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Dernières parutions été 2015 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Nick Flynn, Reconstitutions Nick Flynn, Reconstitutions. Traduction de l’anglais (États-Unis) Julie Sibony. En 2011, Nick Flynn se rend sept semaines durant sur le tournage de Monsieur Flynn, le film adapté de son récit autobiographique Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie. Robert De Niro joue son père, personnage instable et alcoolique, incarcéré pour escroqueries bancaires avant de se retrouver sans-abri, Julianne Moore sa mère qui s’est suicidée quand il avait vingt-deux ans et Paul Dano, lui, adulte. Étrange expérience que d’assister à la reconstitution de sa propre vie, que de voir les acteurs et le réalisateur Paul Weitz s’attacher au moindre détail pour coller au plus près de la réalité, d’une idée de la vérité. Cette année-là, l’écrivain travaille sur un projet de livre autour des Fleurs de Verre de Leopold et Rudolf Blaschka, minutieuses répliques végétales, et l’irruption du film ouvre alors un nouveau champ de réflexion sur le processus de reconstitution du réel. Dans un subtil jeu de miroitements entre ses lectures (Beckett, Virginia Woolf, Simone Weil, Jung, Edgar Morin, écrits de neurobiologistes), le film imprimé sur pellicule et la matière mouvante du film de la mémoire, sans cesse refaçonnée, Nick Flynn sonde notre perception du réel, notre système d’imagerie interne. Il s’interroge sur la signification « d’avoir un sentiment de soi, sur le fait que nous ne savons pas vraiment de quoi la conscience est faite, et que nous ne le saurons peut-être jamais. », de contempler notre vie se dérouler. Il se regarde se repasser les événements tragiques, laissant affleurer les sensations du passé, scrutant aussi bien l’état d’anesthésie procuré par la drogue et l’alcool, « hébété et indifférent, j’avais l’impression d’avoir trouvé un espace plan où plus rien ne pourrait me surprendre, jamais. » que son besoin désespéré d’agir. Travailler dans ce foyer d’accueil pour SDF à Boston où il verra réapparaître son père, avoir chaque jour sous les yeux ce qu’il risquait de devenir, l’a sans doute sauvé. « Ma mère s’était suicidée un an et demi avant que je commence ce boulot ; je ressentais le besoin de me dissoudre dans quelque chose de plus vaste que moi, sans quoi je craignais de ne pas tarder à la suivre. » Éd. Gallimard, Du monde entier, 400 p., 23,50 €. Élisabeth Miso.

Milena Busquets,ça aussi ça passera Milena Busquets, Ça aussi, ça passera. Traduction de l’espagnol Robert Amutio. « Maman, tu m’as promis que lorsque tu mourrais ma vie serait engagée sur des rails, et tout en ordre, que la douleur serait supportable, et tu ne m’as pas dit que j’aurais envie de m’arracher les entrailles et de les dévorer. » Blanca, la narratrice de ce roman est anéantie par la disparition de sa mère. À quarante ans, elle ne se sent pas vraiment adulte et l’idée d’être orpheline (elle a perdu son père à dix-sept ans) lui semble une épreuve insurmontable. Sur les conseils de ses proches, elle part se reposer dans la maison familiale de Cadaqués. Dans ce magnifique écrin méditerranéen qui abrite ses souvenirs d’enfance, ses premiers émois d’adolescente, la naissance de ses enfants, les déjeuners d’été et les balades en bateau avec sa mère, elle tente d’apprivoiser son chagrin. Elle a emmené avec elle une joyeuse tribu, Óscar et Guillem ses deux ex-maris, ses amies Sofia et Elisa, ses deux fils, celui de Sofia et le compagnon cubain d’Elisa. Le jour, elle fait bonne figure mais la nuit, la douleur, tenace hurlement étouffé, la laisse éveillée. Même les livres sont impuissants à la consoler, il n’y a que le contact des corps qui l’apaise, que le sexe avec Óscar et Santi son amant marié en vacances en famille dans le village catalan qui « la cloue au présent », que ce troublant inconnu entrevu à l’enterrement de sa mère qui la distraie de la cruelle absence. « Je ne peux plus ouvrir un livre sans désirer voir ton visage calme et concentré, sans savoir que je ne le verrai plus, et peut-être ce qui est plus grave encore, qu’il ne me verra plus. Je ne serai plus jamais regardée par tes yeux. », écrit-elle mentalement à la défunte, mesurant l’onde de choc de cette perte mais analysant avec lucidité leur relation complexe. Milena Busquets signe avec ce roman aux forts accents autobiographiques, un délicat portrait de femme libre, qui puise dans l’élégance de la légèreté, dans le sexe et l’amour, la force d’accueillir l’inacceptable. « [...] j’erre sur la terre des vivants, avec plus ou moins de joies, dans une plus ou moins grande solitude, mais toujours une part de moi se trouve là où tu te trouves. » Éd. Gallimard, Du monde entier, 176 p., 17 €. Élisabeth Miso.

