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Dernières parutions mai 2016 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Erri de Luca, Le plus et le moins Erri De Luca, Le plus et le moins. Traduction de l’italien Danièle Valin. En trente-sept fragments de vie piochés dans l’enfance ou l’âge adulte, Erri De Luca livre un remarquable condensé de sa trajectoire personnelle, singulière expérience du monde tout à la fois extrêmement physique et intellectuelle, solitaire et profondément connectée aux autres. Très tôt, sous l’influence d’un père grand amateur de littérature qui érigeait des murs de livres dans leur appartement, son intérêt s’est focalisé sur la lecture et l’écriture. L’idée lui est venue de devenir écrivain juste pour assouvir la passion de son père, avant de faire totalement sien ce besoin de récits. « Je pratique l’escalade et je sais qu’un sommet atteint exauce un désir autant qu’il l’épuise. Tandis qu’il le porte à son comble, il le vide aussi. Le profit et la perte coïncident. C’est ce qui arrive aussi avec les livres et avec tant d’autres histoires. Il reste la cendre résiduelle d’une lecture, d’un désir, engrais du suivant. » En 1968, à dix-huit ans, il quitte Naples et le domicile familial, happé par les mouvements de contestation, par l’énergie réformatrice de toute une génération, « Nous étions la société substituée, dédaigneuse des pouvoirs, contente de les entraver en faisant notre bruit de foule dans la rue, incitant à de plus simples prétentions, une maison, une table, un samedi, une égalité de salaire. » Ses parents le soutiennent, à l’écoute des motifs de sa révolte, soucieux de préserver les liens avec ce fils qui leur échappe. Il y a donc l’esprit qui s’aiguise dans la lecture et l’écriture, l’étude de la Bible, l’engagement politique, la fraternité et dans le même temps le corps qui éprouve intensément. Saveur inoubliable du ragù dominical de sa grand-mère maternelle ou des aubergines à la parmesane auxquelles il a renoncé après la mort de sa mère. Sensations uniques de l’agilité dans l’escalade, des effleurements érotiques, de l’ivresse sur l’île d’Ischia, de l’épuisement de son corps d’ouvrier. Les mots d’Erri De Luca si fortement chargés de poésie et d’humanité nous étreignent, et par ces temps de valeurs piétinées et de libéralisme aveugle, cette voix si noble agit comme un baume et une lueur de résistance possible. Éd. Gallimard, Du monde entier, 208 p., 14,50 €. Élisabeth Miso

Thomas Bernhard, L’enfant Thomas Bernhard, Un enfant. Traduction de l’allemand Albert Kohn. Dans Un enfant, cinquième volume d’un ensemble de textes autobiographiques parus entre 1975 et 1982, Thomas Bernhard se penche sur les premières années de son existence, sur son apprentissage du monde à une période sombre de l’histoire, sur les joies et les traumatismes constitutifs de l’homme et de l’écrivain qu’il est. Né aux Pays-Bas en 1931, pour éviter à sa mère abandonnée par son amant, la honte d’une conception hors mariage, l’auteur autrichien se souvient des décors successifs de son enfance : Vienne, la campagne Salzbourgeoise puis la petite ville de Traustein en Bavière où sa famille déménage sous la pression du chômage. Bien qu’aimé de sa mère et l’aimant en retour, le jeune garçon d’un tempérament aventurier et indomptable suscite régulièrement sa fureur. Ses phrases assassines (« Il ne m’a plus manqué que toi ! Tu es ma mort ! ») le marqueront à jamais. L’harmonie, il la trouve auprès de ses grands-parents maternels qui l’ont élevé. En Allemagne comme en Autriche, leur maison située à l’écart de la ville, est un refuge et une base idéale pour explorer la campagne environnante, se délecter des plaisirs de la nature et de la complicité partagée avec des fils de paysans. Son grand-père vieil anarchiste et écrivain, qui exècre la médiocrité et les aspirations bourgeoises, est son « instance suprême », la personne qui fait sa véritable éducation, le seul à lui faire entrevoir l’importance de la pensée, à le sauver « du morne abrutissement et de la puanteur désolée de la tragédie de notre monde, dans laquelle des milliards et des milliards sont déjà morts d’asphyxie. » En échec scolaire, cible constante de la cruauté de ses maîtres et des autres élèves, envoyé dans un centre national-socialiste pour enfants difficiles, soumis à un enfer quotidien, il mesure très tôt la tyrannie de l’idéologie nazie. « [...] tout compte fait le monde fut pour moi de nombreuses années un fardeau inhumain qui sans répit menaçait de m’écraser. » À travers ce récit d’une enfance meurtrie, Thomas Bernhard remonte aux origines de son goût pour la fiction et de certains des thèmes qui n’ont cessé d’irriguer son œuvre tels la mort, le suicide, les mensonges d’une société, la haine envers une Autriche abjecte. Éd. Gallimard, L’Imaginaire, 168 p., 7,50 €. Élisabeth Miso

