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Dernières parutions avril 2016 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Annie Ernaux, Mémoire de fille Annie Ernaux, Mémoire de fille. Été 1958, Annie Duchesne a 18 ans, elle quitte pour la première fois Yvetot et ses parents pour être monitrice dans une colonie dans l’Orne. Tout est une découverte pour elle, l’aisance des autres moniteurs, la mixité, la gaieté et la liberté palpables, la satisfaction de faire partie d’un groupe de jeunes. « Elle est éblouie par sa liberté, l’étendue de sa liberté. » et ne rêve que de connaître l’amour. Elle succombe au charme de H, le moniteur-chef et vit sa première expérience sexuelle, obéissant au désir de cet homme. Elle ne comprend pas ensuite pourquoi il se détourne d’elle et pourquoi elle devient l’objet de moqueries et d’insultes de la part des autres moniteurs. « Parce que le bonheur du groupe est plus fort que l’humiliation, elle veut rester des leurs. » Ce n’est qu’après coup qu’elle ressentira la déflagration de la honte. Quand elle lira Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir et mesurera la domination masculine et la conduite qu’on attend d’une femme, quand son corps manifestera son profond malaise par des signes persistants de boulimie et d’aménorrhée. Annie Ernaux a tenté d’oublier la jeune fille qu’elle était, mais la « fille de 58 » se rappelait toujours à elle d’une manière ou d’une autre. En 2003, elle commence à écrire sur cet été-là sans succès, il lui est impossible d’associer des sensations, des mots aux souvenirs qu’elle rassemble de cette fille. L’idée de mourir sans parvenir à traduire les pensées et les actes de celle qu’elle a été lui apparaît comme un manque dans sa quête littéraire, une défaite. « Cette fille-là de 1958, qui est capable à cinquante ans de distance de surgir et de provoquer une débâcle intérieure, a donc une présence cachée, irréductible en moi. » Et si cette présence est si tenace c’est qu’elle est aussi un point d’ancrage de son désir d’écrire, de sa volonté d’échapper à son milieu, de se construire une autre identité, d’une autre direction donnée à son existence déterminante pour son avenir d’écrivain. « Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé. », voilà ce à quoi s’est attelé Annie Ernaux dans ce nouveau chapitre de son étude du temps, de la mémoire et d’une expérience humaine partageable par tous Éd. Gallimard, 160 p., 15 €. Élisabeth Miso

Jennifer Clement, La veuve Basquiat Jennifer Clement, La veuve Basquiat. Traduction de l’anglais (États-Unis) Michel Marny. Suzanne Mallouk a toujours su qu’elle partirait, que sa place était à New York à respirer le même air chargé d’électricité qu’Iggy Pop et que le poète René Ricard. La jeune canadienne de père palestinien débarque à Manhattan le jour de la Saint-Valentin 1980. Elle vend des cigarettes au Ritz puis est embauchée comme barmaid au Night Birds que fréquente Jean-Michel Basquiat. Avec lui elle va vivre une passion flamboyante et douloureuse, expérimenter le meilleur comme le pire, côtoyer les artistes les plus en vue tels que Keith Haring et Andy Warhol. Elle est sa muse, son amante, sa meilleure amie. Elle le séduit « parce que c’est la première femme qu’il a rencontrée qui vive, marche et respire comme une BD. » Il l’appelle Vénus, trace le S de son prénom sur ses toiles, comme il le fait avec les mots ou les phrases qu’il pioche à la télévision, dans les livres, les magazines et les BD. Il dessine sur tout ce qui lui tombe sous la main. Le jazz est une constante source d’inspiration. Il est très soucieux de son image, très conscient de ses racines portoricaines et haïtiennes, de la force symbolique de sa célébrité. « Il s’était frayé un passage dans le monde de l’art des Blancs comme jamais aucun Noir ne l’avait fait. » Il se drogue avec Suzanne et sans elle, peut disparaître pendant des jours, a de multiples aventures sexuelles, est surtout attiré par l’intelligence, par ceux qui ont « une vision unique des choses », ceux qui sont parvenus à se propulser comme Andy Warhol, Madonna ou Julian Schnabel. Il emmène Suzanne au MoMA qu’il connaît dans ses moindres recoins, remplit le réfrigérateur de pâtisseries, avec la gloire et l’argent il n’achète que les choses les plus chères, provoque, est imprévisible. « Ce que la plupart des gens ne comprennent pas c’est que son comportement étrange n’était pas du tout celui d’un enfant terrible. Tout ce qu’il faisait était une attaque contre le racisme et je l’aimais pour ça. » Malgré les séparations et les ravages de la drogue, ils resteront inextricablement liés et ce jusqu’à la mort prématurée par overdose du peintre en 1988. Amie proche de Suzanne Mallouk, la poétesse et romancière Jennifer Clement restitue toute la singularité et les excès de cette histoire d’amour et de la scène artistique new-yorkaise des années 80. Éd. Christian Bourgois, 208 p., 14 €. Élisabeth Miso

