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Dernières parutions janvier 2016 Par Elisabeth Miso

 

Essais

Paul Auster, La Pipe d’Oppen Paul Auster, La Pipe d’Oppen. Traduction de l’anglais (États-Unis) Céline Curiol, Christine Le Bœuf, Emmelene Landon et David Boratav. « Parce qu’un roman est le seul endroit sur cette planète où deux inconnus peuvent se rencontrer dans une intimité absolue. L’écrivain et le lecteur fabriquent ensemble le livre. Aucun autre art ne peut saisir l’essence fondamentale de l’existence humaine. » Après Chronique d’hiver (2013) et Excursions dans la zone intérieure (2014), deux récits autobiographiques, Paul Auster esquisse à nouveau une sorte d’autoportrait à travers les essais, discours, préfaces et entretiens rassemblés ici. Il y est en effet question d’intimité littéraire, de la place centrale qu’occupe la littérature, des écrivains admirés comme du fil qui relie ses lectures à sa propre expérience de l’écriture. Le recueil bâti sur les mouvements de la mémoire rend hommage aux écrivains américains et français qui l’ont nourri, égrène les lectures fondatrices et les amitiés avec ses pairs. Du passé, se détachent ainsi Edgar Allan Poe et Nathaniel Hawthorne dont il se sent particulièrement proche. I remember de Joe Brainard qui a inspiré Georges Perec est un ouvrage phare, lu et relu, « inépuisable, l’un de ces livres qui ne s’usent jamais. » Pour certains des écrivains qui l’accompagnent quotidiennement, l’immersion dans leur œuvre s’est aussi doublée d’affinités réelles. Les pages consacrées à George Oppen, à André du Bouchet ou à Jacques Dupin, qui l’a si généreusement accueilli durant ses années de vaches maigres parisiennes, témoignent de rencontres déterminantes. Moments délicieux partagés avec Beckett et Alain Robbe-Grillet, socle poétique du cinéma de Jim Jarmusch, rébellion estudiantine à Columbia en 1968, chaque texte vient apporter sa pierre à cet assemblage de réminiscences, de fragments de vie, véritable plaidoyer pour la création artistique. Dans une interview avec Michael Wood pour The Paris Review, l’auteur de la Trilogie new-yorkaise se confie sur sa pratique de l’écriture, sur ce rituel d’écrire d’abord à la main, puis de taper son texte à la machine. Il tient beaucoup à cette dimension corporelle de l’écriture, à cette connexion physique au rythme, à la musique des mots. « Ce ne sont pas seulement les résultats du travail d’écriture qui m’intéressent, mais le processus, l’acte d’inscrire des mots sur une page [...] J’ai toujours été attiré par les livres qui se retournent sur eux-mêmes, qui vous montrent l’univers de leur écriture, alors même qu’ils sont en train de vous conduire vers le monde extérieur. Le texte comme héros, pour ainsi dire. » Éd. Actes Sud, 190 p., 18,80 €. Élisabeth Miso

Mohsin Hamid, Correspondances étrangères Mohsin Hamid, Correspondances étrangères. Dépêches de Lahore, New York et Londres. Traduction de l’anglais Bernard Cohen. Mohsin Hamid est un citoyen du monde. Il est né au Pakistan, a vécu enfant à San Francisco avec ses parents, a passé son adolescence à Lahore, a suivi des études supérieures aux États-Unis, puis s’est installé plusieurs années à New York et à Londres avant de regagner Lahore en 2009. Cet ensemble d’articles parus dans diverses publications au cours des quinze dernières années, se veut la démonstration de l’évolution de sa perception du monde et de son travail d’écrivain à la lumière de cette identité cosmopolite. Sphère privée, politique ou création littéraire, pour le romancier tout s’interpénètre. Ce recueil mêle aussi bien des considérations familiales, des réflexions sur l’avenir du Pakistan, que des constats d’influence d’autres écrivains comme Tabucchi, Camus ou Murakami sur sa propre écriture. Au fil du temps et des thèmes récurrents qu’il aborde, une préoccupation persiste, celle de sociétés de plus en plus repliées sur elles-mêmes, livrées aux ravages de la globalisation, des inégalités et des intolérances grandissantes, du terrorisme, de la résistance à la pluralité. « [...] c’est seulement sous l’emprise de la peur, et en particulier de craintes délibérément amplifiées et manipulées, que nous avons tendance à considérer l’autre selon son identité réduite au seul élément de sa foi religieuse, de son appartenance nationale ou de sa race. ». Mohsin Hamid se refuse à tomber dans le piège des logiques paranoïaques, des analyses réductrices qui focalisent les esprits sur des notions arbitraires de conflits de civilisations. Dans ses textes il n’a de cesse de vouloir brouiller les frontières géographiques et mentales, d’y voir le seul moyen de nous réinventer et de coexister. La fiction est donc le territoire de cet enjeu humain « [...] je veux ramener ce monde imaginé à celui qui est le nôtre, le partager, inviter le lecteur à y entrer et à le modeler, ouvrir un espace d’expérimentation et d’imagination qui subvertit les frontières de l’individu, du réel, du temps. » Éd. Grasset, 272 p., 19 €. Élisabeth Miso

