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Lettres de peintres,

Edito du 13 février 2002
Lettres de peintres,

par Nathalie Jungerman

Il y a tout juste un an, le 18 février 2001, Balthus, d’origine polonaise, mourrait à l’âge de 92 ans, dix jours avant son 93ème anniversaire. Ce dossier spécial qui tient à lui rendre hommage, comprend une interview de son fils Thadée Klossowski de Rola et des lettres extraites de sa correspondance amoureuse avec Antoinette de Watteville, ouvrage édité par les Editions Buchet-Chastel en septembre dernier. Artiste épris de peinture classique, de Montegna et de Piero della Francesca, son oeuvre picturale et ses dessins sont des figurations poétiques et mystérieuses qui s’inscrivent dans des compositions très denses et rigoureuses, avec une plasticité remarquable et des couleurs enveloppantes aux tonalités blondes et sourdes. Les activités du jeune âge, de l’enfance et de l’adolescence sont un sujet récurrent dans ses toiles et ses encres où l’arrêt, la fixation du geste, le mouvement en suspens y confèrent une atmosphère étrange, aérienne et théâtrale. Quant aux lettres de Balthus adressées à Antoinette, elles sont écrites avec fougue, humour et poésie. Les scènes qu’il aperçoit au jardin du Luxembourg dans les années 30 sont relatées avec cette même ambiance et cette même poésie enfantine qui habitent son oeuvre picturale, « La grâce enfantine, la blondeur de ce jardin, l’irréalité de la lumière presque maritime... », lettre 70 p.188. Cette correspondance est d’autant plus séduisante que l’écriture des protagonistes est littéraire et romanesque, réservant de multiples rebondissements narratifs. Touchante de spontanéité, entre témoignage et roman épistolaire, elle participe également à l’éclaircissement du travail intellectuel et pictural de Balthus. Ce premier numéro présente également la correspondance oubliée du peintre Eugène Delacroix. Balthus dont l’atelier se trouvait rue Fustenberg, « à côté de Delacroix », disait qu’il était « sa bonne étoile »... Nathalie Jungerman