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Dernières parutions juin-juillet 2016 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Philippe Costamagna, Histoires d’œils Philippe Costamagna, Histoires d’œils. Sans un rayon de soleil providentiel sur un tableau, Philippe Costamagna serait peut-être passé à côté d’un des événements les plus marquants de sa carrière. Alors qu’il parcourait en octobre 2005 avec un ami les salles du musée des Beaux-Arts de Nice, son regard a été attiré par l’éclat singulier des pieds d’un Christ exposé en bout de galerie. La « texture porcelainée » des ongles indiquait qu’ils avaient bien devant eux le Christ en croix du peintre florentin Bronzino, chef-d’œuvre exécuté vers 1540 et perdu. Des découvertes comme celle-là sont exceptionnelles. Philippe Costamagna est un « œil » comme il se définit lui-même, un mélange d’enquêteur et d’historien d’art d’une grande érudition, doté d’une mémoire prodigieuse, d’une sensibilité et d’une acuité visuelle particulières qui font de lui un des rares experts internationaux sollicités par les musées, les héritiers, les collectionneurs ou les marchands d’art pour authentifier une œuvre. « Le connaisseur se doit d’entrer dans la vie des tableaux et, s’il ne voyait en eux que des images, s’il n’était pas aussi sensible, il ne pourrait pas les comprendre... » Depuis son enfance dans une famille férue de visites culturelles, jusqu’à ses années de formation à l’école du Louvre et en Italie, il raconte avec passion comment il est devenu cet « œil » spécialiste de la peinture italienne du XVIe siècle. Resituant son parcours personnel dans l’histoire de la discipline, il retrace l’influence déterminante de figures parfois sulfureuses comme Bernard Berenson, Roberto Longhi ou Federico Zeri. Ces « œils » mondialement reconnus qui dans la première moitié du XXe siècle ont su conseiller avec génie les institutions publiques et les grandes fortunes américaines (Frick, Hearst, Rockfeller) dans leurs projets de constituer de remarquables collections. Conservateur du musée des Beaux-Arts d’Ajaccio, Philippe Costamagna cherche toujours dans ses choix d’accrochage à mettre « son savoir dans l’œil des autres. » et croit fermement au rôle d’éducation et au pouvoir de cohésion sociale de la culture. « La culture d’un pays, la connaissance de l’histoire, de la littérature, mais aussi de la peinture, laquelle est beaucoup moins enseignée dans les écoles, permettent la connaissance d’un fonds commun de sentiments et d’idées qui servent de base à nos démocraties occidentales ; elles ouvrent aux autres et préservent du sectarisme. » Éd. Grasset, Le courage, 272 p. 20 €. Élisabeth Miso

Immanuel Mifsud, Je t’ai vu pleurer Immanuel Mifsud, Je t’ai vu pleurer. Traduction du maltais Nadia Mifsud. Le soir des funérailles de son père, Immanuel Mifsud s’est replongé dans son journal intime qu’il avait découvert quelques années auparavant et dans lequel il avait consigné son quotidien de soldat à partir de 1939, au moment d’intégrer à dix-neuf ans le King’s Own Malta Regiment. L’évidence s’est faite qu’il devait écrire, en écho au texte de son père, ses propres souvenirs, entremêler sa propre voix à celle de son père. Il se remémore alors les histoires de soldats, d’attaques aériennes, d’héroïsme que ce dernier lui racontait ; évoque la manière dont il s’est construit face à la vision de la virilité et de la faiblesse qu’il n’a cessé de lui renvoyer. Chaque fois qu’il le surprenait à pleurer, il avait droit à un sermon sur les mauviettes. Et l’écrivain maltais d’inventorier toutes ses peurs d’enfant : les eaux profondes de la mer, le cimetière, le tonnerre, les sauterelles, la jambe gauche de son père blessée pendant la guerre, et surtout ce père si autoritaire. Pourtant un jour il a vu pleurer cet homme si dur, sur la tombe de sa mère. « Je t’ai touché, la peur au ventre, je t’ai pris dans mes bras : ton corps tout froissé, ton regard qui parle sans parole. » Les très belles pages consacrées à la naissance de son fils, traduisent admirablement son émotion de père, ses interrogations quant à l’image qu’aura de lui cet enfant mais aussi l’insoutenable sentiment de perte, ce corps nouveau se substituant aux corps sans vie de ses parents. Immanuel Mifsud livre une exploration lucide de son rapport à la masculinité et à la paternité doublée d’une délicate déclaration d’amour filial. « J’aurais tellement souhaité te dire qui j’étais en réalité, mais je me suis toujours retenu. J’aurais voulu te dire que cet enfant que tu as conçu à un âge déjà avancé était d’une nature bien plus complexe que tout ce que tu aurais pu imaginer. » Éd. Gallimard, Du monde entier, 96 p., 9,50 €. Élisabeth Miso

