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Dernières parutions septembre 2016 Par Elisabeth Miso

 

ROMANS

Jean-Paul Dubois, La Succession Jean-Paul Dubois, La succession. Loin de la France et d’une histoire familiale perturbante, Paul Katrakilis s’est forgé un petit paradis à Miami. Bien que diplômé en médecine, ce trentenaire préfère vivre modestement de sa passion pour la pelote basque, savourer des plaisirs simples comme conduire sa Kharmann Ghia au plancher perforé, naviguer sur son vieux bateau et passer du bon temps avec son ami Joey Epifanio, un cubain chaleureux et énergique, pelotari lui aussi. Quatre années de bonheur sous le soleil de Floride subitement bouleversées un jour de décembre 1987 par l’annonce de la mort de son père. Contraint de rentrer à Toulouse pour les obsèques et la succession, le narrateur retrouve la maison de son enfance, ses fantômes encombrants et « cet étrange sentiment d’impuissance face à l’écroulement d’une famille. » Son père Adrian médecin s’est jeté d’un immeuble. Avant lui son grand-père Spyridon ancien médecin de Staline qui conservait dans du formol une lamelle de son cerveau, sa mère Anna Gallieni et son oncle Jules horlogers totalement fusionnels se sont également suicidés. « Les Katrakilis et les Gallieni étaient des artistes. Ils savaient mourir à n’en plus finir. Crever à la manière de ces mauvais acteurs sollicitant les rappels. » Les souvenirs douloureux affluent. Dans cette grande demeure bourgeoise, chacun semblait en effet vivre retranché, insensible à la présence des autres. « Pour m’implanter parmi les miens, je n’ai pu bénéficier que de courtes racines de surface, des radicelles que nous partagions tous - seule communauté de bien et de destin qui nous unissait - et avec lesquelles nous devions, en tous cas, nous débrouiller. Et fort logiquement, dans ce contexte de fragilité, chacun était trop occupé à s’arrimer au monde pour s’occuper du destin et de l’avenir des autres. » La découverte de deux carnets noirs de son père, les paroles élogieuses d’un de ses confrères ou des ses patients bousculent la vision que Paul avait de ce « bloc massif d’indifférence. » Cinq ans après Le cas Sneijder, Jean-Paul Dubois signe une nouvelle fiction sur fond de filiation et de transmission, thèmes récurrents dans son œuvre. Avec la mélancolie, l’humour noir et le sens de l’absurde qui le caractérisent, l’auteur de Vous plaisantez, monsieur Tanner sonde ici les questions d’héritage familial, de fatalité et de place que l’on parvient ou non à se créer dans ce monde. Éd. de l’Olivier, 240 p., 19 €. Élisabeth Miso

Gael Faye, Petit pays Gaël Faye, Petit pays. Déjà associé à l’une des chansons de son album Pili pili sur un croissant au beurre, Petit pays est le titre retenu par Gaël Faye pour son premier roman qui ne devrait pas passer inaperçu en cette rentrée littéraire. Le rappeur franco-rwandais s’est inspiré de son enfance burundaise pour imaginer le quotidien de son personnage principal,Gabriel un enfant métis pris dans la tourmente de l’Histoire. Pour Gabriel la vie n’est qu’insouciance et douceur dans son royaume du quartier résidentiel de Bujumbura entouré de son père entrepreneur français, de sa mère rwandaise, de sa sœur Ana, du contremaître Donatien, du cuisinier Prothé, du chauffeur Innocent et de ses quatre meilleurs copains. Il ne soupçonne pas la montée de « cette lave venimeuse, ce flot épais de sang » qui va bientôt recouvrir toute la beauté du lac Tanganyika, de la forêt de la Kibira, la voix du perroquet qui imite son père, les parties de pêche et de chapardage de mangues avec sa petite bande, le parfum de la citronnelle, la chasse au crocodile et la fête d’anniversaire de ses onze ans. Le couple de ses parents se délite, l’enthousiasme des premières élections présidentielles démocratiques de juin 1993 est de courte durée, les vieilles haines ethniques entre Hutus et Tutsis refont surface plongeant le Burundi dans une guerre civile, faisant du Rwanda le théâtre des pires massacres, contaminant l’esprit de deux de ses amis. Pour échapper à cette horreur, le jeune garçon se réfugie dans les lettres qu’il échange avec sa correspondante orléanaise et dans les livres que lui prête sa voisine grecque. Gaël Faye décrit la peur, les existences dévastées, la fin de l’innocence, les souvenirs d’un bonheur perdu et les stigmates du déracinement qui feront dire à son héros devenu adulte de retour sur sa terre natale : « J’ai retrouvé l’endroit mais il et vide de ceux qui le peuplaient, qui lui donnaient vie, corps et chair [...] Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. » Éd. Grasset, 224 p., 18 €. Élisabeth Miso

Nina Bouraoui, Beaux-rivages Nina Bouraoui, Beaux rivages. « Quand il m’annonça qu’il avait rencontré une autre femme, je passai de la tristesse à la peur comme on alterne deux nages, l’une sur le dos, l’autre sur le ventre, pour rejoindre la rive sans me noyer » ; la phrase sert de préambule à l’histoire. La narratrice est quittée par Adrian pour une autre (avec qui il était déjà un peu, sans prévenir), après huit ans d’amour, via un sec sms. Elle est doubleuse, prêtant sa voix aux actrices, elle aime ce qu’elle fait, son travail lui procure une belle liberté, un confort certain, et jusque-là, elle était heureuse ; lui, travaille dans une galerie d’art. Ils ne vivaient pas ensemble ; il habite à Zurich, elle, à Paris. L’autre habite la même ville que lui. C’est l’histoire d’un grand chagrin d’amour, mais à l’ère numérique ; celle des sms qu’ils continuent malgré tout d’échanger - elle rêve du moment où elle le reverra, où il lui reviendra -, celle du blog provocateur que tient la rivale, et sur lequel l’abandonnée ne cesse de revenir, telle une addiction... État des lieux d’un désordre amoureux, constat douloureux d’un amour-désamour, c’est en même temps celui de la chute du corps qui se laisse dépérir, s’amincit, s’aguerrit, et erre dans la ville, sensible au regard d’un amant fugitif... Cela se passe à Paris, entre deux dates clé ; après les attentats de janvier 2015 et à l’aube de ceux du Bataclan... L’époque tout entière est déstabilisée et vulnérable. L’auteur réussit son roman, dans une écriture qui sonne juste, plongeant ses réflexions dans l’un de ses thèmes de prédilection ; le sentiment amoureux, et ses variantes. Peut-on croire au temps qui panse les chagrins, peut-on comprendre pourquoi une rupture nous laisse si pauvre, si vide ? Nina Bouraoui, dans cette exploration de la trahison amoureuse, évoque ces questions. Éd. JC Lattès, 252 p., 19 € Corinne Amar

RÉCITS

Alain Mabanckou, Le monde est mon langage Alain Mabanckou, Le monde est mon langage. « Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l’écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l’imaginaire serait aussi bariolé que l’arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question. » Pour Alain Mabanckou (Petit piment, Mémoires de porc-épic, prix Renaudot 2006) écrire et vivre c’est être en perpétuel mouvement, ne pas se replier sur sa culture atavique, passer d’un continent à l’autre, évoluer entre l’Afrique où il a vu le jour, l’Europe de sa jeunesse et l’Amérique où il enseigne à l’Université de Californie. Le langage est une aventure créative exaltante et ce qui tisse du lien, abolit les frontières intellectuelles et physiques. Au fil de conversations, d’échanges épistolaires avec des écrivains d’expression française renommés et des inconnus, d’hommages aux figures littéraires qui l’ont ouvert au monde, Alain Mabanckou dessine un vaste espace francophone. De Paris, aux Antilles, à Montréal ou au Congo-Brazzaville, les écrivains J.M.G Le Clézio, Édouard Glissant, Dany Laferrière ou Tchicaya U Tam’si réunis ici, ont tous en commun d’interroger leur rapport à la langue française, leur identité composite et de revendiquer « que le monde ne pourrait être défini par une seule pensée, que toutes les cosmogonies doivent être convoquées. Que chaque langue picore sans cesse quelque chose dans une autre. » Dans cette galerie de portraits, les auteurs africains qui se détachent sont ceux qui proposent « une vision plutôt éclatée, plus personnelle, loin du bêlement collectif de la négritude [...] » Le romancier franco-congolais donne des accents plus autobiographiques à son récit quand il aborde le suicide de son cousin Bertin Miyalou ou encore l’urgence d’écriture dans laquelle l’a projeté son retour dans sa ville natale de Pointe-Noire après deux décennies d’absence. Éd. Grasset, 320 p., 19 €. Élisabeth Miso

