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Dernières parutions mars 2016 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Hector Abad, Trahisons de lamemoire Héctor Abad, Trahisons de la mémoire. Traduction de l’espagnol (Colombie) Albert Bensoussan. « Comme disait Borges lui-même, et c’est un point disons névralgique de la mémoire, nous nous rappelons les choses non pas telles qu’elles se sont produites, mais telles que nous les référons dans notre dernier souvenir, dans notre ultime façon de les raconter. Le récit remplace la mémoire et devient une forme d’oubli. » La mémoire a donc cela de particulier qu’elle nous renvoie à une représentation de nous-mêmes nourrie de réalité et de fiction. Dans son magnifique roman autobiographique L’oubli que nous serons (2010), Héctor Abad mettait déjà en miroir transformation des souvenirs et processus littéraire. Il y racontait l’histoire de sa famille, rendant un vibrant hommage à son père médecin, humaniste convaincu, épris de littérature et d’art, assassiné par des membres de groupes paramilitaires en 1987 à Medellín et dans la poche duquel il avait trouvé un poème de Borges. De mémoire, de Borges et de rapport à l’écriture il est encore question ici, puisque le poème découvert sert de point de départ au livre. À la parution du roman, des voix se sont élevées pour remettre en question l’authenticité dudit poème. Avec le précieux concours d’une étudiante et d’une Colombienne installée en Finlande, enquêtrice hors pair, l’auteur sollicite alors des spécialistes de l’œuvre de Borges, des poètes et des journalistes et remonte à la source de cinq poèmes inédits publiés à plusieurs reprises, objets de multiples récits véridiques ou inventés. Une page de son journal, des lettres, des revues, des photographies illustrent les indices accumulés. Il se rappelle également son arrivée à Turin quelques mois après la mort de son père, le soutien d’Amnesty International, sa gêne à témoigner en public des violences de son pays, ses mensonges pour dissimuler sa nationalité, se créer une autre identité et s’éviter ainsi de perdre ses élèves ou d’éveiller une insupportable compassion. Récits intimes ou imaginaire d’écrivain, Héctor Abad explore la façon que nous avons de nous interroger sur le cours de notre existence selon que nous croyons au destin, au hasard ou à notre pouvoir sur les choses. « Écrire c’est se dépersonnaliser, cesser d’être ce que nous sommes pour devenir ce que nous pourrions être, ce que nous avons presque été, ou ce que nous aurions pu être. » La Secrète, le dernier roman d’Héctor Abad est aussi disponible en librairie. Éd. Gallimard, Arcades, 182 p., 20 €. Élisabeth Miso.

Xavier Girard Louise, Bourgeois face à face Xavier Girard, Louise Bourgeois face à face. Xavier Girard, Louise Bourgeois face à face. Xavier Girard rencontre Louise Bourgeois (1911-2010) en 1982 dans sa maison new-yorkaise de Chelsea. Le jeune critique d’art ne sait presque rien de cette artiste qui a suivi outre-Atlantique en 1938 son mari l’historien d’art américain Robert Goldwater, et qui connaît une reconnaissance internationale tardive. Aussi rude qu’elle peut être généreuse, elle va toujours à l’essentiel, dévoilant d’emblée la radicalité de sa démarche créative, l’acuité de son regard sur le monde. Sculpter pour elle, c’est entrer « dans la matière de ses peurs » pour mieux les canaliser. Elle puise son inspiration dans le sexe, la famille, la solitude, les démons du passé. « Rien de ce qu’elle fait ne ressemble à ce qu’on appelle l’art contemporain. Ce qu’elle cherche à saisir est strictement personnel. » Seules l’intimité des corps, des pensées, la complexité des émotions l’intéressent. Au fil des conversations, elle explique les corps démembrés ou décapités, les femmes-maisons, les araignées qui peuplent son œuvre ; retrace les événements fondateurs, les traumatismes de l’enfance. Elle a toujours avancé à contretemps, fuyant toutes les autorités et en premier lieu celle de son père. Le MoMA prépare une rétrospective et pour la couverture du catalogue, elle qui se méfie du mensonge et de l’immobilité des photographies, s’est laissée immortaliser par Robert Mapplethorpe avec son phallus Fillette sous le bras. Louise Bourgeois propose à son visiteur de réaliser un masque de son visage, petite séance de torture garantie mais rare occasion d’observer la plasticienne au travail tentant de percer le secret d’un visage. Xavier Girard restitue toute la saveur de son face à face avec une artiste captivante. « Quand je dis que je suis ma sculpture, on ne me prend pas au sérieux. C’est pourtant la vérité. Je ne parle pas de mon moi social ou de mon image, mais du moi lymphatique. Ces sculptures en latex et en plâtre matérialisent ce que le corps éprouve au-dedans. » Éd. Seuil, 176 p., 16 €. Élisabeth Miso.

