toutefois avoir pu le concevoir. Je l’ai donc réalisé à sa place, et fait des choix parmi un ensemble assez considérable de fragments - un choix d’autant plus restreint que l’éditeur (le directeur des éditions Arfuyen) m’avait demandé de le réduire à la dimension d’un petit livre d’une centaine de pages.
« Tu seras un écrivain posthume » est en effet une parole de Didier, assez ancienne. Déjà en 1977, Vincent lui rappelait dans une lettre : « Je suis installé dans l’idée (qui est de toi) que je serai un auteur posthume ». Didier a bien senti que le drame qui l’empêchait d’aller au bout de son geste risquait de se prolonger indéfiniment et lui a apporté cette pensée, consolatrice, que Vincent a intériorisée et faite sienne. Il s’y est installé, comme il s’est installé dans la perspective eschatologique. C’est dans cette dimension qu’il écrira à la fin de sa vie. Vous citez l’une des allusions - il y en a plusieurs - à ce tiers dont il souhaiterait qu’il s’occupe de la publication de ses écrits. Dans une autre lettre, en 1973, contemplant les cinquante cahiers qu’il a écrits jusqu’à cette date sans parvenir à les exploiter, il conclut : « une secrétaire - chartiste de surcroît - se chargera un jour de faire l’inventaire de toutes ces vieilleries ». Ce propos m’a beaucoup amusée quand je l’ai lu pour la première fois.

Dans une lettre de novembre 1989, Vincent La Soudière écrit : « Je ne demande que deux choses à l’écriture : 1) Être publié. 2) Être reconnu comme écrivain. Ni plus ni moins. Avoir assez de santé pour aller jusqu’au bout de ce que Dieu attend de moi. Solitude peuplée de myriades d’yeux d’anges. »...

S. M. Oui, cela exprime parfaitement à la fois son désir et sa situation. Il désire être publié et reconnu comme écrivain, et cependant, en plusieurs circonstances, il a refusé d’être édité. Il a fini par ne plus pouvoir concevoir cette reconnaissance que de façon posthume, continuant à écrire avec le seul « firmament pour témoin » (pour reprendre le titre que j’ai donné au troisième tome de sa correspondance), sous le regard des anges et pour Dieu - tout en espérant qu’un jour ses écrits parviendraient à ceux à qui il les destinait, ces frères d’âme qu’il désirait rencontrer et qu’il n’a pu rejoindre durant sa vie terrestre. Le propos que vous citez traduit son sentiment exacerbé d’avoir une vocation et une mission à accomplir - la vocation d’écrire pour dire quelque chose d’essentiel et le donner au monde. Sa grande douleur aura été de ne pas voir ses écrits publiés, parce que quelque chose en lui était brisé. Son impuissance se traduit par une incapacité à coordonner ses fragments, à concevoir une forme, à composer une « œuvre ». Il analyse son problème avec une lucidité remarquable : « Quelque chose me manque, une je ne sais quelle force ordonnatrice, pour bâtir le moindre projet littéraire », écrit-il à Didier, ajoutant : « Et c’est ce manque qui empêche qu’on soit un écrivain ». Et pourtant, il en est un !

Il écrit qu’il est très déçu de la réception de Chroniques antérieures...

S. M. En effet. Il a pourtant reçu de très bons échos (je les cite dans mon livre), il faut le souligner. Mais cette publication n’a pas eu l’effet escompté. C’est qu’il en attendait beaucoup, beaucoup plus que ce qu’une publication peut apporter. Il espérait qu’en exprimant son mal-être, il allait pouvoir s’en délivrer. Il espérait aussi que cet acte de publication lui permettrait de prendre enfin pied dans l’existence, de trouver sa place dans le monde, en créant aussi les relations auxquelles il aspirait du fond de sa grande solitude. Or, c’est l’inverse qui s’est produit : à partir de cette publication, en 1978-1979, il traverse une crise existentielle et spirituelle très violente, pour sombrer ensuite dans une dépression qui durera plusieurs années. Il tombe dans l’abîme, le shéol, dans un état de mort spirituelle et de coupure d’avec toute vie. Il fait l’expérience de la mort dans la vie, de la régression vers un monde anté-humain qu’il appelle « l’antérieur ». « Je suis l’athée à l’état pur - athée du monde -, sans clef de voûte », écrit-il dans ses Chroniques antérieures. Vincent ausculte les abîmes de la mort spirituelle de l’homme et son expérience intérieure l’a conduit à la racine de l’athéisme. Elle fait de lui un témoin essentiel de son siècle, qui est, dit-il, « infiniment plus "athée" qu’il ne le croit », en détruisant la précieuse substance de la création et en introduisant partout, avec une terrible inconscience, la mort dans la vie.