Christian Garcin, Les vies multiples Christian Garcin, Les vies multiples de Jeremiah Reynolds. Christian Garcin pour qui le voyage intérieur ou l’exploration géographique sont des sources d’inspiration, ne pouvait qu’être sensible à la vie aventureuse de Jeremiah Reynolds. Né en 1799 dans une famille pauvre de Pennsylvanie, orphelin de père, Jeremiah Reynolds doit très jeune accepter de durs labeurs pour aider sa famille et poursuivre ses études. Quand il croise la route de John Cleves Symmes Jr dans l’Ohio en 1823 à vingt-quatre ans, il est journaliste, a fondé son propre journal quelques années plus tôt et entend bien se forger un destin à la mesure de son audace. Séduit par la détermination de cet ancien capitaine à vouloir défendre sa théorie d’une Terre creuse habitée, accessible par deux ouvertures aux pôles, il sillonne le pays à ses côtés en quête de financements pour une expédition polaire. Embarqué sur l’Annawan en 1829, il est sans doute un des premiers hommes à fouler l’Antarctique, naufragé cinq jours durant sur la banquise avec une vingtaine de ses compagnons de navigation. Colonel dans l’armée chilienne pendant la guerre civile, puis pour les Indiens Mapuches, il participe à un demi-tour du monde avant d’embrasser la carrière d’avocat à New York. Son périple en Antarctique trouve des échos dans Les Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe avec qui il sympathise en 1836 et son récit Mocha Dick ou la baleine blanche du Pacifique publié en 1839, chasse au cachalot mythique tirée de ses conversations avec un certain Samuel Lewis lors d’une mission de cartographie marine en Patagonie, est peut-être parvenu aux oreilles d’Herman Melville. Christian Garcin s’empare de la vie hautement romanesque de Jeremiah Reynolds tissant tout un réseau de correspondances, de communication entre les différentes trajectoires humaines et littéraires. Éd. Stock, 176 p., 17 €. Élisabeth Miso

Romans autobiographiques

Édouard Louis, Histoire de la violence Édouard Louis, Histoire de la violence. Il cite en épilogue cet inoubliable extrait de Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas (1995), du Prix Nobel hongrois Imre Kertész : « Il s’avéra qu’en écrivant, je cherchais la souffrance la plus aiguë possible, à la limite de l’insupportable, vraisemblablement parce que la souffrance est la vérité, quant à savoir ce qu’est la vérité, écrivis-je, la réponse est simple : la vérité est ce qui me consume. » C’est son deuxième roman ; attendu, dérangeant, tout aussi violent que le premier ; ici, le récit authentique - aussi précis, aussi minutieux et terrible que la mémoire peut s’en souvenir - d’un viol suivi d’une tentative de meurtre, un soir de Noël où la victime avait rencontré son bourreau, en rentrant chez lui, dans la nuit, place de la République, après un réveillon avec ses amis. Troublé, séduit par l’attirance de Reda, Édouard l’invite à monter dans son studio. Désir réciproque assouvi, confidences sur les origines (Reda est Kabyle, raconte la vie difficile de son père, lors de son arrivée en France ; Édouard, fervent disciple de Bourdieu, a souffert de son enfance d’homosexuel né dans un milieu populaire picard), chaleur partagée... Après la douche, chacun de son côté, Édouard s’aperçoit que son téléphone (sans lequel il ne peut vivre quinze minutes), son IPad ont disparu, dans la poche de Reda. Il réagit, réclame. La peur panique le voleur qui tente d’étrangler son amant, et disparait, non sans avoir demandé son pardon... Souvenir d’un affreux huis-clos raconté à deux voix ; celle d’Édouard qui a raconté toute la scène à sa sœur bien après, et qui elle-même la répète, dans sa langue, à son mari ; Édouard qui la raconte à la police... Réflexion sur la violence « qui noue et dénoue les relations sociales », sur le racisme (celui des policiers au moment de la déposition), la réaction des proches, dont celle de Clara, sa sœur, la vérité... Éd. du Seuil, 232 p., 18 €. Corinne Amar

