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Entretien avec Nicolas Pagnol et Anne Dieusaert
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Nicolas Pagnol et Anne Dieusaert Nicolas Pagnol, né en 1973, est le petit-fils de Marcel Pagnol et de Jacqueline Bouvier (la Manon des sources de 1953). Ancien assistant-réalisateur, il se consacre entièrement depuis 2004 à l’œuvre de l’écrivain-cinéaste dont il est aujourd’hui un spécialiste et qu’il veille à faire vivre pour les générations futures. Nicolas Pagnol est président de « Marcel Pagnol Communication » (MPF) et gère également deux autres sociétés : Les Éditions de la Treille qui rééditent les textes de son grand-père et la Compagnie méditerranéenne de films, créée en 1944 par Marcel Pagnol lui-même.

Anne Dieusaert est née en 1980. Éditrice chez Robert Laffont depuis dix ans, elle est également responsable des Éditions Seghers.

En octobre dernier, les éditions Robert Laffont ont publié un recueil de correspondances inédites entre Marcel Pagnol et une vingtaine de personnalités du cinéma. Comment s’est engagé ce projet éditorial ?

Nicolas Pagnol Il y a quelques années, lorsque que j’ai retrouvé dans la maison de Jacqueline Pagnol, ma grand-mère, les lettres que Marcel Pagnol avait reçues, j’ai tout de suite commencé à les classer et à rédiger de succinctes présentations biographiques des différents correspondants. Puis, je me suis mis à la recherche des réponses de mon grand-père. En juillet 2007, un spectacle réalisé à partir de la correspondance entre Raimu et Pagnol, joué respectivement par Michel Galabru et Jean-Claude Carrière auquel a succédé Philippe Caubère, avec la complicité de Jean-Pierre Bernard dans le rôle du narrateur, a vu le jour au Festival de Grignan. Intitulé Jules et Marcel, le spectacle a tourné pendant trois ans et a connu un très grand succès. L’auteur, Pierre Tré-Hardy, souhaitait publier son adaptation mais il m’a semblé que cette édition allait déflorer le secret de la correspondance qui, pour les besoins de la dramaturgie, avait subi des coupes. Aussi, l’ordre chronologique des échanges s’en était trouvé légèrement modifié. Je m’y suis donc opposé et j’ai préféré attendre de pouvoir établir une anthologie. Ce volume paru chez Robert Laffont sous le titre J’ai écrit le rôle de ta vie est le fruit d’une rencontre avec Anne Dieusaert. J’avais déjà présenté mon projet à d’autres éditeurs, mais ils s’étaient montrés frileux quant à sa faisabilité, pour des raisons juridiques, étant donné la multiplicité des correspondants et en l’occurrence des ayant-droits. Pour autant, je suis certain de découvrir encore d’autres lettres. D’ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, j’en ai retrouvé deux du réalisateur William Wyler (1902-1981) dans le grenier de ma grand-mère. Elles auraient pu figurer dans le livre. La maison est très grande et il y a des correspondances, des papiers un peu partout. Rien n’a jamais été classé mais je m’y attelle. Tout récemment, la BNF et moi-même avons établi une convention de dépôt de tous les manuscrits de mon grand-père. C’est une bonne nouvelle car un véritable travail va être effectué sur ce fonds.

Y a t-il des échanges qui n’ont pu être publiés ?

Anne Dieusaert La correspondance avec Vincent Scotto. Les ayant-droits du compositeur et acteur n’ont pas donné leur autorisation de publication. C’est dommage, car il s’agit d’une correspondance magnifique, d’un véritable échange. Il y a une entrée Vincent Scotto dans le livre parce que nous avons publié une lettre de Marcel à son ami qui est un brouillon dont la famille Pagnol a les droits. Mais toutes les réponses de Vincent Scotto, qui représentent une dizaine de lettres environ, n’ont pu faire partie du recueil.

La publication de ce recueil est assez tardive finalement...

N.P. Si cette publication voit le jour seulement maintenant c’est parce qu’il a fallu du temps pour faire comprendre à ma grand-mère et à mon père qu’il était important que le public ait accès aux archives de Marcel Pagnol car elles sont un matériau de travail, de recherche, un matériau que les gens devraient pouvoir s’approprier. Je souhaite faire en sorte que son œuvre puisse à nouveau être étudiée à l’école, ainsi qu’à l’université (le plus grand spécialiste de Pagnol est américain, Brett Bowles, professeur d’histoire du cinéma à Indiana University Bloomington), qu’elle puisse revenir sur les planches de théâtre, ou à l’écran. Quand je demandais à ma grand-mère ce qu’étaient tous ces papiers dans le grenier, elle me répondait qu’ils étaient vieux et sans intérêt. Ils font partie de sa vie, ils n’ont pas pour elle de valeur patrimoniale, culturelle ou historique. Ils sont de l’ordre du privé.