Dans votre biographie, vous montrez l’importance qu’a eue pour lui son oncle Dominique. Vincent a été marqué par sa personnalité et par son suicide... La religion héritée de son père a sans doute aussi contribué au mal-être de Vincent...

S. M. Si Vincent a fait l’expérience de l’enfer durant sa vie, c’est pour des raisons que l’on peut en effet principalement trouver dans la petite enfance et qui ont certainement été déterminantes. Il a été très marqué par l’éducation religieuse dispensée par son père, fondée sur la peur de l’enfer et de ses supplices. Vincent était à la fois terrorisé et fasciné par l’enfer. Cette fascination fera qu’il cherchera, paradoxalement, la lumière au cœur de la nuit, une issue au fond du gouffre, comme s’il devait descendre tous les degrés de la mort intérieure pour pouvoir enfin déboucher sur les « hauts plateaux de l’altitude » (je cite un texte tardif). Plutôt que de chercher la lumière, il tâchera d’« envoûter la nuit ». Le titre que j’ai donné au premier tome des Lettres à Didier signifie cette quête paradoxale : « C’est à la nuit de briser la nuit », afin, dit-il, que lui soit jetée « une blanche échelle de corde pour surmonter la terreur ». Et son dernier acte, à savoir son suicide, est lui-même frappé de cette contradiction qui lui a fait chercher la vie dans la mort : la dernière lettre adressée à Didier montre qu’en se suicidant, il ne désirait pas tant mourir que commencer enfin à vivre.
Par ailleurs, Vincent a été profondément marqué par la brutale disparition de son oncle Dominique, frère de sa mère, qui a joué pour lui le rôle d’un père. Dominique s’est suicidé en 1945, quand Vincent avait cinq ans. Sa mort a été un drame terrible pour lui. Serait-elle à la source des tentations de suicide qu’il a connues durant toute sa vie, et de son suicide final ?

Vous écrivez (page 64) : « En 1971, Henri Michaux remarquera, au sujet d’un choix qu’il lui remettra, que ses textes ne s’adressent pas vraiment à quelqu’un. Tout ce que Vincent écrit, au fond, s’adresse au père et rencontre une absence »...

S. M. Michaux avait en effet perçu la valeur exceptionnelle de Vincent en même temps que son extrême fragilité psychique. Le passage que vous citez se réfère à une remarque ancienne. Michaux venait de lire un de ses textes et le trouvait, écrit Vincent à Didier, « dans un état d’écriture hybride, n’arrivant pas à déboucher sur une véritable extériorité ». Certains textes peuvent donner cette impression de manquer d’une certaine dimension d’existence, comme s’ils n’étaient pas vraiment incarnés, flottant dans une sorte d’apesanteur, demeurant dans un état de semi-réalité - à l’image de celui qui les a écrits et qui attendait lui-même de naître, considérant qu’il n’était précisément pas encore né.
Cette situation existentielle est la raison qui l’a poussé à entrer en relation avec Henri Michaux. En 1970, il lui écrit une lettre, espérant que « l’écrivain vivant qu’il admire le plus » l’aidera à sortir de lui-même et de son intériorité asphyxiante. Michaux lui répond et ils se rencontreront peu après. Il l’aidera à publier et saura l’écouter. Il fut pour Vincent une figure paternelle.

Et Cioran ?

S. M. Avec Cioran, la relation était plutôt fraternelle. Ils se sont souvent rencontrés. Comme avec Michaux, il s’agissait d’une relation très authentique. Vincent a fui la vanité des relations mondaines propres au milieu littéraire. Dans une lettre adressée à Bruno Roy, Michaux dit qu’il représentait pour lui « l’authenticité même, le contraire de l’homme de lettres », comme Michaux était pour Vincent l’« ennemi acharné de la "carrière" et du "succès" ».
Avec Cioran, la relation était toute de complicité. Ils ont beaucoup ri ensemble. Cioran, on le sait, était très drôle. Vincent aussi. Ceux qui l’ont connu regrettent que cet humour qu’il manifestait dans la vie ne soit pas perceptible dans ses lettres - ou peu, et de façon subtile. Didier témoigne qu’il n’a jamais autant ri qu’en compagnie de Vincent. Mais il précise que ce comique était surtout d’autodérision.

Les lettres de Vincent La Soudière, depuis le premier volume, ont l’intensité d’un journal intime dans lequel il confesse, notamment, son impuissance à écrire, sa tentative réitérée d’accéder à la composition d’une œuvre, sa passion pour la lecture...