Carole Zalberg, A la trace Carole Zalberg, À la trace. Journal de Tel Aviv. D’avril à mai 2015, Carole Zalberg a séjourné un mois en Israël, dans le cadre d’une mission Stendhal de l’Institut Français avec pour projet une fiction inspirée de la vie d’Ido, d’Itaï et Nadav, ses trois cousins germains nés là-bas et de son lien ambigu avec ce pays. Après de longues années d’absence, elle qui n’a jamais éprouvé le besoin de rejoindre cette terre promise, elle se confronte à nouveau à l’histoire de ce peuple réfugié ici qui est aussi la sienne. Elle redécouvre les lieux, Tel Aviv, Jérusalem, Hébron, Haïfa, la Galilée et son passage à Kfar Hanassi la bouleverse, « Comme un retour au pays d’enfance. La (s)ienne, celles de (s)a tante et de (s)a mère. Un pays d’avant les drames et les désillusions. » Avec sa tante Mina, les retrouvailles sont très émouvantes. Cette « âme d’esthète dominée par les exigences de la survie, ayant dû s’accommoder d’une existence vouée à une vision collective et malmenée. », arrivée sur le premier bateau de l’Indépendance en 1948, est vraiment heureuse d’évoquer avec sa nièce les origines familiales, sa participation à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi, soucieuse de lui transmettre la mémoire des siens. Dans la sphère intime et partout ailleurs la romancière a échangé sur la réalité complexe d’Israël, abordé encore et encore les mêmes sujets : l’armée, l’inquiétude des mères, l’avenir du pays. Au cours de son voyage, Carole Zalberg a pu analyser la place déterminante de l’exil dans ses rapports avec sa famille maternelle et se surprendre à se sentir profondément connectée à ce Nous, « Polyphonique, tourmenté, tiraillé jusqu’au déchirement. » Éd. Intervalles, 88 p., 12 €. Élisabeth Miso

Romans

Isabelle Spaak, Une allure folle Isabelle Spaak, Une allure folle. Après Ça ne se fait pas (2004), qui déchirait l’épais silence autour du crime passionnel de sa mère, Isabelle Spaak sonde à nouveau son histoire familiale. « Une tragédie conjugale. Ma mère reste celle qui a perdu la tête, mon père, ce gisant sur le tapis du corridor. Si personne ne l’évoque, la tache finira bien par disparaître, la douleur s’estomper. Je me suis tenue à cette injonction durant vingt-cinq ans. » Le 18 juillet 1981, à Bruxelles, sa mère Annie abattait d’un coup de carabine son époux avant de se suicider. Ce drame intime fit grand bruit en Belgique car la victime, le diplomate Fernand Spaak était le fils de Paul-Henri Spaak, ancien Premier ministre et un des fondateurs de l’Union européenne. Depuis ce jour sombre, plus un seul mot sur Annie ne circula parmi ses proches. Isabelle Spaak avait vingt ans. Qui était-elle vraiment cette mère à jamais figée dans son geste meurtrier dont elle se remémore si nettement la joie de vivre, la beauté, l’allure folle ou le parfum mais dont elle a oublié le timbre de voix, le rire ? Comment tenter de la comprendre sans faire le portrait de sa propre mère Mathilde Vincke ? Cette femme fantasque, égocentrique, aux multiples amants, qui menait grand train, fréquentait la bonne société bruxelloise, laissant croire qu’elle était mariée au père de sa fille, un riche italien courtier maritime. Annie ne voulait surtout pas ressembler à Mathilde. Mathilde et Annie, deux destins, deux femmes coupables aux yeux de la société d’être, pour l’une une femme légère mère d’une enfant illégitime, pour l’autre une criminelle. Entre la Belgique, la France et l’Italie, parcourant les lieux, les lettres et les documents familiaux, scrutant les photographies, la romancière et journaliste, recompose les trajectoires de sa grand-mère et de sa mère ; leurs amours, leurs désillusions, leurs failles et leur force, leur détermination à vivre comme elles l’entendaient. La meurtrière s’efface ainsi devant l’héroïne, devant la Juste qui a caché des enfants juifs pendant l’Occupation comme le révèle un courrier de l’Institut Yad Vashem désireux de l’honorer de manière posthume. Éd. des Équateurs, 192 p., 17 €. Élisabeth Miso.

