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Dernières parutions novembre 2015 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Michel Piccoli, J’ai vécu dans mes rêves Michel Piccoli avec Gilles Jacob, J’ai vécu dans mes rêves. Depuis près de quarante ans Michel Piccoli et Gilles Jacob, l’ancien directeur du Festival de Cannes, s’adonnent à des joutes verbales au gré de missives malicieuses. L’échange épistolaire, semblait donc tout indiqué pour aborder la trajectoire du mythique acteur français. L’inoubliable interprète des Choses de la vie de La Grande bouffe ou de La Fille prodigue, confie à son vieux complice quelques souvenirs de sa vie intime et de son exploration du théâtre et du cinéma. Son enfance fut solitaire et morose, encombrée par le fantôme de son frère aîné mort avant sa naissance, auprès d’un père violoniste et d’une mère pianiste peu passionnés par leur art, pour lesquels il n’était qu’un enfant de substitution. Ses vrais repères d’affection il les façonne avec son oncle et sa tante, violoniste et pianiste eux aussi mais dotés d’une réelle fantaisie. Après la guerre, en 1945, il a vingt ans et aspire à devenir comédien, tout en prenant des cours il sollicite les théâtres et les cabarets parisiens, multipliant les expériences. « Moi, je ne voulais avancer qu’à la force de mon plaisir : le plaisir du rôle, le plaisir de l’auteur, le plaisir des partenaires, le plaisir du public, le plaisir de tous et de chacun. » Le cinéma longtemps perçu comme alimentaire, lui apporte la notoriété en 1963 avec Le Mépris de Godard. De rôle en rôle, ce qui l’a toujours fait rêver c’est de donner vie à un texte, de raconter des histoires, de participer à des projets stimulants portés par des créateurs inventifs, soucieux de se renouveler en permanence. Il souligne ainsi l’importance de ses collaborations et de ses amitiés avec Buñuel, Melville, Sautet, Ferreri, Brook, Chéreau ; se remémore le tournage fécond du Mépris aux côtés de Brigitte Bardot et de Fritz Lang, évoque son admiration pour Romy Schneider ou Marcello Mastroianni. Fuyant la grandiloquence et le cabotinage, Michel Piccoli livre sa conception du métier d’acteur et savoure pleinement le chemin parcouru. « Je n’aime pas l’esprit de sérieux et je crains toujours de paraître prétentieux. Plus exactement, je crains d’être prétentieux. Je redoute ma propre vanité. Parvenir à étonner les gens par mon travail et sans prétention, avec simplicité, aura été mon idéal. » À quatre-vingt-neuf ans, désormais privé du plaisir inouï de jouer, il tente d’apprivoiser la mélancolie. Éd. Grasset, 120 p., 15 €. Élisabeth Miso

Pierre Adrian, La Piste Pasolini Pierre Adrian, La piste Pasolini. Il lui fallait commencer son périple par le lieu du crime, fouler le sable de la plage d’Ostie où Pier Paolo Pasolini fut retrouvé assassiné le 2 novembre 1975. Puis de là traverser d’autres paysages, du Frioul à Rome, en quête de traces sur les « lieux que ses mots ont frôlés » du territoire intime, intellectuel et créatif de celui qu’il considère comme son maître, comme un «  meneur de nos petites âmes paumées du nouveau siècle.  » Lancé sur la piste de l’écrivain et cinéaste, Pierre Adrian s’interroge sur l’héritage qu’il a laissé, sur la manière dont sa voix puissamment poétique et politique a résonné dans l’Italie des années 1960 et 1970, sur la manière dont elle continue de nourrir des décennies plus tard ses propres questionnements existentiels. « Ce n’est pas une simple fascination pour un homme bousculé toute sa vie, un poète dont les livres font naître en moi une émotion douloureuse. Il y a autre chose. Peut-être un appétit pour la vie, torturé par un mal de vivre que Pasolini dépeint merveilleusement. » L’étudiant de 23 ans qui connaît bien son sujet d’admiration, cherche en effet à ressentir au plus près la pensée du réalisateur de L’Évangile selon Saint Matthieu. La conscience politique née au contact des ouvriers agricoles du Frioul natal, l’amour de la langue, la vie envisagée dans toute sa crudité, l’exigence de l’œuvre, le jeune auteur convoque ce qui fait profondément sens pour lui dans la démarche du poète italien. Malgré les attaques répétées, Pasolini n’a eu de cesse de déranger les institutions, de dénoncer les dogmes, les logiques moralisantes et archaïques, l’uniformisation, la société de consommation, la corruption de l’argent et les intérêts petit-bourgeois. Avec ce premier livre, Pierre Adrian rend un vibrant hommage à un penseur visionnaire plus actuel que jamais quarante ans après sa mort. Éd. des Équateurs, 192 p., 14 €. Élisabeth Miso

