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> Edition du 7 février 2007
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Edito du 16 janvier 2002

par Sylvain Jouty

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Dans le milieu des lettres françaises, presque tout semble séparer François Mauriac, romancier catholique, prix Nobel 1952, et l’assez inclassable Jean Paulhan, écrivain certes, mais plutôt confidentiel, et surtout directeur d’une NRF où Mauriac perçoit envers lui une hostilité "qui résulte nécessairement de l’état d’esprit de presque tous ses collaborateurs". À bon droit souvent, comme lorsque en 1939 Sartre y publie un article se terminant par une formule célèbre, assassine et injuste ("Dieu n’est pas un artiste ; M. Mauriac non plus"). Il est difficile de mesurer le rôle exact de Paulhan dans ces attaques, mais la relation épistolaire se poursuit. L’Occupation rapproche les deux hommes et plus encore la Libération : tous deux, en effet, sont hostiles à la politique d’épuration promue par le Comité national des Écrivains, dont ils sont pourtant membres. Il y aura d’autres accords et d’autres désaccords, mais ce n’est pas là l’essentiel. Ce qui fascine dans ce genre de livre est l’impression de lire par-dessus l’épaule de deux grands hommes et d’être plongé ainsi au c ?ur même du brouet littéraire, qui n’est pas toujours ragoûtant. Dès lors tout importe : qu’il s’agisse des grands et petits événements de l’histoire littéraire - Mauriac s’interrogeant sur sa candidature à l’Académie, par exemple -, de ceux de l’Histoire tout court ou encore d’échanges plus profonds sur la foi, la politique ou la littérature, on est là confronté à deux esprits libres dont le dialogue surpris, presque volé par le lecteur, passionne toujours. Et il y a quelque chose de gênant, de troublant en tout cas, à éprouver le même plaisir à découvrir cet échange privé qu’à lire les ?uvres que les deux hommes ont bien voulu livrer au public après lectures, doutes, ratures et repentirs ?

Une correspondance de cette nature, pour être aussi passionnante, demande une édition impeccable, notamment pour nous éclairer sur les événements et les personnages dont il est question, souvent de manière elliptique ; celle-ci, due à John E. Fowler, professeur de littérature française à l’université du Kent, est éclairée de notes abondantes et d’une précision exemplaire. Sylvain Jouty François Mauriac et Jean Paulhan, Correspondance 1925-1926. Édition établie, présentée et annotée par John E. Fowler. Éditions Claire Paulhan, 376 p., 28 ?/ 183,66 F.