Romans

Alain Cadeo, chaque seconde est un murmure Alain Cadéo, Chaque seconde est un murmure. Le jeune Iwill, le narrateur, a rompu les amarres après la mort dans un accident de voiture de son amie Catherine. Depuis deux ans qu’il a pris la route, marchant au gré de son intuition et de ses rencontres, il ne s’est fixé nulle part. Où qu’il se trouve, son grand corps efflanqué impatient lui intime toujours de repartir. Aux personnes qu’il a pu croiser et qui lui ont offert leur amitié, il adresse des lettres et s’envoie chez ses parents des carnets remplis des traces de son périple. Une nuit, il emprunte un chemin de terre et débouche sur Luzimbapar, une sorte d’oasis au milieu d’un plateau désert, où vivent en totale autarcie, entourés d’une meute de chiens hostiles, Sarah et Laston. Le couple l’accueille généreusement et très vite la femme rousse à la beauté troublante, décelant en lui une nature tourmentée, lui met entre les mains un grand cahier noir, avec pour mission d’y consigner son histoire avant de prendre congé. Alors jour après jour, il écrit, déroulant le fil de sa courte vie. Il raconte son père dépressif, sa petite sœur, l’apparition de son bégaiement vers l’âge de dix ans et sa stratégie de murmurer les phrases pour enrayer cette infirmité, sa curieuse manie de compter systématiquement le nombre de lettres des mots qui lui plaisent, son désir d’ailleurs. Il couche aussi sur le papier son attirance pour la sensuelle maîtresse des lieux et évoque sans masque son amour pour Catherine, cet idéal féminin, cette âme sœur « [...] la seule qui sut poser et reposer ce cœur de loup famélique. » Éd. Mercure de France, 144 p., 14 €. Élisabeth Miso

Alexandra Fritz, Branques Alexandra Fritz, Branques. « Journal de Jeanne. Décembre. Vingt sept ans et demi. Plus l’hiver se déploie et se repaît à grandes bouches de brouillard et moins je me pose la question de ma condition, de mon avenir (...). Aucune évolution depuis ce dimanche où, mitée de désespoir et d’intenables résolutions et surmontant ma peur j’ai avalé à la file les gorgées d’un café noyé de mort-aux-rats. » C’est la chronique, amère plus que douce, de deux filles et deux garçons internés dans un hôpital psychiatrique. Jeanne, l’une des filles, récidiviste, y tient son journal - part essentiel du récit ; c’est elle qui parle, qui observe. Au cœur de ce monde et de ces existences décousues, « branques », elle se demande ce qui les a fait, un jour, exploser. Le ton est cru, rugueux, par intermittences lyrique, soleil et ombre d’une Jeanne qui parle de manque et de désir, cherche un « tu » salvateur et inexistant, s’épuise dans l’effort de questions sans réponse, se cloître dans l’enfermement, terrifiée par l’extérieur hostile, entravée de passé, cernée de « mabouls », de solitude, de cernes au visage et de graisse au corps, entre psychiatres, psychologues, camarades de fortune... La crise « est un bûcher », l’atmosphère n’est pas habitée de tendre, le temps est long, d’ailleurs, il n’y a pas de temps, il est comme suspendu, disséqué à vif, dans un esprit chaviré par les longues heures de vide. En exergue de chaque chapitre, des citations, liens solides, philosophiques, poétiques, musicaux, tels des mantras récités, viennent apporter une présence, une consolation à ce rien, rien à foutre, de rien ; Foucault, Camus, Cocteau, Camille Claudel, Nirvana, Léo Ferré..., ou l’écriture, la poésie, la musique, pour conjurer la folie, l’anormal qui étrangle, la mocheté de la vie quand elle s’y met... Éd. Grasset, 150 p., 17 €. Corinne Amar

