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Edito du 24 octobre 2001

Elodie Bessé

Il y a cent ans, Alfred Nobel créait avec son immense fortune une Fondation destinée à récompenser les hommes de bonne volonté ?uvrant pour faire progresser l’humanité. Mainte fois critiquée, cette Fondation Nobel a néanmoins une aura mondiale. Un siècle plus tard, la mécanique bien huilée s’apprête à révéler le nom des lauréats des prix 2001. Ces prix, qui ont couronné à ce jour plus de sept cents personnalités et institutions, sont d’autant plus attendus qu’ils donneront le coup d’envoi aux cérémonies du centenaire du Nobel.Une anecdote incongrue, voire unique dans son histoire, est celle du refus de Jean-Paul Sartre du fameux prix Nobel de Littérature en 1964.

Jean Paul Sartre, pressenti pour le prix Nobel de Littérature écrivait alors le 14 octobre 1964 une lettre d ?excuses au secrétaire de l’académie Nobel pour expliquer son refus. Prix Nobel contre son gré, il développera ses arguments dans une seconde lettre. « Ce n’est pas la même chose si je signe Jean Paul Sartre ou si je signe Jean Paul Sartre prix Nobel. [ ?] L’écrivain doit donc refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les formes les plus honorables comme c’est le cas. [ ?]. »

La lettre d ?excuses se fait rare. Combien en possédez-vous ? Combien en avez vous déjà écrite ? Certes, l ?exercice est difficile, mais ce n ?est pas du style que relève la difficulté de l ?écrire mais bien celle de mettre dans sa poche son amour propre. Reconnaître et demander pardon pour avoir offenser, blesser, s ?être trompé, on en fait souvent l ?économie par orgueil et c ?est pourtant une approche pacifiste et humble qui peut éviter bien des désagréments et calmer les passions. Bien sûr, la lettre ne garantit pas le pardon mais elle est un pas vers l ?autre, elle ouvre la porte au dialogue. C ?est comme si l ?écrire était commencer à payer sa dette en reconnaissant l ?existence de l ?autre, sa souffrance, son offense. Elle serait alors un premier pas vers la Liberté ? La Liberté en tout cas n’est-il pas l ?argument soutenu par Jean Paul Sartre auprès de l ?Académie Nobel ? Excuses prévisibles d ?un existentialiste qui ne se voulait pas "prisonnier d’un Prix" ! C’est son parti pris.