Yanaihara Isaku, Dialogues avec Giacometti Yanaihara Isaku, Dialogues avec Giacometti. Traduction du japonais Véronique Perrin. Professeur de philosophie à l’université d’Osaka et bénéficiaire d’une bourse d’études à Paris, Isaku Yanaihara fait la connaissance d’Alberto Giacometti le 8 novembre 1955. Entre les deux hommes les affinités sont immédiates et la conversation coule de l’art égyptien et mésopotamien, des liens entre les cultures d’Orient et d’Occident aux difficultés quotidiennes rencontrées par l’artiste dans son travail. « Peindre ou sculpter, pour moi ça revient au même. C’est la chose qu’on voit, c’est ça qui est le plus difficile à atteindre. De quelque façon qu’on l’attrape, elle vous file entre les doigts. » De ce premier rendez-vous au café des Deux Magots, naît une réelle amitié, suite de dialogues passionnants échangés lors de déambulations parisiennes ou de moments passés dans l’atelier de la rue Hippolyte-Maindron. Chaque considération de Giacometti sur l’art, la littérature, la philosophie ou l’actualité est un éclair d’intelligence. « Il faut tout reprendre d’après nature, la mémoire seule ne fera jamais du bon travail. », répète-t-il, lui qui traverse une période de doute intense et de désespoir et ce malgré le succès grandissant et les premières rétrospectives dans des grands musées internationaux. Réussir à conjuguer « travail d’après nature » et « travail de mémoire », à rendre palpable ce qu’il voit comme il le voit, voilà ce qu’il cherche à traduire à tout prix dans ses toiles ou ses figures sculptées et qui le fait s’épuiser dans son atelier, détruire et recommencer inlassablement, traquant entre disparitions et apparitions une vérité. Acharnement créatif qu’expérimente Yanaihara comme modèle l’année suivante. En effet, arrivé au terme de son congé sabbatique de deux ans, l’universitaire japonais fasciné par l’énergie créatrice et la quête obsessionnelle de son ami, repousse son départ puis reviendra quatre étés de 1957 à 1961 poursuivre les séances de pose nécessaires, séances dont il restituera toute la magie dans Avec Giacometti (Allia 2014). Éd. Allia, 112 p., 15 €. Élisabeth Miso

Romans

Michel Soupault, Profils perdus Michel Soupault, Profils perdus. En 1963, à soixante-six ans, Philippe Soupault (1897-1990), poète, romancier, journaliste et essayiste, se retourne sur son itinéraire et sur quelques moments lumineux partagés avec des écrivains majeurs du XXe siècle. En 1917, il s’enthousiasme pour la poésie et plus particulièrement pour Apollinaire, le seul à ses yeux à porter véritablement cette ambition de bâtir une ère nouvelle, en opposition au « conformisme des maîtres officiels de la littérature et de l’art », et le premier à l’encourager dans sa voie poétique. Attiré depuis son plus jeune âge par les individus étranges ou extravagants, sa galerie de portraits abrite des personnalités singulières, des tempéraments ardents. Il se rappelle par exemple avoir été captivé adolescent par Marcel Proust au grand hôtel de Cabourg. Ses amitiés littéraires avec Pierre Reverdy, René Crevel cet « être frémissant [...] né révolté comme d’autres naissent avec les yeux bleus. », ou Blaise Cendrars qui lui intime de « vivre la poésie avant de l’écrire », ont toutes en commun d’être profondément inspirantes. Missionné en Amérique par de Gaulle en 1943 pour restaurer le réseau de l’Agence France-Presse, il garde un souvenir ébloui de Georges Bernanos à Rio, de sa « prodigieuse vitalité », de la force de ses paroles et de ses écrits « pour sauvegarder la dignité humaine », du réconfort de sa foi en des jours meilleurs. Il parle avec une intelligence aigüe du génie et de l’intransigeance de James Joyce tout entier tendu vers son art, avec qui il traduit un passage de Finnegans Wake. « Ce que Joyce se propose et s’impose, c’est de s’emparer de tout l’esprit et non de suggérer quelques points de repère pour l’imagination. » Il consacre deux chapitres à Baudelaire et au douanier Rousseau, puis s’attarde sur l’aventure Dada et surréaliste avec ses acolytes Louis Aragon et André Breton, ce dernier co-auteur avec lui des Champs magnétiques. Selon lui le dadaïsme fut « la manifestation la plus violente et la plus spectaculaire de la révolte de toute une génération. » Mais quand le mouvement surréaliste commence à se codifier et à se rapprocher du communisme, Philippe Soupault préfère prendre ses distances. « [...] le surréalisme n’est pas une école littéraire ou une religion, c’est l’expression d’une attitude et d’un état d’esprit et surtout la manifestation d’une libération. » Éd. Mercure de France (nouvelle édition), 144 p., 13 €. Élisabeth Miso


Le Prix Wepler Fondation La Poste 2015 a été attribué à Pierre Senges pour « Achab » paru aux éditions Verticales. La Mention spéciale a été remise à Lise Charles pour « Comme Ulysse » publié aux éditions POL.