Récits

Zhou Yunpeng, Vagabond Zhou Yunpeng, Vagabond de nuit. Traduction du chinois Brigitte Guilbaud. Zhou Yunpeng, poète et musicien aveugle, né en 1970 à Shenyang au nord-est de la Chine, égrène dans ce recueil quelques souvenirs de son enfance et de son parcours d’artiste vagabond, de chanteur des rues. Le bruit des trains l’a toujours accompagné, depuis ce long voyage avec sa mère à l’âge de neuf ans pour consulter à Shanghai, avant de perdre totalement la vue, jusqu’à toutes ces gares, tous ces trajets à travers la Chine, toutes ces nuits dans des chambres louées, jamais repus de mouvement, de rencontres et d’expériences nouvelles. « J’aime la sensation d’être écartelé par la vie, de renaître sans cesse dans le tumulte et la paix mêlés. » Son rêve d’arpenter les grandes villes le pousse dès ses seize ans à voyager seul malgré son handicap. Il a commencé à jouer de la guitare à quinze ans et à écrire des poèmes à vingt et un. Après son diplôme universitaire de littérature, ne trouvant aucun emploi dans sa région natale, il s’est installé un temps dans le village d’artistes de Yuanmingyuan à Pékin. Il a connu la faim mais a pu partager avec d’autres aspirants créateurs sa passion pour l’art. « Ce n’est qu’en la considérant comme objet d’esthétique que la vie humaine n’est pas néant. Qu’importent mes conditions d’existence car je ne recherche que la beauté, et cela suffit à exalter mon âme engourdie. » Certes sa cécité ne lui facilite pas la vie mais il n’est pas du genre à se laisser décourager. L’impossibilité de lire autant qu’il le voudrait reste sa plus grande frustration. À l’écoute du monde, du quotidien des plus humbles, Zhou Yunpeng chante les souffrances des plus démunis et les injustices, censuré par le pouvoir, admiré par la jeunesse. Éd. Philippe Picquier, 144 p., 16 €. Élisabeth Miso.

Mémoires

Richard Texier Richard Texier, Nager. Il est peintre, sculpteur, graveur, reconnu pour de fameuses expositions qui, dans les années 90 lui ont ouvert les portes internationales, peintre officiel de la Marine, féru de voyages autour du monde, d’expériences surréalistes, explorateur d‘iconographie astronomique ancienne, habité par la nature, les botanistes, la philosophie, la Renaissance et, par-dessus tout, l’océan... « Après les premières bouillies à la vanille, les tendres baisers de ma mère et le Banania au lait chaud (...). L’océan est pour moi l’événement fondateur, le point zéro du contact avec la matrice ; vacciné aux embruns, le jeune enfant ne l’oubliera jamais. Adulte, il y reviendra encore et toujours, jusqu’au terme de sa vie. » Récit des origines, des toutes premières émotions océaniques, Nager. Comment ? Vers où ? ce premier livre retrace le cheminement de l’« enfant sauvage » qu’il était, issu d’une famille modeste, petit-fils ému, admiratif de chasseurs et de pêcheurs, fils de marchands de levure et de confiseries, jusqu’à l’artiste qu’il est devenu, avec la découverte et l’amour de l’art. D’une enfance au nord de la Charente, d’un littoral atlantique pour paysage, pour territoire aussi, Richard Texier fait un récit diablement poétique, au vocabulaire ciselé, émerveillé du moindre déplacement des corps, du moindre vol d’oiseaux ou d’embruns, imprégné de l’immense réseau de canaux des marais de son enfance ; eaux ruisselantes gorgées de poissons, eaux douces versus eau fraiche et opaque de la mer, premières expériences émotionnelles fondamentales, symphonie océanique qui aspire à prendre le corps et l’esprit ; toute une vision panthéiste que l’on retrouve dans l’oeuvre de l’artiste. « Chacun de nous, sans l’avoir décidé, nage depuis l’enfance vers les rives de terres inconnues que l’expérience de la vie révèle peu à peu... » Éd. Gallimard, 240 p., 19 €. Corinne Amar.