A.D. J’étais très heureuse quand j’ai découvert le manuscrit brut. C’était exaltant, effrayant aussi, car Nicolas m’a envoyé 500 lettres d’un coup et il a fallu faire un tri. Soit nous prenions la décision d’éditer un énorme volume, soit nous privilégions la sélection, par thème. Comme l’année 2015 correspondait au 120ème anniversaire de la naissance de Marcel Pagnol et du cinéma, nous avons choisi les correspondances en rapport avec le cinéma.

Quelles sont les autres correspondances ?

N.P. Il y a la correspondance familiale avec son père, Joseph Pagnol, avec Jacqueline et mon père, et la correspondance littéraire, avec des écrivains comme Albert Cohen, Joseph Kessel, Georges Simenon... Les réponses de mon grand-père à Albert Cohen n’ont pas été retrouvées.

A.D. J’ai relu les Carnets de 1978 d’Albert Cohen dans lesquels il revient sur la mort de Marcel Pagnol qui a eu lieu quatre ans plus tôt. Il y a une dizaine de pages où l’on comprend que tous les matins, Albert Cohen se réveille en se disant qu’il a perdu son Marcel chéri. Il dit aussi se rappeler le jour où il l’a rencontré, à l’école... et il termine toujours par : « Et mon Marcel qui est mort ». Comment peut-il être mort ? Ces pages sont sublimes.

N.P. Dans ses lettres, on peut lire également : « Excuse-moi de t’écrire en recommandé mais c’est la parano juive qui m’oblige à t’envoyer cette lettre en recommandé pour être sûr que tu la recevras bien. » !
La correspondance avec Jean Sarment (acteur et écrivain 1897-1976) est très intéressante, le style est extraordinaire, et les anecdotes extrêmement drôles. Les lettres sont en même temps pleines d’amour et de complicité. Il y a aussi une belle correspondance avec le Prince Rainier de Monaco.
Les manuscrits de Marcel Pagnol ne sont presque pas raturés, l’écriture lui vient facilement et son style épistolaire ne diffère pas de son style romanesque, contrairement à l’écriture de Joseph Kessel par exemple, qui est très différente dans ses lettres et dans ses romans.

Il subsiste donc assez peu d’échanges complet...

N.P. La correspondance avec Raimu est complète. Je connais très bien sa petite-fille, Isabelle, ce qui est plus simple... Les deux hommes avaient une admiration réciproque et une complémentarité. Raimu était une espèce de monstre, mais avec un génie inné, un sens du jeu, de la scène, une compréhension immédiate de l’être humain, et Pagnol était sans doute le seul qui arrivait à le maitriser, à le dompter, à le canaliser. Capables de transformer en un bon jeu de mot leurs désaccords, ils ont réussi à passer outre des blessures narcissiques importantes.
Pour René Clair, il a fallu faire des recherches, notamment dans les bibliothèques, et j’ai réussi à retrouver quelques lettres, permettant de publier un échange assez intéressant. Quant aux lettres à Cocteau, rien n’a été retrouvé. Mais ce manque présente un portrait en creux de Marcel Pagnol.

A.D. Bien sûr, quand on est éditeur, on préfère publier une correspondance complète, d’autant plus quand il s’agit d’un auteur qui a la faconde de Pagnol. Mais on peut quand même recomposer un portrait ne serait-ce qu’avec les réponses et les éléments biographiques dont on dispose.

