Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Dernières parutions décembre 2015 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Léon Werth, 33 jours Léon Werth, 33 jours. Le 11 juin 1940 Léon Werth quitte Paris au volant de sa Bugatti. Accompagné de sa femme et d’une amie, il pense rejoindre en fin de journée sa maison de vacances de Saint-Amour dans le Jura. Au bout de quelques kilomètres, force est de constater que le voyage s’annonce chaotique. Comme des millions d’autres Français, ils ont pris la route fuyant l’avancée des Allemands et se retrouvent pris au piège d’un colossal embouteillage. « Témoins d’un incroyable désordre, nous n’en mesurions pas les effets. Cette fuite, ce mélange d’armée et de civils, citadins et paysans, nous apparaissait comme une maladie aiguë, comme un orage. » Au fil d’heures et de jours interminables, d’attaques d’avions ennemis, de voitures abandonnées, de cadavres de chevaux, de visages défaits, de contacts forcés entre vainqueurs et vaincus, le spectacle qui s’offre à eux est des plus anxiogène. Sans nouvelle qui ne soit ou rumeur ou propagande sur les ondes, ils n’ont aucune idée de la débâcle des troupes françaises. Bloqués dans le Loiret, ils séjournent avec d’autres réfugiés dans la propriété de la Soutreux, une femme d’industriel parisien, caressant l’envahisseur, favorable à l’ordre allemand, figure emblématique de la résignation française, de « l’évanouissement de toute pudeur nationale ». Une attitude déshonorante à des années lumière de celle d’Abel Delaveau, un paysan du Gâtinais, à la finesse d’esprit, au courage et à l’humanité exemplaires qui les héberge dans sa ferme réquisitionnée par les Allemands. L’écrivain qui a traversé et dénoncé l’enfer de 14-18 entrevoit avec clarté la finalité de ce conflit. « La guerre de 1914 était timide en ses buts, modestement territoriale, modestement économique. L’enjeu, cette fois, c’est la totalité de l’homme et la totalité des hommes. » Le 13 juillet, au terme de 33 jours d’un périple éprouvant, les Werth retrouvent avec soulagement leur fils à Saint-Amour. Remarquable récit historique et littéraire, ce lucide témoignage de l’exode, laisse déjà deviner les années sombres de l’Occupation marquées par les plus abjects ou les plus admirables des comportements humains. En octobre 1940, Antoine de Saint-Exupéry emporte avec lui le texte de son ami à New York pour le faire publier par son éditeur américain, mais le livre ne paraîtra jamais. Ce n’est qu’en 1992 que ce texte sort de l’oubli porté par l’enthousiasme de Viviane Hamy. Cette nouvelle édition intègre la préface inédite de Saint-Exupéry initialement prévue et redécouverte dans une bibliothèque de Québec par Melville House Publishing en 2014. Éd. Viviane Hamy, 166 p., 15 €. Élisabeth Miso.

Romans / Nouvelles

Alejandro Zambra, Mes documents Alejandro Zambra, Mes documents. Traduction de l’espagnol (Chili) Denise Laroutis. Le deuxième livre publié en France d’Alejandro Zambra est un subtil jeu de résonances, de dialogue constant entre inspiration autobiographique et fiction, une sorte d’exploration du processus d’écriture répondant aussi bien aux mouvements de la mémoire qu’à ceux de l’imaginaire. Dans les textes les plus vraisemblablement autobiographiques comme Mes documents, Camilo, Instituto Nacional, l’écrivain chilien laisse affleurer quelques souvenirs de son enfance et de son adolescence : sa fascination pour l’Olivetti de sa mère, pour les marches militaires, pour le rituel d’enfant de chœur, la cruauté et la bêtise de ses professeurs, sa foi « naïve, intense et absolue, en la littérature », sa perception de la dictature de Pinochet ou encore l’influence protectrice et lumineuse du filleul de son père, fils d’un exilé politique, qui lui donne des cours d’assurance et de politique. Dans Je fumais très bien, il tient avec humour le journal de sa désintoxication de la cigarette, entreprise délicate pour qui a toujours associé le geste de fumer à l’acte de lire et d’écrire. Les nouvelles où la narration à la première personne cède la place au point de vue d’autres personnages, parlent de sexualité, d’amour contrarié, de couples qui se désirent et se délitent. Tels des fichiers informatiques conservés dans un ordinateur, les onze textes décident de l’articulation du livre, ensemble de traces d’une expérience humaine, de joies ou de tragédies révélatrices de la complexité et des contradictions de l’existence. « [...] c’est comme ça que les gens se connaissent, en se racontant des choses qui viennent comme un cheveu sur la soupe, en laissant échapper les mots joyeusement, irresponsablement, pour toucher enfin à des territoires dangereux où il faut aux mots le vernis du silence. » Pour s’emparer de la réalité Alejandro Zambra a choisi la littérature, et c’est cette conviction d’être véritablement présent au monde par l’écriture qu’il affirme de document en document. Éd. Rivages, 240 p., 21 €. Élisabeth Miso.