Romans

Christos Chryssopoulos, La tentation du vide Christos Chryssopoulos, La tentation du vide (Shunyata). Traduction du grec Anne-Laure Brisac. Le 21 mars 1951, Williamston se réveille saisie d’effroi. Dans la nuit, dans onze demeures de cette petite ville sans histoire de la côte Ouest des États-Unis, quatorze adolescents se sont ôtés la vie. Le même jour, le révérend Brown est retrouvé mort dans son presbytère. « Une lame de fond effrénée de suicides », restée totalement inexpliquée malgré les divers indices relevés par les enquêteurs. Neuf ans plus tard, on découvre un album de photographies et une lettre d’un certain Antonios Pearl adressée à Betty Carter, l’une des jeunes disparues. Preuve que les quatorze adolescents se connaissaient bien et fréquentaient tous la ferme de Creek Valley d’Antonios Pearl. Aucun élément concret ne vient cependant élucider leur geste ou renseigner la nature de leurs relations avec ce mystérieux quinquagénaire qui a quitté la ville quelques jours avant le drame. Après une présentation clinique des faits, le récit se concentre sur une brève biographie de Betty Carter, suit les traces d’Antonios Pearl à travers les États-Unis puis se clôt sur la lettre de ce dernier, « système labyrinthique incohérent et à bien des égards autoréférentiel. » révélateur de son obsession pour la mort. Christos Chryssopoulos élabore un roman en miroirs aux allures d’intrigue policière, sans que jamais les mises en scène des suicides, le manifeste nihiliste et métaphysique de Pearl ou la singulière personnalité de Betty Carter, jeune fille fascinée depuis l’enfance par la mort, « tout entière plongée dans son univers hallucinatoire. », n’apportent une quelconque réponse. L’enjeu du livre est ailleurs, dans une subtile réflexion sur l’âme humaine, sur ses questionnements existentiels et sur la littérature. Éd. Actes Sud, 160 p., 18 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Laurence Nobecourt, Lorette Laurence Nobecourt, Lorette. « Lire, écrire, c’est coudre un livre après l’autre les morceaux d’une tunique fabuleuse pour s’en aller, joyeux, vers sa propre mort. Cette laine de mots, c’est sur son propre dos que l’écrivain la tond. Son verbe est passé par son corps (...) Il n’y a pas de littérature sans corps », écrivait, en 2009, dans L’Usure des jours, celle qui s’appelait encore Lorette Nobécourt. Elle signe aujourd’hui un nouvel opus intitulé Lorette. « Maintenant, je m’appelle Laurence. C’est mon prénom d’origine. (...) C’est lorsque je fus appelée Laurette que mon eczéma est venu. Je pourrais le jurer. Quarante-deux ans d’eczéma. C’est lorsque j’ai choisi de devenir Lorette que ma mélancolie s’est installée. Vingt-cinq ans de mélancolie. (p.12) » À la fois essai autobiographique, journal, confession, poème lyrique, cri de guerre, c’est aussi une lettre vibrante à la mère, une lettre d’adieu de l’enfant souffrant qui n’est plus, une lettre d’adulte, sinon de femme à une autre femme ; c’est une volonté définitive d’en finir avec « Lorette », c’est le récit abouti d’une libération mûrement payée, d’une réflexion sur le corps et ses manifestations conscientes inconscientes ; sur l’identité - l’origine de son prénom ou comment le porter l’assumer et jusqu’où - ; sur les colères et les aveux rentrés, les maltraitances enfouies, la tentation de la folie, la proximité avec la mort... Puis, vient l’écriture, sa nécessité, pour renouer avec son être, redonner forme et sens à ce qui est, accepter d’advenir : revenir à l’origine, ne plus être du côté des esclaves mais de celui des hommes libres. En somme, se rapprocher de la langue des oiseaux où « Laurence », veut dire « l’or en soi ». Accueillir, enfin. « Qu’y a-t-il dans un nom ? » demandait William Shakespeare... Ainsi, par cet exergue, s’ouvre le livre. Éd. Grasset, (avril 2016) 112 p., 13 €. Corinne Amar