Catherine Poulain, Le grand marin Catherine Poulain, Le grand marin. Un matin, une jeune femme décide de quitter sa Provence natale pour un rêve ; partir avec rien, aller en Alaska, marin pêcheur, être adoptée par un bateau, comme on est adopté par une famille, qu’il soit sa maison. Elle arrive à New York, traverse les États-Unis en autocar. « Je pars pêcher en Alaska. » Son voyage là-bas durera près de dix ans, jusqu’à ce que, sans papiers en règles, elle en soit expulsée. La passion de Lili, c’est la mer, la pêche en mer ; elle veut embarquer sur un cargo, n’importe lequel, un qui veut bien d’elle, elle n’a aucune expérience, mais elle sait qu’elle le veut. Elle le trouve, elle embarque, elle raconte. Sorte de journal, écriture neuve (c’est un premier roman), sans fioriture, épopée physique et splendide de puissance d’évocation. « J’ai toujours tenu un journal, dira-t-elle dans ses interviews, et surtout des carnets de voyage, dans lesquels je ne racontais pas seulement ce que j’avais vu, mais aussi mes pensées, mes rêves... » La vie est dure sur ce cargo ; la mer ne fait pas de cadeau, aspire, transforme, exténue le corps ; fatigue, douleur, peur, froid, existence précaire, salaire misérable ; pêcher le flétan, le crabe ; un boulot d’hommes, univers de brutes, de tempêtes, de beuveries dans les bars, de camaraderie à conquérir, il faut tenir, résister, aller jusqu’au bout, je veux m’épuiser encore et encore... Et puis, il y a cet autre miracle ; la rencontre inattendue, étonnante, une attraction immédiate : le Grand marin. Elle l’apprivoise. Et c’est lui qui voudrait... « Viens Lily, viens... marions-nous ». Je ne veux pas de mari. Récit initiatique, dont nous sont contés les premiers mois. Depuis, elle est bergère, garde un troupeau de plus de cinq cent moutons, dit que son troupeau « est ce qui ressemble le plus à la mer », a dû demander un congé pour écrire. Éd. de l’Olivier, 373 p., 19 €. Corinne Amar.

Mémoires

Chihiro Masui, Thés japonais Chihiro Masui, Thés japonais, La maison de thé Jugetsudo. « Ma grand-mère était professeur de thé. Tous les jeudis, elle mettait son kimono pour donner son cours. Cela se passait dans une petite salle au premier niveau de la maison, dédiée au thé (...). La salle de thé donnait sur le jardin - juste devant l’étang à carpes entouré d’arbres, des pins et des wistéria japonais. En été, on laissait ouvert le shoji (...) ». Prendre le thé, quand bien même dans le souvenir d’une cérémonie de thé japonais, en kimono, est ce moment convivial, une histoire de partage, où le sens du goût, de l’intériorité, de la beauté s’aiguise. L’auteur culinaire évoque, en filigrane de ses souvenirs d’enfance en famille, de l’image de sa grand-mère très présente, l’histoire d’une fameuse maison de thés fondée à Tokyo, et la spécificité des différents thés verts japonais ; le matcha, dont les feuilles sont moulues en une poudre très fine, un thé de cérémonie, au vert puissant et paré de vertus ; le gyokuro, doux sans être sucré, « pas tout à fait amer ni vraiment tannique », si concentré en goût qu’on peine à identifier sa saveur singulière, et si noble en bouche qu’on se doit de le déguster loin de toute cuisine ou pâtisserie ; le sencha, thé vert japonais par excellence - et qui se décline en nombre de marques et de qualités variées ; le hojicha, thé vert torréfié ; le genmaïcha, thé vert au riz soufflé... Elle nous révèle l’art de les déguster. Une cinquantaine de recettes salées et sucrées, toutes à base de thé, simples ou sophistiquées, viennent ajouter, au charme de cet ouvrage magnifiquement illustré, une saveur supplémentaire. Elle évoquera l’un des ses plats préférés, tradition intime de l’enfance, du Japon ; « l’ochazuke », riz qu’on arrose de thé, et bienfait pour l’estomac. Recettes ; Hisanobu Shigeta et Miki Ishii. Photographies Richard Haughton. Éd. du Chêne, 240 p., 29,90 €. Corinne Amar.

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