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Dernières parutions septembre 2015 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Alexandre Seurat, La Maladroite Alexandre Seurat, La Maladroite. « On est partis papa, maman et moi un soir. Papa a garé la voiture sur le parking du McDonald’s, et on est allés tous les trois acheter des repas, et même un pour elle. Ils m’avaient tout fait répéter, je savais parfaitement ce que je devais dire, Un jean, des ballerines à pétales de fleurs noires et un tee-shirt rose, et c’est ce que j’ai dit, après. Donc, en arrivant à la voiture on a fait semblant qu’elle aurait dû être là, et qu’elle avait disparu pendant qu’on était à l’intérieur, et maman qui pleurait vraiment (...) p. 113 ». C’est l’histoire d’une petite fille de huit ans (inspirée d’un fait-divers réel) disparue, morte sous les coups de ses parents... C’est la vie par fragments d’une fillette maltraitée depuis sa naissance, et que personne n’a pu sauver ; alors qu’un avis de recherche est lancé après sa disparition, son ancienne institutrice est persuadée qu’elle n’a pas été enlevée, mais assassinée par ses propres parents. « Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard ». C’est la première phrase de la maladroite ; un texte original dans sa forme comme impérieuse ; titre sans majuscule, roman à plusieurs voix qui donne la parole à ceux qui l’entouraient, la fréquentaient ; l’institutrice, les médecins, les gendarmes, l’assistante sociale, la directrice, la grand-mère, la tante, le frère aîné ; un prologue, un épilogue, comme au théâtre... Autant de monologues, les uns aux autres en résonance, qui viennent raconter chacun dans sa langue, dans sa proximité avec elle, la petite fille jamais désirée, abîmée dans sa chair, stoïque et endurante, qui n’a rien à dire, même à ceux qui veulent l’aider, tant elle reste fidèle à ses bourreaux. Un beau texte, écrit dans une langue aussi dense qu’elle se veut sobre, pour mieux dire la violence ou l’horreur, et pour lequel son auteur, Professeur de lettres à Angers, vient de remporter ce nouveau prix littéraire récompensant une première œuvre directement envoyée aux éditeurs par voie postale. Éd. du Rouergue, 122 p., 13,80 €. Corinne Amar.
Vendredi 4 septembre, le Prix littéraire « Envoyé par La Poste » a été attribué à Alexandre Seurat pour son livre La Maladroite.

Samuel Brussell, Dis-moi qui je suis Samuel Brussell, Dis-moi qui je suis. « Ce Dis-moi qui je suis est le fruit de mes rencontres, de mes voyages, de mes enquêtes sur moi-même et le monde en somme, comme tout ce que j’ai écrit à ce jour, et je n’ai que gratitude pour tous ceux qui en ont été les inspirateurs [...] », confie l’auteur à son éditeur dans la lettre qui clôt ce récit familial et personnel. Samuel Brussell a voulu en savoir davantage sur le passé de sa mère Tsippy et de son oncle Schlomo, les invitant à raconter leur « histoire personnelle qui se mêlait à celle d’un peuple, d’un pays, et qui composait un moment historique. » Il a recueilli leurs impressions sur leur départ du Maroc après la guerre, sur leur traversée respective vers Haïfa, sur l’espoir sioniste qui les animait alors, cette promesse de bâtir un monde nouveau en Israël. Sur les traces de la maison natale de Tsippy, il a séjourné à Casablanca, dans cette ville autrefois baignée de multiples influences culturelles quand Arabes, Juifs, Espagnols et Français vivaient côte à côte. Sonder l’enfance de sa mère l’a immanquablement amené à se pencher sur son propre déracinement. Sur le souvenir très net qu’il garde par exemple de la maison de sa nourrice Hanna sur les hauteurs d’Haïfa et du yiddish, du russe et de l’hébreu qu’on y parlait. Par petites touches, Samuel Brussell reconstitue son apprentissage de la vie, depuis son arrivée en France en 1960 à quatre ans jusqu’à ses vingt ans, âge où il est parti plusieurs mois aux États-Unis. Il convoque les rencontres déterminantes, celles des années charnières de l’adolescence à Nice et à Paris, quand il cherchait « la cohérence entre l’art et la vie » et brûlait du désir de devenir écrivain. Il se remémore avec tendresse la générosité avec laquelle Raymond Queneau le recevait sans rendez-vous chez lui. « Je voulais retrouver chez cet écrivain, chez cet homme, le regard curieux et mélancolique qu’il portait sur les mille détails de la vie quotidienne, sur ses tourments et sur ses moments de béatitude. » D’autres visages encore peuplent ces années de formation et de découverte de la liberté et ce livre leur rend hommage. Éd. Grasset, 180 p., 18 €. Elisabeth Miso.

