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Livre, Lettres du Gange, édition du 27 juillet 2001

édition du 27 juillet 2001

gange

"Sans une vision claire des choses, il est presque impossible de résister à la séduction d’une mondialisation qui conduit pourtant à la solitude et au désastre écologique." J’étais tranquillement en train de lire le petit livre que nous devons à la plume d’un étrange Siddharta. Ce livre s’intitule Lettres du Gange. Il m’a tellement plu que j’ai voulu écrire quelques lignes pour vous le conseiller. Et c’est à cet instant précis que j’ai failli me faire manger par la "mondialisation" ?

Je pensais commencer mon article de manière enflammée, décrivant ce monstre bicéphale tour à tour vecteur d’avenir et source de tous nos malheurs. Puis je me ravisai : au fait, qu’appelle-t-on "mondialisation" ? L’ouverture des frontières, la libéralisation totale des échanges et la place grandissante des multinationales ? Ou bien un système rongeant lentement l’humain et la nature à coup d’argent ? Pressentant que c’était aller trop vite que de résumer le problème par l’une ou l’autre face de cette alternative, j’ouvris à nouveau le livre. Une phrase de Siddharta vint nourrir ma réflexion : "Chaque année, l’industrie de la communication dépense environ 250 milliards de dollars pour inventer les valeurs qui nous poussent à consommer, et pour convertir nos sentiments et nos aspirations les plus profondes en produits."

Reprenant mes esprits et ma plume, je compris pourquoi ce recueil de chroniques, parcourant une certaine actualité de décembre 1997 à février 2001, donne une dimension nouvelle à mon regard. En devenant "lettres", ces textes de Siddharta me parlent. Ils gagnent en modestie et en hauteur. Hauteur parce que ces messages, venus de l’autre côté de la Terre, m’invitent à mettre en perspective ce que je vis en découvrant le quotidien d’autres habitants du monde. Modestie parce que le journaliste, devenu mon interlocuteur, m’interpelle à travers ses voyages, son engagement, sans cesse questionné, dans l’humanitaire, le social et le spirituel. Alors, je réponds : lorsque je distribue les responsabilités, c’est la "mondialisation" qui me dévore. Si je me laisse manger, prisonnier de son ventre, je me demande : "Contre qui dois-je lutter ? Qui dois-je dévorer à mon tour ?". Siddharta propose de sortir de ce mot à gueule de monstre. Quand il narre ses rencontres, il interroge, plus justement, "nos sentiments et nos aspirations" : pour quelle raison travaillons-nous, amassons-nous des fortunes ou laissons-nous des personnes mourir de faim à Noël comme les autres jours ? La journée finie, pourquoi choisissons-nous de nous divertir devant la télévision, au cinéma ou avec des amis ? Pourquoi, tandis qu’en Inde, ici ou ailleurs des personnes mangent et vivent des détritus des autres, le problème social des pays industrialisés demeure-t-il ? la solitude ? Pour ne pas tomber entre les mâchoires du dragon "mondialisation", je devais m’en affranchir et me demander : que pouvons-nous faire ici et maintenant ? Qu’est-ce qui nous laisse sur notre faim à tel point que, malgré tout le bien, toutes les ressources que nous possédons, nous en cherchons plus encore et nous nous sentons repus mais vides ? A quel besoin vital les systèmes que nous mettons en place, que nous entretenons par nos cartes et nos codes, ne répondent-ils pas ?

Si ces questions vous intéressent ou vous interrogent, décachetez les Lettres du Gange : l’une d’entre elles vous est peut-être adressée.

Laurent Carceles

Siddharta, Lettres du Gange, textes réunis par Caroline Mackenzie et Michel Sauquet, éditions de l’aube, collection Intervention, 2001, 10,52 ? (69 FF).