Correspondances

Erri de Luca, Paolo Sassone-Corsi, Le Cas du hasard Erri de Luca, Paolo Sassone-Corsi, Le Cas du hasard, Escarmouches entre un écrivain et un biologiste. Traduit de l’italien par Danièle Valin. Au cours d’un dîner amical chez un couple de biologistes italiens, en Californie, Erri de Luca évoquant avec eux leurs recherches, se surprend à poser des questions « en intrus ». L’idée d’un échange de lettres, vient par la suite, aux principaux intéressés, afin d’approfondir leur conversation, rapprocher la distance entre un biologiste moléculaire et un écrivain, creuser les affinités, trouver l’espace commun, sa poésie. Qu’est-ce que le Hasard ? Comment définir l’ADN, saisir la mécanique de l’univers ; le monde est-il constitué de causes ou seulement d’effets ? Autant de questions posées, autant de réponses suggérées ; spontanées, élaborées, et les unes et les autres, sensibles aux expériences, aux événements, aux enseignements : mesurant le quotidien - une réflexion à partir de la vision d’un chiffon passé sous un lit, sa poussière enroulée (Erri) ou une rêverie le soir après une journée de travail que d’imaginer, ailleurs, quelqu’un qu’on connaît ou pas, à un autre bout du monde se réveiller lui, pour prendre son petit déjeuner et commencer la sienne - ; éprouvant l’existence, attentifs à l’histoire du monde, aux cycles de la nature, aux rythmes corporels... « Nous construisons des horloges qui servent à mesurer le temps, mais conceptuellement elles existent déjà dans notre corps, avec des mécanismes moléculaires qui font penser aux engrenages à crémaillère d’une pendule. Nous avons inventé les autos et les camions, qui rappellent nettement les vésicules appelées cargos servant à transporter de grandes quantités de molécules d’un point à un autre dans les cellules. (...) Et il existe bien d’autres exemples.(...) » Éd. Gallimard, « Arcades », 104 p., 9,50 €. Corinne Amar

Artemisia Gentileschi, correspondance Artemisia Gentileschi, Carteggio/Correspondance. Introduction, traduction et notes de Adelin Charles Fiorato. Préface, édition critique et notes de Francesco Solinas. « J’assure Votre Seigneurie Illustrissime que ce sont là des tableaux qui comportent des figures nues et des femmes, qui coûtent très cher et vous causent de grands casse-tête. Quant à vouloir faire des esquisses et à les envoyer, j’ai fait résolument le vœu de n’envoyer jamais plus d’esquisses de ma main, car j’ai été victime de fort méchants tours ; et en particulier, aujourd’hui même, je me suis trouvée avoir fait une esquisse sur des âmes du Purgatoire pour l’évêque de Sant’Agata, et cette esquisse, pour dépenser moins, on l’a fait exécuter par un autre peintre, lequel peintre travaille à partir des fruits de mon labeur. Si j’avais été un homme, je ne sais comment cela se serait passé. »
Lettre à Antonio Ruffo, 1649
Francesco Solinas, historien de l’art, de la critique d’art et de la création artistique entre le XVIe et XVIIIe siècle, est maître de conférences titulaire au Collège de France attaché à la Chaire de Littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie. Il mène ses recherches sur la République des Lettres, ses acteurs et leurs correspondances érudites, littéraires et artistiques.
Adelin Charles Fiorato était professeur émérite de l’université Paris III (Sorbonne Nouvelle) et membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la Renaissance. Outre les Poésies/Rime et la Correspondance de Michel Ange, il a participé dans la « Bibliothèque italienne » des Belles Lettres à l’édition et à la traduction des Nouvelle de Matteo Bandello dont deux volumes ont déjà été publiés (2008 et 2009). Adelin Charles Fiorato, que nous avions interviewé en mars 2012 à l’occasion de la parution de son édition de la correspondance de Michel-Ange pour laquelle il avait reçu le Prix Sévigné, est décédé le 22 mars 2016. FloriLettres n°133
Nous publierons un article sur l’édition de la Correspondance d’Artemisia Gentileschi (1593-1654) à la rentrée. Éd. Les Belles Lettres, 13 juin 2016, 368 p., 55 €. N.J.

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