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Edito du 13 septembre 2001

Sylvain Jouty

Voilà, nous y sommes. La rentrée. Celle des vacanciers bien sûr, celle des collégiens et des lycéens, celle de Correspond@nces ? Mais surtout la rentrée littéraire, événement majeur de la vie intellectuelle française. Du 15 août jusqu’en octobre, ce sont 575 romans (dont 369 français) et presque autant d’essais, qui tenteront de se faire une place sur les tables des librairies, si possible dans la presse et les médias et peut-être même dans l’esprit des lecteurs.
Un engorgement qu’explique difficilement le phénomène, lui aussi bien français, des prix littéraires, ni même l’horizon de la foire de Francfort d’octobre, où se négociera nombre de ventes à l’étranger. Un engorgement qui ôte toute chance à bien des livres, écrasés sous l’avalanche d’articles consacrés aux têtes d’affiche du jour. Du reste, à lire les résumés de tous ces ouvrages, cette rentrée n’apparaît pas spécialement placée sous le signe de l’épistolaire. Il est piquant de relire une remarque de la Correspondance littéraire de Grimm datant de 1783 : "L’automne est la saison la plus stérile de l’année en nouveautés littéraires. La Cour étant d’un côté à Fontainebleau et presque tout le reste des habitants de Paris dispersés dans les campagnes, les auteurs et leurs hérauts les libraires sont en usage de consacrer ce temps au repos, pour avoir, dans le temps où le carnaval fait rentrer tout le monde dans le sein de Paris, les uns des succès plus brillants, les autres des ventes plus considérables." Il est vrai qu’alors ce n’était ni les médias, ni les prix littéraires, qui faisaient et défaisaient les auteurs, mais le bouche à oreille et des organes semi-clandestins comme celui de Grimm. Melchior, baron de Grimm (1723-1807) ne doit pas être confondu avec les frères Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859) Grimm, auteurs des célèbres contes. La Correspondance littéraire du baron de Grimm, éditée de 1754 à 1773, fut l’un des premiers organes consacrés à la littérature française. Il y régnait une grande liberté de ton, cette publication n’étant pas, comme la plupart de celles de l’époque, soumise à la censure. La Correspondance de Grimm appartient au genre dit des "nouvelles à la main", parce qu’elles circulaient d’abord manuscrites, comme avant elle les Mémoires secrets de Bachaumont et après la Correspondance littéraire secrète, dite de Mettra, qui permettait dans toute l’Europe (où le français était encore la langue même de la culture) d’être au courant de la vie littéraire parisienne. Certes, la Cour n’est plus à Fontainebleau et on n’attend plus le Carnaval. Mais la rentrée - tout court -, avec les mille soucis qui l’accompagnent, est-elle vraiment la période la plus propice à la lecture ? On peut en douter.