S. M. Cette correspondance a en effet des allures de journal intime dans la mesure où Didier n’a pas souhaité publier ses propres lettres, ni conserver les passages des lettres de Vincent le concernant. C’est pourquoi j’ai décidé de couper toutes les formules d’adresse et les formules finales. Ce parti-pris tend à faire de cette correspondance une manière de soliloque et laisse penser que Vincent ne se préoccupait que de lui-même. Ceci n’est qu’en partie vrai. Didier a précisé dans une note publiée au début du premier tome : « comment notre amitié aurait-elle pu durer si longtemps, et se maintenir à une telle hauteur, si elle n’avait été qu’un soliloque ? » Il y avait bien échange. Mais Didier admet qu’il lui « revenait de beaucoup écouter ». Ceci s’accentuera à partir du moment où Didier sera ordonné prêtre, en 1976 : la parole de Vincent tend alors vers la confession, ses lettres deviennent parfois des autoaccusations par lesquelles il tente de soulager son sentiment de culpabilité.
Ses lettres témoignent aussi de sa passion pour la lecture. Il a énormément lu. Il évoque certains livres précis et ses analyses sont particulièrement pénétrantes.

« Notre correspondance me satisfait pleinement ; nous pouvons nous y exprimer, ce qui est une chose importante... » dit-il, et vous écrivez dans votre introduction : « Cette correspondance devient pour son auteur l’instrument privilégié d’une quête existentielle puis spirituelle. »...
C’est grâce à son correspondant, qu’il se sent exister.

S. M. Oui, ce propos se trouve dans une des toutes premières lettres adressées à Didier. D’emblée, celui-ci s’est imposé comme son « interlocuteur unique » ou, dit-il dans sa dernière lettre, son « seul confident ». C’est à lui seul qu’il a confié qu’il allait se suicider.
Didier a été quelqu’un de très exigeant, qui l’a tiré vers le meilleur de lui-même ; en même temps, il avait confiance en lui, il l’admirait même, et ne le jugeait pas. La qualité des lettres de Vincent tient en partie à cette exigence et à la qualité de réception de Didier. Cette amitié a été vitale pour lui. Je pense qu’elle lui a permis de survivre, de s’exprimer aussi comme il n’aurait pu le faire avec personne - comme il ne l’a fait avec personne -, en toute liberté et authenticité. Je pense même que sans cette possibilité de se confier à Didier, il aurait abrégé plus tôt sa vie. Grâce à l’amitié et à l’écoute de cet ami incomparable, Vincent a pu la prolonger. Il a pu aussi, par conséquent, témoigner, à travers sa correspondance, de l’expérience existentielle et spirituelle qui a été la sienne et de l’acuité du combat qu’il a mené durant toute sa vie. Didier a été le témoin privilégié et exclusif de son drame, en même temps que le garant d’une identité inaccessible qu’il a contribué à authentifier. Didier a bien été le premier accoucheur de Vincent, comme celui-ci le lui dit dans une lettre.
Sa quête devient plus nettement spirituelle à partir de la grande crise de 1978. Il tente de secouer son inertie et sa tiédeur, considérant que sa conversion de 1974 - époque où il est revenu à la foi catholique - n’a été que partielle. Il lui faut réaliser une nouvelle conversion et lutter contre une image de Dieu qui le met en enfer, héritée de son père, et dont il ne parvient pas à se débarrasser. Il est comme pétrifié par la peur et attend passivement une intervention divine, un miracle qui lui rendrait la vie. La deuxième partie de sa vie, après cette crise, est placée sous le signe de cette attente indéfinie. Il est au point mort, entraîné dans un mouvement de spirale vers l’abîme, qui n’est pas un lieu, mais un état, et l’agent d’une dissolution. Son drame a été d’être déchiré entre l’appel des ténèbres et celui la lumière.

Qu’est-ce qui vous a touché dans l’écriture de Vincent La Soudière ? Pourquoi cet auteur ?

S. M. Je crois que l’expérience dont il témoigne offre une clé pour comprendre notre époque. Elle dévoile les origines spirituelles d’un malaise existentiel générant un mal-être psychique. Nombreux sont nos contemporains souffrant de dépression. Je pense que beaucoup d’êtres aujourd’hui sont susceptibles d’être touchés par les écrits de Vincent et de se reconnaître en lui. Certains pourraient trouver dans cette fraternité une révélation d’eux-mêmes et un moyen de survivre. C’est à eux que j’ai dédié mon livre et c’est aussi à ce titre que je les publie. Car Vincent est un homme qui, en témoignant de la mort spirituelle et de sa « traversée de l’en-bas » (pour reprendre le titre d’un livre de Maurice Bellet qui lui convient parfaitement), témoigne aussi du seul remède susceptible de guérir l’homme. Il est l’homme d’un seuil jamais franchi, d’un premier pas toujours différé, d’un oui toujours suspendu. Il a ouvert une porte donnant sur un monde auquel lui-même n’a pas pu accéder. Il est habité par une soif d’absolu et par le pressentiment d’une plénitude de Vie pour laquelle nous sommes faits. La nouvelle naissance qu’il désire, c’est celle dont parle l’Évangile : « Nous sommes faits pour Toi, ô vertigineux Amour. Appelle tes brebis, elles reconnaîtront ta voix. » Aussi sombres soient-ils, ses écrits témoignent, en définitive, en faveur d’une espérance plus grande que son désespoir.
Ils sont aussi habités par une grande lucidité sur notre époque, il en dénonce les pièges, celui de l’intellectualisme en particulier - celui, aussi, d’un activisme en lequel il ne se reconnaît pas et qui lui semble aux antipodes de l’accomplissement ou de la réalisation de soi. L’homme doit retrouver le sens perdu de son être. Vincent dénonce la folie de notre temps et le fourvoiement d’une civilisation qui, en voulant humaniser l’homme contre Dieu, l’a déshumanisé en le technicisant. En écrivant, il songeait en particulier à tous les broyés de notre monde, il se sent solidaire de tout ce qui gémit en attente d’enfantement. Il est le porte-parole d’une humanité souffrante, des laissés pour compte de la vie, des « souffrants, malades, humiliés et piétinés ».