Catalogues d’exposition

Expo Flammarion Pascal Fouché, en collaboration avec Alban Cerisier, Flammarion 1875-2015. 140 ans d’édition et de librairie. Catalogue d’exposition. L’IMEC (L’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine) présente jusqu’au 31 juillet une exposition rétrospective sur les éditions Flammarion, intitulée « De Zola à Houellebecq. Flammarion, 1875-2015. 140 ans d’édition et de librairie. » En 1875, Ernest Flammarion (1846-1936) réussi à convaincre Charles Marpon, un libraire installé sous les galeries de l’Odéon à Paris, de le prendre comme associé. À cette époque, il n’est pas encore question d’édition. Ensemble, ils ouvrent d’autres librairies, notamment dans un quartier populaire, boulevard Saint-Martin, et dans le quartier des grands journaux, boulevard des Italiens... C’est à partir de juin 1876, que les deux libraires publient leur premier livre, La Corde au cou d’André Gil, le fameux caricaturiste et chansonnier de Montmartre. Puis, ce sera des ouvrages politiques, des éditions illustrées, l’Histoire de France et l’Histoire de la Révolution française de Jules Michelet. Et les œuvres d’Émile Zola. La publication de l’Astronomie populaire, livre de vulgarisation scientifique, dont l’édition définitive de 1882 connaît un très grand succès, marque une étape importante dans l’évolution de la société. Camille Flammarion, célèbre astronome et frère aîné d’Ernest, en est l’auteur. Suivront Maupassant, Hector Malot, Courteline, Daudet, Colette, Kessel, Mauriac... des collections de grande diffusion, des albums pour la jeunesse, des beaux-livres...
L’exposition située dans la grange aux dîmes de l’abbaye d’Ardennes (IMEC, Caen) raconte l’histoire familiale de cette maison d’édition rachetée en 2012 par Gallimard pour former le groupe Madrigall. En s’appuyant sur des documents du fonds de l’IMEC, sur des archives personnelles de la maison et de la famille Flammarion, sur des lettres et des livres, elle évoque le parcours de l’entreprise, sa politique, ses choix éditoriaux, la variété de son catalogue, son développement, depuis sa création jusqu’à nos jours. L’album, publié pour l’occasion, est extrêmement agréable à lire et richement illustré. Éd. Gallimard - Flammarion, 2015, 270 p., 36 €. Nathalie Jungerman. Le site de l’IMEC

Biographies

Hervé Guibert, biographie Frédéric Andrau, Hervé Guibert ou les morsures du destin. « Me donner la mort sur une scène, devant les caméras. Donner ce spectacle extrême, excessif de mon corps, dans ma mort. En choisir les termes, le déroulement, les accessoires. » Dès La Mort propagande, son premier livre publié en 1977, Hervé Guibert annonce par la crudité et la violence de son propos la radicalité de son ambition d’écrivain. Le jeune homme y dessine sa volonté de se mettre en scène, de faire de sa vie un objet littéraire, jetant les bases d’une œuvre singulière nourrie de réel et de fiction. Le roman attire l’attention mais il lui faudra attendre À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie en 1990 et la révélation de sa séropositivité pour connaître la notoriété. Frédéric Andrau retrace le destin foudroyé de l’écrivain-photographe mort à trente-six ans en 1991, l’audace avec laquelle il a poussé la porte de l’éditrice Régine Desforges, ses collaborations remarquées aux pages culturelles du Monde, à la revue Minuit ou à l’Autre Journal en parallèle de ses écrits personnels et de la pratique de la photographie, son autre médium de prédilection. De livre en livre, de passions en amitiés déterminantes, Hervé Guibert a marqué de son empreinte le paysage intellectuel des années 1980. Pour tenter de faire son portrait, le biographe convoque les visages des intimes : Michel Foucault, Patrice Chéreau avec qui il co-signe le scénario de L’Homme blessé, Isabelle Adjani, Thierry son amant, Christine qu’il épousera, Mathieu Lindon, Hans Georg Berger, Bernard Faucon ou encore ses deux grand-tantes Suzanne et Louise. « Il fut l’un des premiers à vouloir parler du sida, à vouloir lui donner un visage réel, sans faux-semblants. Sans détour. », à faire de sa maladie une source d’inspiration, à vouloir la saisir dans sa vérité nue comme en témoigne La Pudeur ou l’Impudeur, le film qu’il a réalisé des derniers mois de sa vie. Éd. Séguier, 344 p., 19 €. Élisabeth Miso.

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