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Lettres choisies - Guillaume Apollinaire et Paul Guillaume

 

Lettre d’Apollinaire à Paul Guillaume Lettre d’Apollinaire à Paul Guillaume,
datée de septembre 1915 et présentée à l’exposition « Apollinaire, le regard du poète »
au Musée de l’Orangerie, Paris.

Lettre 8

Paul Guillaume à Guillaume Apollinaire

Paris, 16, Rue Ganneron, 13 janvier 1914
Cher Monsieur,
Votre mot m’arrive juste au moment où une lettre toute prête allait vous porter de mes nouvelles. Je crois vous avoir parlé de mon projet de créer un magasin de tableaux modernes - projet d’ailleurs encouragé par vous. Le voici tout près de la réalisation. Je vais ouvrir dans quelques jours ma petite Galerie Rue de Miromesnil, tout près de la Place Beauveau. Vous pensez bien que les multiples démarches que j’ai dû accomplir ces jours-ci ont été préjudiciables, à mon sincère regret, aux Soirées de Paris. De plus - et vous voyez venir ma défection - je n’aurai plus le loisir par la suite de m’occuper de cette sérieuse question de la Publicité qui demande tant d’activité. Vous ne m’en voudrez pas, je l’espère ; il m’était impossible il y a un mois de prévoir un aussi rapide dénouement. Et puis je n’ai pas la pensée d’oublier du tout votre vaillante Revue et je vous promets de mettre à profit les moindres occasions pour vous rallier abonnements ou Publicité !
Ayez donc la bonté de transmettre mes vives excuses à Monsieur Jastrezoff et laissez-moi espérer le plaisir de vous voir bientôt
Votre tout dévoué et désolé,
Paul Guillaume

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Lettre 24

Guillaume Apollinaire à Paul Guillaume

18 Avril 1915
Mon cher ami,
Merci de la très gentille lettre du 15. Ici on fait la guerre avec une certaine douceur. Tout cela ressemble aux chapes de mouton. Nous vivons dans une forêt. Les obus viennent nous saluer. Avec leurs fusées on fait des bagues. Moi je suis agent de liaison et je circule. C’est moins embêtant qu’être toujours à la même place fût-ce dans la forêt. Tâchez de maintenir la galerie en bon état, cher ami, j’en aurai besoin après la guerre. Me voilà passé tout à fait au rang d’homme-cible comme dans le portrait de Chirico. Écrivez-moi longuement. Les lettres sont notre récréation. Mes compagnons sauf un, tous charretiers des régions envahies. Ce serait cauchemardant si je n’avais vu les tranchées des fantassins qui sont plus Chirico qu’il ne peut rêver. [...]
J’ai un gentil cheval, c’est quelque chose. Il s’appelle Loulou. J’ai aussi un grand sabre dans un fourreau de toile kaki, un révolver noir. Notre capitaine est épatant et très savant. D’ailleurs, l’artillerie comme vous le savez est l’arme savante.
De féminin
Nous n’avons rien
selon une chanson frontale et surtout nous autres qui vivons dans un marécage marneux orné d’une haute futaie épaisse : noisetiers, merisiers, pins, bouleaux etc. Achetez des tableaux bon marché, Rousseau, Picasso, Laurencin, Bonnard, Cézanne, etc etc, vous savez quoi, écrivez-moi, ne montrez pas nos lettres et espérons-le à bientôt.
G. Apollinaire