Romans

Christine Angot, Un amour impossible Christine Angot, Un amour impossible. C’est un livre sur la mère. La mère de l’auteur. Depuis le temps qu’elle écrit, nous dit-elle, elle voulait essayer d’écrire ça, cet amour-là, l’amour pour la mère, l’amour de la mère. C’était une obsession, elle tournait autour à chacun de ses livres précédents ; comment cet amour se manifeste, comment il évolue, comment même, il conditionne toutes les autres amours... Aller jusqu’à la racine. Puiser loin, profond, chercher le vrai, le vrai qui créera l’émotion, que les mots deviennent une voix, c’est sa marque de fabrique, qu’on l’aime ou pas, qu’on le veuille ou non. « Mon père et ma mère se sont rencontrés à Châteauroux, près de l’avenue de la Gare, dans la cantine qu’elle fréquentait, à vingt-six ans elle était déjà à la Sécurité sociale depuis plusieurs années, elle a commencé à travailler à dix-sept ans comme dactylo dans un garage, lui, après de longues études, à trente ans, c’était son premier poste. Il était traducteur à la base américaine de la Martinerie. » Ainsi commence le récit ; la rencontre des parents, leur coup de foudre. Il est cultivé, sûr de lui, elle est belle et douce. Elle veut un enfant, il ne dit pas non, mais ne l’épouse pas (elle n’est pas de son milieu), il repart. Durant près de treize ans, Christine ne connaîtra pas son père, et vivra tout ce temps celui d’une enfance heureuse, éblouie ; sans père, avec sa mère, fusionnelle, radieuse, unique. Le père est loin, idéalisé, il écrit de temps en temps, finit par donner de ses nouvelles, ils se rencontrent, elle a quatorze ans. Il vient la chercher après l’école, la ramène peu près, puis plus souvent, plus longtemps ; page 147, il lui propose d’aller passer une semaine de vacances, chez lui à Strasbourg (ses enfants, sa femme, n’étant pas là)...Tout est là, mais elle ne dira rien de cette semaine-là, ici, il n’est pas le sujet. Et n’en continue pas moins de creuser les thèmes qui l’obsèdent... Éd. Flammarion, 217 pages, 18 €. Corinne Amar.

Delphine de Vigand d’après une histoire vraie Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie. « Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre...(...) Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au cœur. » Le roman commence ainsi, comme un constat de journal intime, qui, petit à petit va prendre la forme troublante, prenante, réussie, d’un quasi thriller psychologique, brouiller subtilement les limites entre fiction et réalité, et se lire d’une traite, malgré ses 480 pages. Dans ce grand désarroi existentiel après le succès de son dernier roman consacré à la folie et au suicide de sa mère, la narratrice fait la rencontre d’une jeune femme qui l’approche, lui dit la connaître, se montre aussitôt séduisante, amicale, magnétique (au point qu’elle lui deviendra indispensable), et arrive à point nommé pour lui redonner le goût de la vie et de l’écriture. « L. s’est installée dans ma vie, avec mon consentement, par une sorte d’envoûtement progressif ». Quant à elle, elle ressemble comme une sœur jumelle à l’auteur ; s’appelle Delphine, est romancière, a deux enfants post ados, sur le point de quitter la maison, un compagnon qui s’appelle François, et de plus, est tourmentée par des lettres anonymes d’insultes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture dans son roman. L. va subrepticement entrer dans la vie de Delphine, la laisser, se confier, s’abandonner, se mettre à nu, amitié immédiate, tant d’affinités c’est fou, une complicité sûre, solide, indestructible, tout cela est trop beau, pour être vrai, et au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire, la grande question se pose de la prise de pouvoir d’un être sur un autre. Éd. JC Lattès, 480 pages, 20 €. Corinne Amar.

Zoe Wicomb, Octobre Zoë Wicomb, Octobre. Traduction de l’anglais (Afrique du Sud) Édith Soonckindt. C’est un automne de larmes qui s’annonce pour Mercia Murray. Maître de conférences en littérature anglaise à l’université de Glasgow, métisse d’Afrique du Sud, elle vient à cinquante-deux ans d’être quittée par son compagnon de longue date. Quel sens donner à l’existence qu’elle s’est construite à distance de l’hémisphère Sud, de l’aridité et de la monotonie de son village de Kliprand dans le Namaqualand, à distance du souvenir de l’apartheid maintenant que son décor écossais se fissure subitement ? La lettre inquiétante de son frère Jake la suppliant de rentrer au pays la décide à entreprendre ce voyage vers sa terre natale. Mais « Le retour a toujours été une notion délicate truffée d’épines ». À peine arrivée la déception est grande. Son frère se cloître ivre mort dans sa chambre, n’émergeant de son sommeil que pour insulter sa femme Sylvie, réclamer sa dose d’alcool ou ressasser sa haine de leur père. Nicholas Theophilus Murray était il est vrai un homme rigide, un instituteur à la foi terrifiante, un métis de souche écossaise qui se voulait irréprochable et qui exigeait de ses enfants une conduite exemplaire. « La culpabilité - voilà la couleur de leur enfance. Elle courait comme une teinture au fil de leurs journées, zébrant les activités les plus innocentes, colorant tout de la crainte du péché et de celle de décevoir leurs vertueux parents. » Autant Mercia se souvient que rien que par la force de son imaginaire elle parvenait à se soustraire à la rudesse de son quotidien, autant Jake s’est enlisé dans les douleurs de son enfance. Dans l’attente d’un dialogue possible avec son frère, elle s’attelle à son projet de Mémoires, supporte la rugosité de sa belle-sœur et partage avec son neveu de cinq ans des moments de complicité dans la beauté du printemps sud africain loin de l’automne de Glasgow. Le passé et le présent se mêlent, les souvenirs affluent, la conscience de ce qu’elle a perdu ou fui se précise. En pleine indécision, perturbée par sa rupture et ce retour aux sources, elle cherche où se situer, s’accrochant à cette idée « que le monde est plus ou moins le même partout et qu’il faut faire avec la nostalgie, cette trace qui nous relie au passé. » Native du Namaqualand, et enseignante à l’université de Glasgow comme son héroïne, Zoë Wicomb s’est glissée sans mal dans les pensées de Mercia, explorant avec subtilité les questions de l’identité, des origines et de l’exil et d’une Afrique du Sud qui se débat toujours avec sa violence. Éd. Mercure de France, 304 p., 23 €. Élisabeth Miso.