Quant à l’écriture de cet essai biographique ?

S. M. Ce livre est à la fois une biographie et une tentative de compréhension du drame de Vincent. Il s’agit de l’« histoire d’une âme ». Sa vie est essentiellement intérieure et marquée par l’impossibilité de s’extérioriser. L’essentiel réside dans un combat intérieur, dans l’expression de ses aspirations et de ses souffrances, plus que dans un tissu d’événements.
J’ai utilisé et cité maintes sources, non seulement la correspondance adressée à Didier, mais aussi des lettres écrites à d’autres correspondants, des écrits divers extraits de ses cahiers et carnets... J’ai eu le sentiment, en l’écrivant, d’exprimer et de livrer la substance du témoignage que Vincent La Soudière voulait donner au monde.

Les cahiers et les carnets ne vont-ils pas faire l’objet d’une publication ?

S. M. Ses écrits se présentent sous forme de fragments, ses cahiers et carnets sont remplis de notations diverses, plus ou moins développées, de notes de lecture, de citations... À mon avis, ils ne sauraient être publiés tels quels. Lui-même ne le souhaitait pas et voulait faire des choix. En 1984, il écrit à Didier : « Je ne peux pas me donner à moi-même la lumière. Il me faut un accoucheur. » Il faut que quelqu’un l’accouche de lui-même, c’est-à-dire prolonge et finisse ce qu’il n’a pas pu accomplir. Le travail de publication de ses écrits consiste en une mise au monde qui n’est pas une simple opération de transcription, mais un accomplissement et un achèvement, prolongeant et parachevant un acte de création en partie avorté.
Je n’ai pris connaissance des lettres adressées à Didier qu’après la publication de Brisants. Elles ont projeté un éclairage inestimable sur ses écrits. J’avais conçu Brisants à partir d’un ensemble restreint de cahiers et carnets. J’ai ensuite travaillé sur l’intégralité de ses écrits et conçu un recueil de textes, qui me semble résumer l’essentiel de son message et fait de lui le témoin d’une foi et d’une espérance indéfectibles, d’autant plus précieuses qu’elles sont nées au cœur de la plus sombre des nuits.

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Télécharger FloriLettres n°164, mai 2015

Vincent La Soudière
Le Firmament pour témoin
Lettres à Didier III (1981-1993)

Édition présentée, établie et annotée par Sylvia MASSIAS.
Éditions du Cerf, mai 2015, 508 pages.

Sylvia MASSIAS
Vincent La Soudière
La Passion de l’abîme

Éditions du Cerf, 2015, 634 pages.
Sortie mi-juin 2015

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Vincent La Soudière
C’est à la nuit de briser la nuit
Lettres à Didier I (1964-1974)

Édition présentée, établie et annotée par Sylvia MASSIAS.
Éditions du Cerf, mars 2010, 700 pages.

Vincent La Soudière
Cette sombre ferveur
Lettres à Didier II (1975-1980)

Édition préfacée, établie et annotée par Sylvia MASSIAS.
Éditions du Cerf, janvier 2012, 555 pages.

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Sites internet

Éditions du Cerf. Pour commander la correspondance de Vincent La Soudière et l’essai de Sylvia Massias : cliquez ici.

Vincent La Soudière, Lettres à Didier II. Fondation La Poste. Article de Gaëlle Obiégly (2012).

Vincent La Soudière, Lettres à Didier I. La Croix. Article de Patrick Kechichian (2010).

Blog de Juan Asensio.
Deux articles sur les Lettres de Vincent La Soudière,
Lettres à Didier I et et Lettres à Didier II.

Éditions Arfuyen

Vincent La Soudière, Brisants. Le Matricule des Anges. Article de Marc Blanchet (2003).

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