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Lettres choisies,
Victor Hugo, Juliette Drouet

 

Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet (Ed. Fayard)

mardi gras - 20 février (1849) Tu as raison, ce jour-ci est aussi un doux et charmant anniversaire. Je n’oublierai jamais cette matinée où je sortis de chez toi, le c ?ur ébloui. le jour naissait, il pleuvait à verse, les Masques déguenillés et souillés de boue descendaient de la Courtille (1) avec de grands cris et inondaient le Boulevard du Temple. Ils étaient ivres et moi aussi ; eux de vin, moi d’amour. A travers leurs hurlements, j’entendais un chant que j’avais dans le c ?ur. Je ne voyais pas tous ces spectres autour de moi, spectres de la joie morte, fantômes de l’orgie éteinte, je te voyais, toi douce ombre rayonnante dans la nuit, tes yeux, ton front, ta beauté, et ton sourire aussi enivrant que tes baisers. O matinée glaciale et pluvieuse dans le ciel radieuse et ardente dans mon âme ! Souvenir ! Tout cela me revient en ce moment, au milieu, de cette autre foule de masques qu’on appelle l’Assemblée Nationale, et qui, eux aussi, sont des fantômes. Je t’écris comme je te parlerais, au hasard, mais sûr de ne rien tirer de mon c ?ur, ô mon doux ange, qui ne soit de l’amour. Je t’envoie toute mon âme pour remplir tes rêves de cette nuit. Enveloppe adressée à : Madame Drouet, 35 ou 37 Cité Rodier, (prolongement de la rue Nve Coquenard).

Timbre postal : 20 février 1849

Notes : (1) La Courtille, quartier de Paris sur l’ancienne commune de Belleville était, depuis la Régence, un des lieux de plaisir préférés des Parisiens. Le lendemain du Mardi gras, au petit matin, la " descente de la Courtille ", de Belleville au boulevard, attirait autour des masques une foule de badauds venue de tous les quartiers. (2) Juliette a quitté la rue Saint-Anastase pour la Cité Rodier en novembre, pour se rapprocher de Hugo.


Lettre de Juliette Drouet à Victor Hugo (Ed. Fayard)

4 mai jeudi midi ½ (1848)

Voilà une bien belle journée, mon Toto jusqu’à présent tout paraît très calme et il est probable que rien de fâcheux ne viendra troubler la tranquillité des Parisiens (1). Pour ma part je le désire bien ardemment car rien ne m’agace plus que ces émeutes parmi lesquelles tu as la manie d’aller te fourrer. Je voudrais que le diable torde le cou aux émeutiers une bonne fois et qu’il n’en soit plus question. Pourvu qu’il n’y ait plus de révolutions, ni d’évolutions, ni de mystifications je donne mon adhésion à ce gouvernement. Avec tout cela, baisez-moi vous et tâchez d’assister régulièrement aux séances de ma chambre. Vous êtes mon représentant à mon unanimité et je vous prie de fonctionner régulièrement et de faire honneur à la confiance dont je vous ai investi. Ne laissez pas passer l’heure du pardon si vous ne voulez pas entendre sonner l’heure de la justice. Vous voyez que je suis à la hauteur de la situation et que les républicains de la veille n’ont rien à m’apprendre. J’en remontrerais même à ceux du lendemain si je voulais mais je ne veux pas. Je veux que vous me baisiez à mort voilà tout. Ça n’est pas bien malin il me semble. Essayez et vous verrez. Juliette Notes : (1) L’Assemblée constituante se réunit ce jour-là pour la première fois.


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Lettre de Juliette Drouet à Victor Hugo, (Ed. Fayard)

8 août mercredi soir 6h. ¾ (1848)

Merci mon cher adoré, merci de ta bonne obligeance. L’articles est charmant et j’espère que M. P. en sera très reconnaissant (1). J’ai vu avec plaisir, mon amour que vous aviez remarqué la ravissante découverte que nous avons faite avant-hier. Il ne vous manque plus que de vous en servir plusieurs fois tous les jours pour que ce soit la plus triomphante découverte qu’on ait faite depuis le père Adam. Vous vous êtes en allé tantôt beaucoup trop tôt mon Toto. Comment voulez-vous que j’aie du courage pour toute la soirée si vous ne me donnez pas un peu de bonheur dans la journée ? J’ai donc fait un bateau à vapeur sans roues ? En vérité ma distraction a l’air d’un épigramme car notre cher petit voyage annuel n’a ni pied, ni patte, ni roue pour se faire cette année-ci. Encore si nous avions le cabriolet de Yure ou Pierre avec le célèbre favori ou le hideux caircan, ce ne serait que bonheur et que joie pour nous. Maisnous ne faisons plus de ces ravissantes excursions et les cabriolets, les paysages, le bonheur tout ça n’est plus qu’une peinture ainsi que vous pouvez le voir ci-dessus.(2)

Notes :

(1) Nous ignorons de quel texte il s’agit. Ce ne serait pas la première intervention de Hugo en faveur de Pradier (voir Sheila Gaudon, " James Pradier, Victor Hugo et l’Arc de Triomphe de l’Etoile ", Revue d’histoire littéraire de la France, septembre-octobre 1968, p.713-725). Lorsque le sculpteur ne payait pas la pension de sa fille Claire, le poète y suppléait : son rôle de père vis-à-vis de l’enfant de Juliette devait s’affermir avec le temps.

(2) Juliette a dessiné dans sa lettre un cabriolet attelé à un cheval, qui passe entre les arbres. Un homme et une femme flanquent le cocher. (voir le fac-similé)


beffroicadre

Lettre de Victor Hugo à sa femme. Bruxelle 18 août - Lier. 19 août (1937) BNF, Manuscrits. Dans cette lettre, le poète décrit et dessine le Beffroi de Mons :

"Figure-toi une énorme cafetière flanquée au-dessus du ventre de quatre théières moins grosses. Ce serait laid si ce n’était grand. La grandeur sauve. Autour de ce genre de clochers imagine des places et des rues irrégulières, tortues, étroites souvent, bordées de hautes maisons de brique et de pierre à pigeons taillés du quinzième siècle et à façades contournées du seizième, tu auras une idée d’une ville de Flandres. ( ?) De temps en temps un carillon ravissant s’éveillait dans la grande tour (tour des théières).

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