Récits

Patti Smith, M Train Patti Smith, M Train. Traduction de l’anglais (États-Unis) Nicolas Richard. « Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien. », lui dit le cowboy de son rêve. C’est pourtant le défi littéraire que relève Patti Smith. S’affranchir de toute trame narrative définie, suivre simplement le mouvement de ses pensées et accueillir le récit qui prend forme, tissé de présent et d’images du passé. Après le magnifique Just Kids paru en 2010 qui racontait ses débuts artistiques dans le New York effervescent des années 70 aux côtés de son amour de jeunesse Robert Mapplethorpe, la chanteuse punk compose un nouveau texte autobiographique mélange de réalité et de rêves. Une méditation sur le temps qui passe, la perte, les plaisirs simples, les objets, les êtres et les écrivains (Bolaño, Burroughs, Sebald, Genet, Murakami, Wittgenstein, Hesse) ou les séries policières qui l’accompagnent dans son quotidien solitaire. Elle aime l’intimité des cafés, à New York au Café’Ino dans Greenwich Village, à Paris, à Berlin ou à Tanger elle s’attable, laisse vagabonder son esprit et noircit ses carnets. Voyage intérieur et voyages géographiques, tout se superpose. Elle se rappelle la Casa Azul de Frida Kahlo au Mexique, les cailloux collectés au bagne Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane destinés à Jean Genet, sa rencontre avec Paul Bowles à Tanger, la dernière fois où elle a rendu visite à William Burroughs dans sa maison du Kansas. Des souvenirs familiaux surgissent, des éclats de sa vie heureuse à Détroit avec son mari le guitariste Fred « Sonic » Smith décédé en 1994, de ses jeux d’enfant avec sa sœur Linda et son frère Todd disparu quelques semaines après Fred. « Les images ont leur façon à elles de se dissoudre, puis de se rematérialiser brutalement, ramenant avec elles la joie ou la douleur qui leur sont associées, comme de petites boîtes de conserve tintinnabulant à la traîne d’une voiture de mariage à l’ancienne. » Au gré de ses déambulations, elle saisit avec son Polaroid les lieux et les objets, son bungalow de Rockaway Beach, une cafetière, les tombes de Sylvia Plath et de Genet, autant de traces de son univers poétique. « Ce que j’ai perdu et ne peux retrouver, je me le remémore. Ce que je ne peux voir, je tente de l’appeler. Je me fie à mes impulsions, à la lisière de l’illumination. » Éd. Gallimard, 272 p., 19,50 €. Élisabeth Miso