Articles

Hervé Guibert, L’autre journal Hervé Guibert, L’Autre Journal. Articles intrépides 1985-1986. Le présent ouvrage rassemble l’intégralité des articles, entretiens, portraits et photographies d’Hervé Guibert parus dans L’Autre Journal, mensuel créé par Michel Butel en 1984, devenu hebdomadaire en 1986. L’écrivain emporté à trente-six ans par le sida en 1991, collabore aux pages du journal réputé pour sa créativité et sa totale liberté éditoriale d’octobre 1985 à juillet 1986. Lettres de Roland Barthes et de Michel Foucault, propos de la galeriste Agathe Gaillard scrutant à la loupe le portrait de Rimbaud par Carjat au musée Carnavalet et dissertant de la grâce inouïe de l’adolescence. L’émotion ressentie devant les photographies de son ami Bernard Faucon, qui semblent toujours lui envoyer des signes, agir mystérieusement sur ses travaux d’écrivain. Un entretien avec Peter Handke, des photos légendées de sa main de Bulle Ogier, de ses grand-tantes Suzanne et Louise, d’Eugène Savitzkaya, d’Isabelle Adjani ou d’Andreï Tarkovski. Des portraits amusants d’un professeur à la retraite qui joue de la scie musicale dans le métro, d’une nonagénaire qui revisite son passé à la lumière de sa sexualité débridée, d’« enfants exceptionnels » aux passions aussi hétéroclites que le piano, l’informatique, le hockey, le stylisme ou le boursicotage. L’auteur de La Mort propagande, déploie dans les textes et les photographies publiés une série d’univers et de pensées en lien avec ses thèmes de prédilection, un carnet intime détourné, une autre déclinaison de sa propre quête littéraire. Ses choix reflètent en effet la cohérence des divers canaux qu’a pu emprunter son écriture entre journalisme, littérature et photographie et une prédisposition certaine à s’ouvrir aux autres. Éd. Gallimard, L’Arbalète, 176 p., 10,50 €. Élisabeth Miso.

Autobiographies

Michel Contat, Ma vie côté père Michel Contat, Ma vie, côté père. C’est un ton doux, émouvant, étonnamment familier, un ton de conteur né à Berne en 1938 et qui vécut sa jeunesse à Lausanne, ami de la famille Balthus, qui se retourne sur son passé, pour évoquer, se remémorer tout ensemble, enfance, famille, bonne éducation et fameuses fréquentations, souvenirs bénis de vacances et de framboises inoubliables dégustées sous le soleil d’été, apprentissage de la vie, amours et manques... Mettant en exergue un exquis propos d’Alexandre Dumas : « Permettez que je vous présente monsieur mon père, un grand enfant que j’ai eu quand j’étais petit. » C’est un hymne à la vie, un hommage non pas seulement au père, personnage romanesque à lui tout seul, affectueux mais à sa manière, négligeant et « manquant d’imagination, pour tout ce qui ne touchait pas à ses plaisirs », représentant de commerce qui vendait « des appareils à ultrasons puis des livres d’art pour bibliophiles », qui ne posait jamais de question à son fils sur rien, sinon pour savoir s’il avait enfin une petite amie. Ainsi, des deux figures parentales : « principe de plaisir, papa, principe de devoir, maman. Mon père est mort à soixante-seize ans, l’âge que j’ai maintenant (...) 119 ». Portraits vifs, admiration sans bornes pour les maîtres, les amis ; une mère aimante et présente, une grand-mère divine, douce et belle et gourmande, qui lui apprit le sens du plaisir et de la tendresse, un besoin d’exorciser les manques, un père absent - quoique pas complètement, puisqu’il lui arrivait de faire des apparitions remarquées - en tous cas, parti de la maison ; le deuil déchirant du grand-père, après celui, tragique d’un tout petit frère ; et puis, des attachements ; le Journal d’André Gide qui le convertit d’emblée au communisme ; des souvenirs conquérants de bon élève en classe, en français surtout, le collège comme une partie de plaisir.... Éd. Christian Bourgois, p., 12 €. Corinne Amar.

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite