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Edito du 16 mai 2001

Couvdef2

Outre la complicité entre le texte et l’image des Lettres dessinées d’Henri Matisse qui viennent de paraître aux éditions Flammarion, un ouvrage tout à fait singulier, La Plume et La Faux, offre une mise en correspondance entre des cartes postales de 1914-1918 brutalisées par le photographe Philippe Bertin et des récits épistolaires de différents auteurs contemporains. Matière et mémoire - dans un souci de coïncidence entre l’image patriotique, victorieuse, douceâtre et le message bien souvent sombre, inquiet, désespéré de la carte, Philippe Bertin a lutté ou joué avec la matière en réservant une certaine place aux taches, aux griffures dont il est difficile de prévoir exactement la course. Avec une préparation acidulée, les cartes postales d’origine se sont altérées, transformées pour rejoindre avec justesse les écrits et devenir dépositaires de la mémoire. Philippe Bertin a photographié ces transformations immobiles, ces variations de matières où d’irréductibles parcelles de réalité subsistent, une étreinte, un corps, un visage, un casque, et s’inscrivent dans le temps. Cette part de réel énigmatique, mêlé, enraciné à la matière est à la fois témoignage mémoriel et acte plastique. Le traitement particulier de l’ombre et de la lumière, de l’image qui ressemble à une encre tantôt fluide comme un murmure, tantôt d’une densité ténébreuse, bouleverse et rend sensibles les réminiscences de cette première guerre mondiale. Les récits des quatre auteurs contemporains sont des évocations poétiques du conflit, des mises en scènes épistolaires, des voix intimes et fictives qui accompagnent les images. Ils dénoncent entre autres la discordance entre la tendresse des cartes postales d’origine qui chantent la gloire et la disparition massive des soldats.

Nathalie Jungerman