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Dernières parutions octobre 2015 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Christophe Boltanski, La cache Christophe Boltanski, La cache. « Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes [...] De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire [...] De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses [...] Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels [...] De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire car il est toujours sûr. » Le premier roman de Christophe Boltanski, grand reporter à L’Obs, retrace l’histoire d’une tribu étonnante, la sienne, soudée autour d’un féroce appétit de vivre, d’un mode d’existence anticonformiste, mais aussi autour d’une peur pathologique du monde extérieur transmise de génération en génération. Les Boltanski ne s’aventuraient pas dehors sans « l’enveloppe protectrice » de leur Fiat 500, prolongement de leur domicile. Pour les longs voyages ils lui préféraient une Volvo 144 plus spacieuse, dans laquelle ils pouvaient dormir serrés les uns contre les autres. Pour reconstituer le puzzle de cette dépendance fusionnelle, l’auteur s’est plongé dans ses propres souvenirs, a suivi la piste de ses arrière-grands-parents paternels russes, et a interrogé son père Luc le sociologue, ses oncles, Christian l’artiste renommé et Jean-Élie le linguiste. Il a revisité le territoire familial, l’hôtel particulier de la Rue-de-Grenelle à Paris. De pièce en pièce, il a remonté le fil des moments inoubliables représentatifs de ce clan libre et créatif et ceux générateurs de peur. La grand-mère Marie-Élise rebaptisée Myriam, riche héritière communiste, romancière et essayiste, a régné sur les lieux avec la plus grande énergie malgré son handicap dû à la polio. « Elle était le point fixe autour duquel tournait ce monde coloré et foutraque. Tous venaient à elle. » Étienne, le grand-père juif, brillant gastro-entérologue, être sensible traumatisé par son expérience de médecin pendant la Première Guerre mondiale, déchu de tous ses droits par le régime de Vichy, s’y est terré de longs mois sous l’Occupation, dans « l’entre-deux », un couloir minuscule avec une cache aménagée dans le sol. Christophe Boltanski signe une subtile exploration de l’héritage familial, de ce qu’il inscrit de plus névrotique ou de plus créatif et inspirant. Éd. Stock, 344 p., 20 €. Élisabeth Miso.

Iceberg Slim, Du temps où j’étais mac Iceberg Slim, Du temps où j’étais mac. Traduction de l’anglais (États-Unis) Clélia Laventure. Robert Beck alias Iceberg Slim (1918-1992), ancien proxénète devenu écrivain culte avec sa « trilogie du ghetto » (Pimp, Trick Baby, Mama Black Widow) égrène dans ce recueil de textes, publié en 1971 et resté inédit en France, les thèmes qui lui sont chers. Qu’il se remémore son passé chaotique dans le Chicago des années 1940, la dure loi de la rue, les ficelles du métier de maquereau, sa détermination à se ranger après dix mois de détention dans une cellule d’isolement dont il aurait pu ressortir fou ou qu’il encense dans le Los Angeles des années 1960 le courage révolutionnaire des Black Panthers et de Melvin X, tout converge vers une même obsession : la dénonciation d’une Amérique raciste. Un quart de siècle d’observation des comportements sexuels, le lynchage de Thomas Jefferson Jones aux abords du XIXe siècle maintes fois raconté par sa mère, la fascination pour la blancheur ou la mythique puissance sexuelle de l’homme noir sont selon lui autant de preuves que les injustices faites aux Afro-Américains reposent sur des terreurs blanches sexuelles. Au passage, il ne manque pas de fustiger la bourgeoisie noire qui dans son ambition à se hisser socialement s’est détournée de la lutte pour la liberté et la justice. Dans une lettre émouvante adressée à son père en 1970, où il lui pardonne sa violence passée et s’excuse du mépris avec lequel il l’a traité quand il était un mac arrogant, il lui exprime sa fierté de l’avoir vu enfant se rebeller avec rage contre des paroles humiliantes. Souteneur repenti, il s’est totalement investi dans son rôle d’écrivain. « Il me semble que, à notre époque, un écrivain noir qui fuit ou perd ses affinités avec sa communauté est condamné, sous peu, à s’assécher et à mourir en tant qu’écrivain. » Il n’a jamais songé à quitter le ghetto, convaincu que c’était le seul endroit d’où sa conscience d’écrivain et son combat pour les droits civiques pouvaient s’activer. « Car nous sommes noirs, et nous sommes obligés de nous battre avec une arme, un stylo ou de n’importe quelle manière efficace pour notre survie, notre honneur, notre virilité et notre évasion du douloureux ghetto mental auquel, dans cette société criminelle, le nègre non engagé est pris au piège. » Éd. Belfond, 224 p., 15 €. Élisabeth Miso.