Kazushige Abe, Nipponia Nippon Kazushige Abe, Nipponia Nippon. Roman traduit du japonais par Jacques Levy. Un jeune garçon, Haruo, oisif dans son appartement de Tokyo, parce que renvoyé du lycée, s’est pris de passion pour les ibis japonais, ces grands oiseaux blancs au long bec, aux ailes rose orangé, et symboles de la nation japonaise. Leur nom savant ; Nipponia Nippon. L’oiseau est si précieux qu’il est classé espèce protégée au Japon ; pourtant, il est en voie d’extinction. Les derniers représentants sont enfermés dans le Centre de sauvegarde de l’île de Sadô, dans la mer du Japon. Haruo se croit lié à eux par un destin mystérieux ; il rêve de les libérer de l’emprise des hommes, de les voir voler dans le ciel, en toute majesté. Il s’achète des armes pour mettre au point l’assaut du Centre, élabore mille et un plans possibles, passant ses journées à se documenter sur Internet, imaginant, dans sa solitude hallucinée, un monde habité d’humanité, tendre, sans hostilité ni malveillance, doux paradis sur terre où hommes et oiseaux se respecteraient. Il se lance - patiemment préparé à se rendre à Sado -, se ravise, observe en jaloux la saison des amours chez les oiseaux, et consigne, dépité, dans son journal ses états d’âme : « Alors que je m’apitoyais sur la situation des ibis au point de me sentir noué à eux par le destin et ne cessait depuis des mois de chercher une solution en maîtrisant mes désirs, Yû-Yû et Mei-Mei s’en souciaient comme d’une guigne et se vautraient dans leur accouplements » (p.70). Entre journal, extraits érudits de pages internet sur les oiseaux que le jeune Haruo retranscrit et analyse fiévreusement, la personnalité du jeune garçon se précise, et le roman prend la forme du roman noir, n’enlevant rien au décor exotique, aux tonalités poétiques qui le caractérisent. L’auteur, scénariste, diplômé de l’École japonaise de cinéma, est considéré, au Japon comme le chef de file de la littérature des années 2000. Éd. Philippe Picquier, 143 p., 17 €. Corinne Amar

Correspondances

Nouvelles lettres de Berlioz Hector Berlioz, Correspondance générale, Tome IX, suppléments 2 « Nouvelles lettres de Berlioz, de sa famille, de ses contemporains ». Texte établi et présenté par Peter Bloom, Joël-Marie Fauquet, Hugh J. Macdonald et Cécile Reynaud. 300 lettres annotées, 20 photographies, fac-similés...
Ce volume sert de suite aux huit volumes de la Correspondance générale d’Hector Berlioz publiés chez Flammarion de 1972 à 2003, sous la direction de Pierre Citron. Le présent volume contient avec presque 300 lettres inédites de la plume du compositeur, de nombreuses lettres de sa famille, de ses collègues et de ses amis. Si toute publication de lettres représente - pour l’histoire de la vie et de l’œuvre d’un artiste - un apport important, les lettres nouvelles éclairent ici d’un jour nouveau la carrière de Berlioz ainsi que le déroulement de sa vie privée et professionnelle.
Parmi les 48 lettres de collègues et amis de Berlioz, on trouve celles de ministres, dont Adolphe Thiers et François Guizot, d’écrivains, Heinrich Heine, Alfred de Vigny, d’artistes et de musiciens, Eugène Delacroix, Jean-Dominique Ingres, Franz Liszt, Richard Wagner, Clara Wieck, entre autres. Ce bref aperçu permet d’appréhender la nouveauté informative et l’intérêt littéraire de ce second supplément de la Correspondance générale.
Ce livre sera valorisé pendant le Festival de la Côte Saint André consacré à Berlioz, en août 2016. Un concert Berlioz sera donné à Paris à l’automne 2016. Éditions Actes Sud, 792 p., 30 €, mai 2016.
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste.

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