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Lettre 27

Guillaume Apollinaire à Paul Guillaume

16 mai 1915
Mon cher ami,
Vous êtes vraiment très gentil de vous occuper si spontanément de mes cigares. Cela ne manque pas d’ailleurs de me rendre bien service...
J’aurais préféré que l’homme-cible fût chez moi où ma mère aurait pu le regarder quand cela lui aurait plu puisque outre que c’est une œuvre singulière et profonde c’est encore un portrait ressemblant. Une ombre ou plutôt une silhouette comme on en faisait au commencement du XIXe siècle.
Ici, toujours la même chose, combats où on ne voit jamais l’ennemi, on le sent, on voit les obus qu’il envoie et la nuit les fusées éclairent le front, les projecteurs...
C’est féérique.
Dans nos huttes les rats et les couleuvres vivent en bonne intelligence sinon entre eux du moins avec nous, et le temps est très beau, les lilas tirent sur leur déclin, l’aubépine est en fleur, les escargots foisonnent et nous les mangeons ainsi que les asperges des potagers abandonnés... Au fond, la vie est ici assez amusante. Manquent les femmes, c’est évidemment quelque chose.

Ma main
Gui Apoll
Écrivez-moi

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Lettre 68

Paul Guillaume à Guillaume Apollinaire
[Paris, avril 1917]

Mercredi
Mon cher ami,
Dans votre avertissement vous écrivez : « Les belles œuvres de l’Exotisme pour ainsi dire classique de la Chine, de la Perse et du Japon étaient presque inaccessibles ; etc... »
Or, cela semble amoindrir la rareté des belles pièces nègres tandis que la vérité est contraire : Les belles pièces nègres sont plus rares que les belles pièces du Japon de Chine ou Perse.
Je suis certain, quoiqu’il en soit, que cela produirait un effet fâcheux de laisser subsister ce passage. Veuillez donc m’adresser par retour et par pneu un texte qui fasse liaison entre : Le but de cet album a été avant tout l’agrément et ensuite de réunir une série d’exemples typiques du point de vue esthétique.
Et : Tel fut l’origine de cet album qui a le mérite etc. Si vous tenez absolument à la comparaison vous pourriez dire qu’à côté des autres antiquités il y avait un attrait nouveau à faire figurer de belles œuvres de l’art mystérieux des noirs etc...
N’importe comment votre allusion est malheureuse et il vaut mieux changer.
J’attends votre texte par pneu
Votre
Paul Guillaume
Impossible d’aller chez vous - suis trop pris en ce moment.

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Lettre 101

Paul Guillaume à Guillaume Apollinaire
[Paris, février 1918]

Lundi
Mon cher ami,
Gontcharowa et Larionow me proposent de faire chez moi une exposition du « Décor théâtral moderne » avec leurs œuvres seulement. Qu’en pensez-vous ? En soi, c’est intéressant, mais à mon point de vue n’est-ce-pas un peu à côté de mon objectif ?
Continuez d’aller mieux
Et à bientôt
Paul Guillaume

Vous savez que j’ai l’expo Van Dongen qui attend. Gontch. Et Larionow voudraient passer avant !
J’ai annoncé déjà l’ouvrage sur Picasso.

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Lettre 123

Guillaume Apollinaire à Paul Guillaume
[Paris, 11 octobre 1918]

Votre conduite vis-à-vis de moi est celle d’un fort grand voyou. Vous m’avez invité à déjeuner. Vous m’avez laissé seul, me précisant un rendez-vous où vous n’êtes pas venu, et m’écrivez un mot où vous doutez de ma parole ! Si c’est une façon de m’indiquer votre éloignement de moi vous y réussissez fort bien.
Le peintre de Vlaminck, Mlle Berthe Combes son amie et moi vous avons attendu chez Poccardi rue Favart jusqu’à ce qu’on nous ai dit qu’il était l’heure de nous en aller. Il était 2h25. Ou vous ne vous êtes pas donné la peine de parcourir les nombreuses salles de restaurant, pas même celles du rez-de-chaussée où nous étions ou vous êtes un fieffé menteur.
Salutations.
Si vous voulez me voir je suis de 6 à 7 à Excelsior.
Mais ne comptez plus que je me dérange.

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Télécharger FloriLettres, édition n°173.

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Guillaume Apollinaire
Paul Guillaume
Correspondance 1903-1918
Édition de Peter Read.
Introduction de Laurence Campa et Peter Read.
Éditions Gallimard, coll. « Art et Artistes » avril 2016.
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

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