N.P. Même si Marcel Pagnol a écrit la plus grande autobiographie de la littérature du XXème siècle, qui comprend dix volumes dans son œuvre, en définitive, il reste toujours très secret. On regrette d’autant plus de ne pouvoir présenter la correspondance avec Vincent Scotto car si l’on compare ses lettres à ce qu’il dit de son ami dans Confidences et Cinématurgie de Paris, on s’aperçoit que les avis et conseils qu’il lui adresse par lettre, il les lui attribue dans son récit autobiographique où il prête aux autres les vertus qui lui sont propres. On a l’impression qu’il traverse le temps et l’espace avec beaucoup de bonheur comme s’il avait une étoile au-dessus de lui qui le guidait et lui permettait de réussir sans efforts. Dans sa correspondance, on se rend davantage compte des difficultés qu’il traverse. Il s’exprime avec une grande élégance, et en même temps il peut être à la limite du potache, parfois du graveleux. Il y a une lettre à Henri Jeanson (1900-1970, écrivain, journaliste, dialoguiste et critique) où il dit : « ça commence à sentir les “souvenirs”, les “mémoires”. On s’approche peu à peu du nécrologique... » Il parle aussi de ses préoccupations qui sont les femmes, l’amour, les copains, la bonne bouffe... avec beaucoup de simplicité.

Marcel Pagnol a commencé par le théâtre puis a compris que le cinéma parlant allait apporter une révolution... On est frappé par la qualité de la langue quand on regarde ses films...

N.P. C’est le premier auteur de théâtre à s’emparer du cinéma, et c’est un cinéma d’auteur. Pourquoi ? Parce qu’il maitrise tout de A à Z. Il a senti la nécessité d’être à la fois scénariste, réalisateur et producteur. Il place l’auteur au-dessus de tout le monde. C’est pourquoi la Nouvelle Vague se réclamera de lui. Et c’est aussi pour cette raison qu’il a toujours refusé de partir aux États-Unis parce qu’il savait très bien qu’il n’aurait pas pu faire là-bas du cinéma en toute liberté. À la question « qui aimeriez-vous être ? », Preston Sturges (réalisateur, producteur et acteur américain, 1898-1959), répond dans une interview : « J’aimerais être Pagnol en France ». Il était séduit par la totale indépendance de Pagnol qui avait écrit : « Si je pars aux États-Unis, je perds ma liberté, ils vont me mettre un gagman, un réalisateur, le producteur va me manger la soupe sur la tête » !

Il est confronté aux Américains avec la Paramount...

A.D. Il est confronté aux Américains quand les producteurs de la Paramount, comprenant qu’avec le cinéma parlant les dialogues doivent être travaillés, veulent racheter les droits de Marius, la célèbre pièce de théâtre de Pagnol pour en faire un « grand film ».

N.P. Marcel Pagnol leur a imposé un comité littéraire qui a siégé deux fois. Bob Kane est devenu fou, il n’a plus jamais voulu que ce comité se réunisse. Pagnol les a fait tourner en bourrique. Ensuite, quand la Paramount réalise la version de Topaze avec Jouvet, que Marcel ne collabore ni au scénario ni à la mise en scène, c’est le clash. Il décide de récupérer tous ses droits, et il monte une société de production.

A.D. Alexander Korda (1893-1956) qui dirige la réalisation de Marius, comprend sans doute assez vite que ça va devenir très difficile entre la production et Marcel Pagnol, et qu’il a tout intérêt à passer par lui pour communiquer avec les acteurs, notamment avec Raimu qui ne parle pas un mot d’anglais. Pagnol ne réalise finalement qu’un seul des trois opus composant sa trilogie : César. Le premier a donc été réalisé par Korda et le second par Allégret.

N.P. Je pense aussi que Korda a compris qu’en acceptant de diriger cette « troupe » marseillaise, il était en train de faire un film de marseillais et que lui, américain d’origine hongroise, ne pouvait s’immiscer dans le ton du film. Il a dit à Marcel : « Moi je sais faire des films, toi tu sais faire parler les acteurs. Nous allons faire un grand film parlant, tous les deux. » C’est ce qui s’est passé. Quant à la correspondance avec Korda, elle est pleine de sympathie, d’admiration. Korda, Welles (malheureusement je n’avais qu’un télégramme de Welles) ont fait des réussites industrielles parfaitement incroyables et on a l’impression que pour eux, Marcel était leur égal, si ce n’est leur maître. William Wyler, figure incontournable du cinéma hollywoodien, lui témoigne toute son admiration dans une lettre de 1947, alors qu’il s’agit d’une réponse à un courrier que Marcel lui avait adressé par erreur. Il s’était trompé de correspondant (nombreux sont ceux qui, dans le cinéma, portaient les initiales WW). Wyler lui écrit : « Je me sers de Fanny comme exemple de ce qu’une pièce, une scène, un jeu de parole et d’acteurs, un ensemble enfin, pourrait, devrait être, mais l’est si rarement, hélas. (...) Comme je ne suis pas écrivain... (...) je ne saurais commencer un film qu’avec du papier, et une nouvelle plume, comme toi. Puis, en changeant de chapeau, tu deviens producteur, metteur en scène, etc. Et tu n’as besoin de personne, tandis que moi j’ai toujours besoin d’un auteur, d’un sujet avant de pouvoir commencer à travailler. »

La liberté a conduit toute sa vie...