Catherine Millot, La vie avec Lacan Catherine Millot, La vie avec Lacan. Écrivain, psychanalyste, l’auteur évoque les souvenirs d’une part de vie avec Jacques Lacan qu’elle a connu, non seulement, parce qu’il fut son analyste, lorsqu’à l’âge de vingt-six ans, elle entreprend une analyse, et s’engage en s’y mettant toute, mais aussi parce qu’elle vécut une relation intime avec lui, tout en poursuivant son analyse. « (...) je me sentais transparente pour Lacan, convaincue qu’il avait de moi un savoir absolu. N’avoir rien à dissimuler, nul mystère à préserver, me donnait avec lui une totale liberté, mais pas seulement. Une part essentielle de mon être lui était remise, il en avait la garde, j’en étais déchargée. J’ai vécu à ses côtés pendant des années dans cette légèreté. » De celui qui suscita les passions les plus extrêmes, elle dit les voyages ensemble, Rome, par exemple, les églises ensemble, la beauté d’une œuvre initiée ; la façon directe, droite, qu’il avait de marcher, comme projeté en avant par le poids de ses propres pensées, qu’il fût à pied, à ski, en voiture ; le monde autour de lui mais aussi la profonde solitude de Lacan, son apartisme, qui rendait tout « nous » impossible ; les autres conquêtes de Lacan, à partager dans le temps de l’amour si précieux ; cet être qui dans la vie courante au fond, était quelqu’un de direct, pas dans la psychologie, qui savait se situer par rapport à la solitude de l’autre. Ainsi, Barcelone et l’automne 72, la Toussaint à Venise, l’été 78 en Sicile... ; elle accompagne Lacan partout, a parfois du mal à le suivre, cherche du côté de ces fameux « nœuds » dont il lui parla un jour, ce « quelque chose » qui résiste, met à l’épreuve ses sentiments contradictoires, et le mot passion dont elle n’est pourtant pas familière, vient éclairer en elle cette période si intense de vie. Éd. Gallimard, coll. L’Infini, 114 p., 13,50 €. Corinne Amar

Philippe Delaroche, La gloire d’Inès Philippe Delaroche, La gloire d’Inès. On a beau les vouloir, les chercher, les tourner dans tous les sens, au terme d’une lecture, les mots sont pauvres parfois pour dire le grand chagrin ou la grande littérature, et pourtant, dans ce récit, c’est bien l’un et l’autre, à la fois, dont il s’agit. Animé d’une flamme, d’une foi, d’une grandeur, d’une espérance, l’auteur lui, les trouve, ces mots, les fait exister, père orphelin d’une enfant de vingt ans, dont la courte vie retracée, par lui et par ceux qui lui furent intimes, fait vivre sa bouleversante personne. « Ma fille Inès a péri dans un incendie en plein Paris. Sept ans ont passé, soit le tiers de son existence. (...) » Le feu prend dans la cage d’escalier de l’immeuble, alors qu’Inès et Gabriel, son ami, dorment, chez lui, à l’aube d’un 21 mars 2009. Ils sont réveillés par la fumée galopante. Les pompiers sauvent Gabriel. Inès n’en réchappera pas. Six ans après, son père entreprend de rassembler tout ce qui parle d’Inès, depuis l’incendie, les heures qui ont précédé, la soirée avec Gabriel chez des amis, le retour chez lui ; puise dans les souvenirs de l’enfant qu’elle était, de la magnifique adolescente qu’elle promettait de devenir, de celle qu’elle était effectivement devenue ; il la cherche partout où elle a pu vivre, être heureuse, exister, jusque dans ses voyages au loin ; il fait entendre les amis d’Inès, la voix emplie d’amour et de déchirure de Gabriel, le jeune amant survivant... À travers les mots de chacun, s’esquisse un portrait d’Inès qu’il n’avait pas, ne connaissait pas, comme une part d’étoile ajoutée à une autre part... À ces témoignages, il ajoutera d’autres présences ; celles de ceux qui, eux aussi, avant lui, ont perdu leur enfant ; Saint-Augustin, Victor Hugo, César, Michel Audiard, Michel Serrault... Somptueuses pages qui donnent vie à une autre douleur que la sienne. Éd. Stock, 323 p., 19,50 €. Corinne Amar

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