Les livres primés - Chroniques de Corinne Amar :

Pierre Senges, Achab Pierre Senges, Achab (séquelles). Moby Dick, vous connaissez ? L’auteur nous prévient dès la première ligne : il y a un lien avec le fameux roman de Melville ou l’histoire de ce capitaine Achab à la recherche d’un énigmatique cachalot blanc, gigantesque et féroce, qui lui avait arraché une jambe par le passé, et qui menait son équipage autour du monde pour retrouver ce monstre dont il avait juré de se venger. Le baleinier avait fini par sombrer et le capitaine, par être englouti par sa proie... Dans Achab (séquelles), l’histoire commence avec Achab qui revit, sauvé des eaux, parvient à mettre les pieds sur la terre ferme, échoue à New York - se retrouvera à Broadway où il tentera de transformer son histoire en comédie musicale, on le verra aussi à Hollywood -, il doit survivre, se fait vendeur de beignets à l’huile, cordonnier, oublie Moby Dick, renie la mer, exerce nombre d’autres métiers plus ou moins sots, plus ou moins libres, sait tout faire, et quand il a le temps, dans les jardins, regarde les joueurs d’échecs manier leurs pions, observe les affrontements, le monde comme volonté l’impressionne, la mer est loin, loin derrière lui... Il se retrouve à Londres, il est souffleur, dans un théâtre, acteur ; il s’initie au répertoire shakespearien, incarne Richard III (un jour de chance au pied levé pour remplacer l’acteur principal malade), joue Hamlet... Il croise dans ses voyages et ses errances, du beau monde ; Cary Grant, Orson Welles, Don Quichotte, Joseph von Sternberg, Scott Fitzgerald, le librettiste Lorenzo Da Ponte... Il vit. Et pourtant, toutes ces séquelles ! Tel un prodigieux puzzle littéraire, historique, métaphysique, imaginaire, poétique, encyclopédique, l’auteur reconstitue ainsi la vie de ce rescapé de Moby Dick, fait revivre le jeune Achab, laisse parler le vieux, fait résonner la jambe de bois, fait entendre les petites et grandes marées, la mer à nouveau, la mer enfin qui n’en finit pas... Éd. Verticales, 625 p., 24 €. Corinne Amar.

Lise Charles, Comme Ulysse Lise Charles, Comme Ulysse. C’est un récit au charme certain qui emporte par son style ; une fraîcheur, une légèreté, la constance désinvolte, une errance géographique et verbale, une petite musique, je ne sais quoi... Des dessins viennent égrainer le texte, des mots d’anglais, pas seulement des mots : des expressions, des bouts de phrases, des paragraphes, c’est normal, notre jeune héroïne est à New York, cherche une raison d’y être, d’y rester, en tous les cas. Pour l’instant, ce monde, elle s’y perd, s’y ennuie, écrit comme elle parle, parle comme elle pense, peaufine son anglais, tutoie son lecteur puis oublie qu’elle l’a tutoyé, le vouvoie, et, comme elle est un brin fantasque, elle passe aussitôt à autre chose ou mange des cookies, beaucoup de cookies... « Les jours s’écoulaient pareils, comme on dit quand on est un poète, ils s’écoulaient égaux, moi j’étais toute seule comme une idiote, et qu’est-ce que je faisais, j’engloutissais des cookies toute la journée, parfois j’allais au restaurant à Chinatown, jamais le même, parce que je ne laissais pas de pourboire, et que j’avais honte de revoir les serveurs, surtout s’ils avaient été à peu près sympathiques (p.32). » Et c’est un long périple que ce voyage comme Ulysse, en trois parties. Dès la deuxième, il se passe quelque chose de très important pour notre héroïne : elle rencontre un peintre passionné de son art, qui lui propose de venir vivre dans sa famille ; en échange, elle posera pour lui et enseignera le français à ses enfants. C’est ainsi le récit de ses aventures américaines dans ce manoir très chic du Massachusetts, de ses relations avec le peintre, sa jolie femme, leurs enfants, Tom et Hannah, leurs amis, en filigrane de sa vie de jeune fille bretonne, pas plus drôle ; tout cela entre deux mondes, celui de l’enfance et celui des adultes, entre deux langues, dont celle pas tendre de l’exil... Éd. POL, 416 p., 90 €. Corinne Amar

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