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Marcel Pagnol : Portrait Par Corinne Amar

 

Hommage à Marcel Pagnol Lorsqu’on aime la marche, qu’on se trouve dans l’arrière pays marseillais, il est une randonnée que l’on peut faire sur les traces de Marcel Pagnol, dans ses pas précisément, là où il tourna Manon des Sources, Ugolin, Jofroi, Angèle, Regain ; découvrir les lieux de son enfance, depuis le village de la Treille, la Bastide Neuve, les collines de La Gloire de mon Père... « Je suis né, écrira t-il en guise de première ligne, dans cette autobiographie romancée, (La Gloire de mon Père, éd. Pastorelly, 1957), premier tome des Souvenirs d’enfance (avec Le Château de ma mère (1958), Le temps des secrets (1960), Le temps des amours (1977), dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des chevriers. » Le Garlaban ? Ce sommet qui surplombait la ville et la plaine d’Aubagne, à quelques kilomètres de Marseille, et le terrain de jeux privilégié de son enfance.
À l’heure où sort une correspondance de Marcel Pagnol (1895-1974) avec les comédiens et musiciens, les réalisateurs, scénaristes, producteurs qui ont tant compté pour l’homme comme pour l’œuvre, et éditée par son petit-fils, Nicolas Pagnol, sans autre entreprise biographique, il est tentant d’aller, grâce à cette correspondance, se replonger dans la lecture de ses romans, comme l’appel d’une musique singulière, universelle, et d’y retrouver cette même voix qui se raconte dans ses souvenirs et parle d’elle mieux encore qu’un biographe ne le ferait. Dans La Gloire de mon Père, Marcel Pagnol évoque son enfance dans un milieu modeste quoique dans une relative aisance, l’origine de ses parents, la rencontre avec l’école, les maîtres, l’amour de l’apprentissage, un père instituteur, l’amour des siens... « J’en ai connu beaucoup, de ces maîtres d’autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine. Ils méprisaient l’argent et le luxe, ils refusaient un avancement pour laisser la place à un autre, ou pour continuer la tâche commencée dans un village déshérité (p.27). » Il voue à ses parents un même amour. « Il rencontra un jour une petite couturière brune qui s’appelait Augustine et il la trouva si jolie qu’il l’épousa aussitôt. Je n’ai jamais su comment ils s’étaient connus, car on ne parlait pas de ces choses-là à la maison. D’autre part, je ne leur ai jamais rien demandé à ce sujet, car je n’imaginais ni leur jeunesse ni leur enfance. L’âge de mon père, c’était vingt-cinq ans de plus que moi, et ça n’a jamais changé. Ils étaient mon père et ma mère, de toute éternité, et pour toujours. (p.30) »
En 1910, il perd sa mère, Augustine, avec qui il entretenait une relation d’amour et de fusion, il a 15 ans, un monde s’écroule. En 1914, alors élève de la Faculté d’Aix-en-Provence, il fait paraître le premier numéro de « Fortunio », la revue littéraire qu’il dirige avec quelques camarades de khâgne. Il y publie ses premiers poèmes. En 1913, à l’âge de 23 ans, il est répétiteur au lycée Saint-Charles de Marseille, et commence à écrire pour le théâtre. En 1916, il épouse Simonne Colin à Marseille. En 1922, il est nommé répétiteur au lycée Condorcet à Paris. Quatre ans plus tard, il écrit pour le théâtre une comédie satirique, Jazz, qui le fait remarquer, et deux ans plus tard, Topaze, autre comédie satirique connaît un triomphe. Marius, viendra un an plus tard.