Mary Dorsan, Le présent infini s’arrête Mary Dorsan, Le présent infini s’arrête. Le titre est énigmatique, et pourtant, d’emblée, dès le premier mot du premier chapitre ; « Voilà », le rideau est levé. 146 chapitres ramassés, dans leur densité, dans leur crudité, dans leur théâtre d’humanité à la marge, trop à fleur de peau ou trop violent, viennent exorciser un quotidien, celui d’une infirmière en psychiatrie, qui travaille dans un appartement thérapeutique. L’auteur, dans ce premier roman, porte le nom de Caroline, et la distance sans doute s’impose, pour montrer au plus près de l’intime, de l’être en souffrance, de la chair, des excréments qui barbouillent les murs, le propre de l’être humain. Elle nous raconte son quotidien, le quotidien des soignants et des patients dans cet hôpital à la fois clos sur lui-même, et ouvert. « On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors ça remue ! Ça remue les soignants. J’écris les souffrances de ces jeunes. » Dire, décrire, montrer, elle veut tout montrer. Avec une minutie d’horloger, parce que chaque détail compte ; l’empathie pour désamorcer la crise, la patience pour nettoyer les excréments rageurs au quotidien sur les murs, la répétition des gestes, l’encadrement vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la violence imprévisible, vingt-quatre heures sur vingt-quatre...Parfois, dans les interstices de la journée, un rien de répit... C’est un texte d’une densité sans inégalités, au souffle vivant, violent, comme assorti au rythme de cet hôpital, constamment vigilant, soucieux du détail, méticuleux, maniaque, qu’il entraîne celui qui le lit à porter un regard différent. Une armoire dans une chambre, debout, à l’intérieur vide. Est-ce Caroline qui regarde l’armoire ? Non, ici, c’est l’armoire qui regarde Caroline... Éd. POL, 717 p., 24,90 €. Corinne Amar

Nicole Lapierre, Sauve qui peut la vie Nicole Lapierre, Sauve qui peut la vie. « Il m’a fallu du temps pour comprendre que ce qui était une manière d’être, une tendance à parier sur l’embellie, un goût de l’esquive, un refus des passions mortifères, une appétence au bonheur envers et contre tout, avait aussi profondément influencé ma façon de penser. » C’était le titre d’un film de Godard, en 1980, elle en a repris le titre, a enlevé la parenthèse à « la vie ». C’est le récit intime d’une voix qui, explorant le passé douloureux de sa famille, (une grand-mère brûlée à la suite d’une explosion, en 1934, une sœur qui se suicide en 1982, une mère, huit ans plus tard), l’auteur, anthropologue, sociologue, spécialiste de la question noire, de la question juive, travaillée par la question de l’identité, tente, ici, de reconstituer l’histoire familiale, à travers souvenirs et réflexions. Dans ma famille, on se tuait de mère en fille. Mais c’est fini. Ainsi, s’ouvre le récit, qui évoque d’abord, Francine, la sœur, née pendant la guerre, délicate, mélancolique, puis, Gilberte, leur mère, souffrante de douleurs dont on ignorait la cause, chagrine de chagrins cachés, secrets, attendant vainement un réconfort qui ne venait pas... Peut-être d’Élie, son mari, médecin, de surcroît... Élie, immigré juif polonais, venu étudier la médecine, et qui avait tant foi en la France et en la science... Faire de bonnes études était une injonction familiale, dira Nicole Lapierre. Elle évoque ainsi la tragédie familiale, avec empathie, avec douceur, avec amour, avec en filigrane, comme pour la soutenir, la mémoire de Jean Améry, Hannah Arendt ou les vers de Saint-John Perse ; elle revient aussi sur les tragédies collectives, la Shoah, sur le pessimisme ambiant, l’immigration, la mémoire, la vie contre le déterminisme social et pour le combat, la légèreté qu’elle peut prendre, la joie qu’elle peut procurer. Éd. du Seuil, coll. La Librairie du XXIe siècle, 254 p., 17 €. Corinne Amar