BIOGRAPHIES

Ariane chemin, mariage-en-douce Ariane Chemin, Mariage en douce, Gary & Seberg. Un 16 octobre 1963, à Sarrola, un village près d’Ajaccio, en Corse, un maire célèbre un mariage. Les époux sont très connus, mais pas un ami, pas un membre de la famille, pas un journaliste n’a été convié à la cérémonie - d’ailleurs, il n’y aura même pas de cérémonie. Elle, c’est Jean Seberg, Américaine, elle a vingt-quatre ans ; le cheveu court, et solaire, elle a été révélée dans À bout de souffle (1960), par Jean-Luc Godard, et son charme crève l’écran. Elle est l’icône de la Nouvelle vague. Lui, c’est Romain Gary, natif de Vilnius, il a plus du double de son âge, est diplomate : il est surtout écrivain, a remporté en 1956 le prix Goncourt pour Les racines du ciel. Ils se sont rencontrés à un dîner organisé au Consulat, c’est un coup de foudre réciproque, mais ils sont mariés tous les deux. Fin 1961, Jean tombe enceinte, elle a vingt-trois ans. L’époque honnit l’adultère, et Gary est un homme de devoir. Ils s’épouseront dans les règles. Dans un endroit loin de toute civilisation et tenu au secret. Le couple arrivera en avion militaire, avec la bénédiction du Général de Gaulle. « Trois jours avant le mariage, il était tombé malade : une grippe carabinée, qui faisait ressembler son nez à une fontaine. « Si je ne me sens pas mieux mardi, je n’assisterai pas à la cérémonie », l’avait-il averti d’une voix mourante. « Oh, darling, faites un effort. Ce ne sera pas la même chose sans vous... » Comme tous les mélancoliques sensibles à la fuite du temps, il est allergique aux fêtes conventionnelles. Il a toujours détesté Noël, les anniversaires et, par-dessus tout, les mariages. (p. 58) » Instable, Jean s’en ira, ils se sépareront en 1971, et elle tombera dans la folie, avant de se suicider, en 1979, dans sa voiture avec plus de huit grammes d’alcool dans le sang. Le 2 décembre 1980, chez lui, Gary se tirera une balle dans la bouche. Éd. Equateur, 156 p., 15 € Corinne Amar

REVUES

moments-litteraires-36 Les Moments Littéraires - numéro 36, 2e semestre 2016.
Collectif dirigé par Gilbert Moreau

Revue semestrielle vouée à la littérature de l’intime. Ce trente-sixième numéro est consacré au philosophe français Robert Misrahi, né en 1926. Spécialiste de Spinoza, il consacre son travail à la liberté et au bonheur.

Dossier Robert Misrahi. Sommaire :
- Portrait de Robert Misrahi, philosophe du bonheur - Soledad Simon
- Entretien avec Robert Misrahi
- Bilan d’étape - Robert Misrahi

- New York. Journal 1988 - Marcelin Pleynet
- Vétilles (Notes de carnets) - Christian Garcin
- Chroniques littéraires - Anne Coudreuse

Ce numéro est dédicacé : « À la mémoire de Pierre Pachet ». (Pierre Pachet 1937 - 21 juin 2016)

Extrait de « Portrait de Robert Misrahi, philosophe du bonheur » :
Pour peindre un portrait, il est mieux d’être peintre. Pour peindre un portrait authentique, c’est-à-dire conforme à son modèle, est-il cependant obligatoire d’être un peintre figuratif ? Certes, le peintre de l’intimité devra avoir la « patte » sûre et le « coup de pinceau « fidèle, il devra sans aucun doute avoir l’œil exercé, capable de voir et de restituer sur la toile encore vierge les plus fins détails du visage qu’il doit immortaliser. Il devra en outre avoir une ouïe. Oui, une ouïe capable quant à elle d’écouter les subtils tintements de la pensée qui pulse sous la temps, afin de les convertir en teintes éclatantes ; capable de prêter attention au souffle délicat des émotions qui, de l’intériorité de l’être, sourdent discrètement, afin d’en transporter les accents en ombres et en lumières.


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