Nosaka Akiyuki, Nozaka aime les chats Nosaka Akiyuki, Nozaka aime les chats. « Enfant, je n’avais que des chiens dans mon entourage immédiat. Envers les chats, j’avais un préjugé, un peu comme les gamins vis-à-vis d’un plat auxquels ils n’ont jamais goûté, je ne peux pas dire que je les maltraitais, je n’en avais même jamais touché un seul. » Ainsi, commence le récit, d’une fraîcheur et d’un humour attendrissants, pour un auteur plus tout jeune, né en 1930 (et décédé, hélas, en décembre 2015), et avec un sens inouï de l’observation du monde animal. En quarante courts récits, il met en scène tous les chats qui l’ont accompagné dans sa vie, sur plus de cinquante ans. Dada, Charly, la femelle Anju, Midori... ; des chats de gouttière, chats abandonnés aussitôt recueillis, chatons perdus, blessés, crottés de pluie qu’il apprivoise et soigne... Le grand plaisir de Nosaka ? Faire la sieste, l’été, en dégustant un petit alcool de prune dans la proximité de ses cinq chats et de sa chienne, dans son pavillon de Tokyo, où les chats, désormais sont rois. Il les regarde vivre, en retient des leçons de philosophie, de sagesse, des réflexions sur la vie, la mort ; il les observe manger, faire leur toilette, « soigner leur épiderme » ou envisager un « traitement capillaire », avoir des portées, imposer leur caractère... Empathie et générosité. Nombre d’expressions japonaises sont glissées avec saveur dans le texte, et nous sont expliquées ; le ton donne le sentiment que nous sommes dans le naturel du Journal intime, la chronique, au jour le jour, de sa vie au milieu de ses animaux. Parfois, une ombre au tableau, vient se montrer ; le souvenir de la guerre, des chats faméliques qui hantaient les rues dans les décombres... Et l’on repense à ce splendide récit semi-autobiographique La Tombe des lucioles, primé et adapté en film d’animation (1988) qui racontait l’histoire de deux orphelins, et dont il était aussi l’auteur... Éd. Picquier, 246 p., 18,50 €. Corinne Amar

Revues

Les Moments littéraires, 35 Les moments littéraires N°35
Revue semestrielle qui publie journaux intimes, carnets de notes, correspondances, récits autobiographiques...

N° 35 : Lionel Duroy Après avoir été livreur, coursier, ouvrier puis journaliste à Libération et à L’Événement du jeudi, Lionel Duroy publie son premier roman à l’âge de 41 ans. Depuis, il se consacre entièrement à l’écriture. Outre ses romans à caractère autobiographique (Priez pour nous, Le Chagrin, ...), il prête sa plume à des célébrités souhaitant publier leur biographie (Ingrid Betancourt, Sylvie Vartan ou Gérard Depardieu).
Pour Lionel Duroy, « Écrire quotidiennement est un acte de résistance à la fois intelligent et structurant ». Dans le portrait de l’auteur qu’Alice Ferney réalise pour Les Moments Littéraires, elle souligne ce besoin absolu : « Écrire est une nécessité : je sais que Lionel ne pourrait pas vivre sans écrire, pour reprendre les mots de Rilke. En vérité, il a écrit très jeune, tâtonnant mais écrivant, et les livres ont aussi sauvé l’enfant qui souffrait. La littérature s’est en somme installée en un centre vital. Lionel l’a dit et écrit : aussitôt que l’écriture le lâche il est désespéré, guetté par la dépression. »
À la question « Vous avez fini votre livre. Maintenant qu’allez vous faire ? » Jules Renard répondait « Je vais le continuer ». Il en est de même pour Lionel Duroy qui, de Priez pour nous à Échapper, poursuit son œuvre en utilisant sa vie comme un matériau unique qui lui permet de travailler en profondeur son intimité.

Sommaire :

Dossier Lionel Duroy Lionel Duroy. S’éclairer à la loupe d’Alice Fernay Entretien avec Lionel Duroy Le seul endroit sur la terre dont ils pouvaient être sûrs de Lionel Duroy

Également au sommaire du n°35 :

Daniel Arsand : Journal
Éditeur du domaine étranger chez Phébus, Daniel Arsand a notamment été le « passeur » d’auteurs aujourd’hui considérés comme incontournables : William Trevor, Keith Ridgway, Joseph O’Connor, Edward Carey, Elif Shafak et Julie Otsuka. Ecrivain, il a publié La Province des Ténèbres (Prix Femina du premier roman, 2000), Un certain mois d’avril à Adana (Prix Chapitre du roman européen 2011). Son prochain livre Je suis en vie et tu ne m’entends pas paraîtra en mars 2016 aux éditions Actes Sud. Il nous livre ici son journal intime de 2014.

Jeanne Blain : Journal du voyage en Grèce

« Aller en Grèce ! Rêve de toute une adolescence... ». En 1937, Jeanne Blain, une jeune institutrice, et ses deux amies se retrouvent Porte d’Italie, sac au dos, « pour aller au Pirée...sur le vieux Cairo City... voir l’Acropole... Delphes... Santorin... »

La chronique littéraire d’Anne Coudreuse

Pour commander le numéro :
http://lml.info.pagesperso-orange.fr/

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