N.P. Cette liberté lui a été nécessaire pour créer une œuvre. C’était le seul cinéaste avec Guitry qui se comportait comme un auteur classique, c’est-à-dire un auteur dont l’œuvre est homogène, cohérente. S’il avait eu un distributeur qui lui aurait dit ne pas vouloir de tel ou tel acteur parce qu’il vient du théâtre ou parce que le public ne sera pas au rendez-vous, s’il n’avait pu garder son libre-arbitre, il n’aurait pas pu faire de cinéma car il allait à l’encontre des modes, à l’encontre des dictats du moment.

A.D. Il y a une continuité entre sa culture classique et l’œuvre qu’il met en place. Il crée tout un univers avec des ramifications, des arborescences qui se déploient dans l’écriture littéraire, cinématographique, théâtrale. L’œuvre est plus forte dans son ensemble. Ce qu’il a à raconter n’a rien à voir avec les modes, mais concerne une certaine forme de comédie humaine avec des idéaux types assez vite identifiés.

N.P. Même entre ses œuvres de jeunesse qui ne sont absolument pas provençales, et les œuvres dites provençales, il y a des correspondances, des thèmes communs. Il comprend très bien comment l’être humain fonctionne. Il nous montre les faiblesses de ses personnages sans les punir, ni les juger, mais en faisant simplement l’état des lieux. Il n’est jamais moralisateur.

Il a donc créé en 1934 une société de production dans les collines au-dessus du village de La Treille où il tournait lui-même ses films, puis en 1941 il a acheté le château de La Buzine pour construire la « Cité du Cinéma »...

A.D. Oui, Marcel Pagnol cherchait un lieu assez vaste pour y construire de nouveaux studios, avec plateaux, logements pour toute l’équipe, ateliers, auberge... Il avait le projet d’en faire une Cité du Cinéma, et créer un véritable « Hollywood Provençal ». Mais avec la guerre, il a dû interrompre ses tournages, - pendant l’invasion allemande il avait tourné La Fille du puisatier (1940) - vendre ses studios à la Gaumont pour ne pas céder aux pressions du président de la Continentale, société de production française à capitaux allemands, qui voulait lui faire réaliser du cinéma de propagande nazie. En 1942, le Château a été réquisitionné. Finalement, il est parti à La Gaude et a monté une culture d’œillets dans le but d’employer les gens qu’il faisait jouer dans ses films.

N.P. Après la Seconde Guerre mondiale, il a perdu ses studios ; Josette Day, dont il est fou amoureux, le quitte. Il remonte sa société de production, n’a plus ses labos, ni ses agences de distribution, il tourne un peu, notamment Naïs en 1945. Il pense que le Rouxcolor, un nouveau procédé technique qui utilise l’optique au lieu de la chimie et qui a été mis au point par deux Français va permettre à la culture française de retrouver un rayonnement face à l’omniprésence américaine. Mais c’est un échec et ce sont plusieurs millions de francs gaspillés. Le monde a changé, et il sait qu’il ne peut plus faire de films en toute indépendance. Il écrit d’ailleurs qu’il n’a plus l’âge, ni la force. Il est las du cinéma et aborde une nouvelle étape de son œuvre : écrire ses souvenirs d’enfance. Les grands réalisateurs du moment sont uniquement ceux qui ont traversé l’Atlantique, qui ont fui l’Occupation et sont allés faire leurs films aux États-Unis, comme René Clair par exemple. Il aura quand même quelques succès avec Manon des Sources, Topaze, Les Lettres de mon Moulin, sa dernière œuvre pour le cinéma.

A.D. Comme ces lettres couvrent une longue période, de 1928 à 1974, on voit le paysage cinématographique français changer, notamment quand on lit sa correspondance avec René Clair dans laquelle il est question de la querelle entre le cinéma muet et le parlant, puis de la Nouvelle Vague...