Récits

Charlotte Rampling, Qui je suis Charlotte Rampling avec Christophe Bataille, Qui je suis. C’est lui qui est venu la trouver, depuis toujours elle se refuse à contrôler quoi que ce soit. Il en a fallu des conversations et des silences pour qu’aboutisse ce projet littéraire, cette tentative de dévoilement du mystère Charlotte Rampling. Et le résultat est un mince ouvrage ne répondant ni aux codes de la biographie ni des Mémoires, une singulière combinaison de fragments de souvenirs de l’actrice et de perceptions de l’écrivain Christophe Bataille. Oubliée la trajectoire cinématographique de la muse de grands réalisateurs tels que Visconti ou Woody Allen, l’icône n’est pas le sujet. Le livre traque autre chose, ce que révèle l’enfance de la nature profonde d’un être. « Les larmes et les rires se mêlent, nous les enfermons. Chez les Rampling, le cœur est un coffre. Porté par les générations, le secret de famille devient une légende. Nous ne savons que nous taire. » Charlotte Rampling livre quelques bribes de son enfance et de sa jeunesse anglaises, entre un père militaire médaillé d’or aux JO de Berlin en 1936, une mère « héroïne d’un roman de Fitzgerald » et Sarah sa sœur aînée de trois ans à la santé fragile sur qui elle veille. Sur les photographies en noir et blanc, les deux petites-filles blondes se tiennent avec tendresse, elles sont les meilleures amies du monde. La famille déménage souvent au gré des affectations du père, difficile dans ce contexte de nouer des amitiés durables. « À force, je crois que ça m’est resté, comme une discipline ou un tourment : je sais que je vais partir et que je ne reviendrai plus. » En 1967, elle a vingt et un ans et sa beauté magnétique commence à imprimer la pellicule quand son père lui annonce le décès de Sarah installée en Argentine. Il l’exhorte à s’éloigner de leur chagrin, à vivre sa vie. Ce n’est que trois ans plus tard qu’elle apprendra qu’il s’agissait d’un suicide. Qui je suis saisit cette blessure intime, pose des mots sur ce manque et sur une manière d’être au monde retranchée derrière le secret et la disparition. Éd. Grasset, 120 p., 15 €. Élisabeth Miso.

Journaux

Stéphane Vanderhaeghe, Charognards Stéphane Vanderhaeghe, Charøgnards Ce premier roman de Stéphane Vanderhaeghe met en scène des oiseaux charognards qui s’attaquent à tout, y compris au langage. L’auteur a opté pour la forme du journal qui n’autorise qu’une seule voix subjective et entame ainsi un jeu avec le lecteur, entre identification et distanciation avec le narrateur.
« Tiré des vestiges d’un passé aussi lointain qu’incertain, le journal d’un inconnu fait état d’un singulier phénomène : des hordes de charognards envahissent peu à peu un village sans histoire, sous les regards incrédules. Que veulent-ils ? Leur nombre croissant de jour en jour, sont-ils aussi inoffensifs qu’ils en ont l’air ?
Alors que le monde lentement se retire autour de lui, rongé par l’absence et la perte, l’inconnu - témoin, prophète ou damné - continue de consigner le moindre mouvement de cet étrange et angoissant ballet... Stéphane Vanderhaeghe est maître de conférences à l’Université Paris 8, où il enseigne la littérature américaine et la traduction ». Quidam Éditeur, septembre 2015, 260 p., 20 €. Présentation de l’éditeur.

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