Il comprend très rapidement que le théâtre va mener nécessairement au cinéma ; en 1931, Marius, à l’origine (en 1929) comme Fanny (1931), conçu pour le théâtre, sera porté à l’écran en 1931 par Alexander Korda ; César (1936), en revanche, le dernier volet de la trilogie, sera directement écrit pour le cinéma, avant d’être adapté dix ans plus tard pour le théâtre. Dès les années trente, il crée, à Marseille, ses laboratoires puis ses studios. Il était poète, dramaturge, romancier, il fut ce cinéaste empli du « sentiment de la présence humaine, sensible à l’imagination, au rire, à la poésie, à l’émotion, élu - cerise ultime sur le gâteau - à l’Académie française en 1946, en un mot : heureux de vivre. Il est toujours amoureux. Il a divorcé de Simone Collin, il vit avec l’actrice Josette Day, qu’il a rencontrée en 1939 (il vivra avec elle jusqu’à la fin de la guerre). Dans une lettre à Raimu, l’acteur toulonnais qu’il avait rencontré en 1928, qu’il fera jouer dans plusieurs grands rôles, et avec qui il partageait l’amour du théâtre et du cinéma, et une très franche amitié, une grande tendresse aussi, il raconte ses journées de travail et son quotidien nourri de cette soif d’amour, de l’amour d’une femme, qui l’habite. « En général, je m’assois à ma table de travail, et j’écris des scènes. Josette est assise par terre, elle passe un bras autour de ma jambe, et elle s’y tient fortement. De l’autre, elle feuillette son livre d’anglais et elle apprend ses leçons. (...) Mais la rencontre de Josette a été l’événement le plus important de ma vie. Elle m’a sauvé du Pernod et de la fine, et du vieux marc. Elle m’a conduit par la main chez les tailleurs et les marchands de cravates ; et puis, surtout, elle a cru tout naïvement que j’avais du génie. Si j’en ai un jour, je le lui devrai. Je t’embrasse, Marcel. (J’ai écrit le rôle de ta vie, Correspondances avec Raimu, Fernandel, Cocteau, et les autres..., éd. Robert Laffont 2015, Raimu, p. 57). Il s’en veut d’être enfantin, il a besoin d’aimer, d’être aimé, il réussit tout ce qu’il entreprend, avec cette observation minutieuse des détails de l’existence, de ces petites choses de la vie, si créatives, si simples, si près du cœur, et qu’il admirait chez Vincent Scotto, ami, acteur marseillais, compositeur populaire et discret de « La petite Tonkinoise » et de plus de quatre mille chansons, et autres musiques de films dont celles de Marcel Pagnol.
Il fera jouer les plus grands acteurs français de l’époque ; Raimu, Fernandel, Pierre Fresnay... En 1945, il épousera Jacqueline Bouvier qui restera jusqu’à sa mort son « brin de poésie et de tendresse ». Elle tournera dans cinq de ses films. Raimu meurt en 1946. Sa brutale disparition le laisse sans voix, incapable de faire un discours sur sa tombe comme pour un proche trop proche, car il dira de lui qu’il était à la fois un père, un frère, un fils... On repense à la mort tragique d’Augustine, à la santé fragile, disparue à l’âge de trente-six ans... On reprend la lecture. « Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l’eau celle des moulins. Cinq ans plus tard, je marchais derrière une voiture noire dont les roues étaient si hautes que je voyais les sabots des chevaux. J’étais vêtu de noir, et la main du petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces. On emportait notre mère pour toujours. De cette terrible journée, je n’ai pas d’autre souvenir comme si mes quinze ans avaient refusé d’admettre la force d’un chagrin qui pouvait me tuer. Pendant des années jusqu’à l’âge d’homme, nous n’avons jamais eu le courage de parler d’elle (Le Château de ma mère (éd. Pastorelly, 1958 p. 301). La dernière page du récit, splendide de poésie, radieuse de sa victoire, raconte comment, alors qu’il envisage de monter des studios de cinéma près de Marseille, le hasard le rend propriétaire du château de La Buzine, dans la proximité du canal de son enfance, soudain reconnaissable avec ses arbustes, ses aubépines, ses églantiers chargés de fleurs blanches, cet affreux château enfin exorcisé, qui faisait peur à sa mère. Pagnol imagine alors, Augustine : « Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu’elle était chez son fils »...

Télécharger FloriLettres, édition n°168 : « Marcel Pagnol, Correspondances inédites - Le cinéma »

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