L’écriture de films a joué un rôle très important dans sa vie d’auteur... Il transpose Manon des sources sous forme de roman dix ans après la sortie du film...

N.P. L’Eau des collines, roman en deux parties composées de Manon des Sources et de Jean de Florette, est en effet publié en 1963, après l’écriture du scénario et la réalisation du film (1952). De toute façon, il réécrivait son œuvre tout le temps, et il s’adaptait aux nouveaux supports. Je suis sûr qu’il aurait fait lui-même l’adaptation en bande dessinée de Topaze et de La Gloire de mon père, deux albums qui viennent de paraître chez Bamboo Édition. Il a tourné deux fois Merlusse (1935), et l’a réécrit quatre fois ; il a réalisé trois versions de Topaze... Ses manuscrits sont de toutes les époques. On est obligé de regarder la qualité du papier pour déterminer la période à laquelle le texte a été écrit. C’est la même chose pour ses films. Quand j’ai fait restaurer la trilogie, j’ai dû choisir entre la première ou la dernière version de César. Pour sa ressortie dans les années 1960, il avait fait un nouveau montage et coupé 20 minutes de son film. J’ai donc préféré la première version parce que c’est celle du créateur, ce n’est pas celle de l’auteur qui revient sur son œuvre trente ans plus tard.

Bien qu’il soit devenu à un moment de sa vie un industriel du cinéma, il n’a jamais perdu le sens de ses racines. Une dimension humaine et une analyse sociale d’une grande finesse apparaissent dans son œuvre...

N.P. « Si j’avais été peintre, je n’aurais fait que des portraits. » a dit Marcel. Bien sûr, il montre les différences sociales, le rapport à l’argent, mais ce n’est pas tant les relations sociales qui l’intéressent. Ce sont les relations humaines. Ses personnages ne sont pas enfermés dans une catégorie socio-culturelle. Chaque personnage a son caractère propre, et dans son œuvre, il s’agit davantage d’une certaine appréciation de la vie.

A.D. Marcel Pagnol utilise un matériau du réel que le spectateur peut appréhender de façon très directe, instinctive, et en même temps, il compte sur l’intelligence de son spectateur pour comprendre qu’il s’agit d’une histoire, voire d’une fable. Ce n’est pas du tout de l’ordre du documentaire même si son cinéma est d’une certaine façon presque ethnographique.

N.P. Effectivement. Il a compris tout de suite qu’au moment où il s’est mis à faire du cinéma, le monde et les mentalités changeaient (hyper-industrialisation, exode rural, morale du début du siècle qui commençait à se déliter, etc.) Il nous présente un instantané du monde tout en nous racontant des histoires.

Les Carnets de cinéma* sont bien les premiers textes que vous avez entrepris de publier ?

N.P. Ce sont les premiers textes sur lesquels j’ai travaillé. Des textes autobiographiques inédits qui révèlent la lutte sans merci entre un artisan du cinéma d’auteur et les débuts de la standardisation culturelle. Je gère les droits de l’œuvre de mon grand-père à travers une société qui appartient à ma grand-mère et à mon père. Je me suis consacré dans un premier temps à l’édition en DVD des films et ensuite j’ai pris la présidence de la société. Depuis maintenant deux ans, je suis sur des beaux projets qui se concrétisent.

(* Textes présentés par Nicolas Pagnol. Éditions Privé-Éditions de la Treille, 2008)

Quels sont ces projets ? Et quelle est l’actualité Marcel Pagnol dans le cadre de la célébration des 120 ans de sa naissance ?