Maryline Desbiolles, Le Beau temps Maryline Desbiolles, Le beau temps. Maryline Desbiolles est tombée sous le charme d’une photographie de Maurice Jaubert en chef d’orchestre, entraperçue dans La chambre verte de François Truffaut. Pour cette niçoise d’adoption, l’élégance solaire et l’inventivité du compositeur, né à Nice en janvier 1900 et mort sur le front en Lorraine en juin 1940, ne pouvaient pas manquer de l’inspirer. Issu d’une famille bourgeoise traditionnelle catholique particulièrement mélomane, Maurice Jaubert se distingue dès ses dix-neuf ans en devenant le plus jeune avocat de France avant de trancher en faveur de sa vocation de musicien. Sa ville natale est une source constante de stimulation, fréquentée par nombre de riches privilégiés et d’artistes internationaux, Nice jouit en cette période des Années Folles d’un rayonnement exceptionnel. À Paris, il se lie à Arthur Honegger, à Maurice Ravel et Marcel Delannoy et transporté par les audaces du jazz et de l’Opéra de quat’sous de Kurt Weill, il cherche lui aussi à élaborer une musique inédite, accessible au plus grand nombre. Le cinéma, au fil de collaborations fructueuses, va lui permettre de concrétiser ses idées novatrices, de faire surgir « une musique qui ait sa nature propre [...] sous la matière plastique de l’image, une matière sonore impersonnelle, par une mystérieuse alchimie des correspondances [...] » Son nom est ainsi associé à ceux des cinéastes les plus marquants des années 30, Jean Renoir (un ami d’enfance), Jean Vigo pour Zéro de conduite et L’Atalante, René Clair, Julien Duvivier ou encore Marcel Carné pour Drôle de drame, Quai des brumes et Le jour se lève. Maryline Desbiolles qui s’est imprégnée de l’œuvre de Maurice Jaubert, s’est plongée dans les archives, dans ses partitions et sa correspondance, restitue sur fond d’effervescence intellectuelle et artistique de l’entre-deux-guerres sa vision profondément humaniste, engagée et avant-gardiste. Truffaut ne s’y est pas trompé qui a repris dans quatre de ses longs-métrages les musiques que ce défricheur conçut quatre décennies plus tôt pour Jean Vigo. Éd. Seuil, Fiction et Cie, 240 p., 17 €. Élisabeth Miso.

Correspondances

Romain Rolland et Stefan Zweig, Correspondance tome 2 Romain Rolland et Stefan Zweig, Correspondance 1920-1927. (Volume 2). Édition établie, présentée et annotée par Jean-Yves Brancy. Traduction des lettres allemandes par Siegrun Barat.
Romain Rolland (1866-1944) et Stefan Zweig (1881-1942) : deux écrivains humanistes, symbole d’une « Europe des esprits » humiliée par la Grande Guerre. Les années 1920 incarnent l’espoir d’un monde meilleur et consacrent leur fortune littéraire : L’Âme enchantée, le cycle du Théâtre de la Révolution, la biographie sur Gandhi pour Romain Rolland ; les essais biographiques Trois Maîtres, le Combat avec le démon, ou La Confusion des sentiments pour Stefan Zweig. Au-delà de l’amitié qui les lie, Rolland et Zweig partagent une même conscience du danger face aux nouvelles idéologies de l’Europe d’après-guerre, où violences et assassinats politiques revêtent déjà un caractère antisémite. Leurs lettres inédites témoignent de cette atmosphère délétère, hantée par les démons du nationalisme, soulignant par contraste l’attraction des deux intellectuels pour la révolution russe et les sagesses orientales. D’une richesse inouïe, cette correspondance nous entraîne dans l’entre-deux-guerres, avec en toile de fond la montée des totalitarismes et l’engrenage qui mena l’humanité d’un conflit à un autre. Éd. Albin Michel, août 2015, 730 pages. 32 €. Présentation de l’éditeur.
Ouvrage publié avec le soutien de La Fondation La Poste.
Lire l’édition n°153 de FloriLettres consacrée au premier volume de cette correspondance avec une interview de Jean-Yves Brancy.

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