N.P. Un grand documentaire sur la vie de Marcel Pagnol est en préparation pour le cinéma. Produit par Galatée Films et réalisé par Sylvain Chomet, il mêlera l’animation, la reconstitution, les archives, et sera prêt en 2017.
Pour l’année prochaine, je suis en train de m’occuper de la restauration de trois autres films, et je travaille au deuxième volume de la correspondance. Nous songeons poursuivre cette aventure éditoriale avec les correspondances intimes et littéraires - au moins aussi riches que les correspondances cinéma présentées dans le volume, J’ai écrit le rôle de ta vie. Il y aura aussi quatre parutions de BD : Jazz, Topaze (tome 1 et 2) et Le Château de ma mère, et une grande exposition sur le personnage de Marius à Marseille, etc.
J’aimerais également pouvoir reconstruire les décors de films sur les terrains au-dessus d’Aubagne qui appartiennent à la famille et où Pagnol a tourné Regain, Angèle, La Fille du puisatier, Les Lettres de mon Moulin, mais c’est un projet à long terme. Ces décors formeraient un musée à ciel ouvert.
Quant à l’actualité dans le cadre de la célébration des 120 ans de sa naissance, j’ai présenté à Cannes la trilogie restaurée qui a été sélectionnée au Festival Lumière de Lyon 2015, j’ai fait de grandes projections gratuites à Marseille avec 4000 personnes sur le vieux port chaque soir. À Aubagne, l’exposition « Marcel Pagnol, de l’encrier au projecteur » a commencé le 2 octobre et se termine le 30 janvier 2016 ; il y a eu aussi la journée commémorative, le 28 février, jour de sa naissance où 50 000 personnes étaient présentes dans les rues. Deux bandes dessinées viennent de paraître (mercredi 4 novembre), La Gloire de mon père et le tome 1 de Topaze, ainsi que le recueil des correspondances cinéma.
Il y a encore d’autres projets et événements à venir...

Et un prix littéraire...

N.P. Le prix Marcel Pagnol a lieu au Fouquet’s chaque année au mois de juin depuis bientôt seize ans. Il récompense un auteur qui a écrit autour de ses souvenirs d’enfance. Le jury présidé par Jacqueline Pagnol et Daniel Picouly est composé de Claude Pujade-Renaud, Catherine Enjolet, Patricia Martin, Karin Hann, Dominique Guiou, Carole Tournay, Philippe Claudel, Floryse Grimaud et moi-même. Parmi les lauréats, il y a eu Philippe Claudel pour Quelques-uns des cent regrets (Balland), Dominique Fabre pour Fantômes (Le serpent à plumes), Agnès Desarthe pour Le Remplaçant (L’Olivier) et cette année le prix a été remis à Gilles Leroy pour Le Monde selon Billy Boy. Nous sommes à la recherche d’un nouveau partenaire pour l’année prochaine.

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Télécharger FloriLettres, édition n°168 : « Marcel Pagnol, Correspondances inédites - Le cinéma »

Marcel Pagnol
J’ai écrit le rôle de ta vie Correspondances avec Raimu, Fernandel, Cocteau et les autres...

Édition établie par Nicolas Pagnol
Préface de Serge Bromberg
Éditions Robert Laffont, octobre 2015.
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

Marcel Pagnol
Carnets de cinéma

Textes inédits présentés par
Nicolas Pagnol
Éditions Privé-Éditions de la Treille, 2008

Marcel Pagnol
L’album d’une vie

Par Nicolas Pagnol
Éditions Flammarion, 226 pages, 2011.

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Marcel pagnol
La Gloire de mon père

Scénaristes : Serge Scotto, Eric Stoffel
Dessinateur : Morgann Tanco
Bamboo Éditions, coll. Grand Angle.
4 Novembre 2015, 85 pages, 18,90 €

Le premier tome des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol.
Les vacances d’été dans la garrigue sont une révélation pour le jeune Marcel Pagnol et son petit frère, qui tombent amoureux des collines, de sa végétation sauvage, de ses massifs de roche : Garlaban... Scènes truculentes de vie, humour et souvenirs nostalgiques, le sens inné de Pagnol de la mise en situation, son goût de la farce, émaillent ce récit chaleureux, dont le charme se partage entre les décors et la saveur ciselée des dialogues.

Pour Topaze le dessin est signé par Éric Hubsch .

Ces deux albums lancent la collection Marcel Pagnol chez Bamboo Édition, collection qui devrait se poursuivre à hauteur de deux volumes par an.


Sites Internet

Éditions Robert laffont
http://www.laffont.fr

Site Marcel Pagnol
http://www.marcel-pagnol.com/

Prix Marcel Pagnol
http://www.marcel-pagnol.com/prix_marcelpagnol.php

Cinémathèque - Les débuts de Marcel Pagnol au cinéma
http://www.cinematheque.fr/article/657.html

Nicolas Pagnol, Guillaume Schiffman et Jean-Lionel Etcheverry parlent de la restauration de Marius.
http://www.cinematheque.fr/video/656.html

Aubagne, Capitale Marcel Pagnol
http://www.aubagnecapitalemarcelpagnol2015.com/fr/

Le Château de La Buzine - Hommage à Marcel Pagnol
http://labuzine.com/fr/page/chateau-de-la-buzine-quatres-etages-d-expositions

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