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> Edition du 7 février 2007
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La Pianiste. Par Laurent Carceles

"Je ne veux pas une lettre.
Je veux parler."
Walter à Erika, dans La Pianiste

Aller voir La Pianiste. En ressortir. Nauséeux. Normal ? Pas normal ? Film sur la musique "classique". Avec de la musique classique. Final : l’héroïne sort de l’Académie de Musique. Une plaie béante au cœur. Générique de fin. Sans musique.Division séculaire : les hommes, les femmes. Les hommes ? Attirants. Malades mentaux. Salauds. Les femmes ? Attendant. Malades mentales. Salopes. Qui a rendu qui ? Qui a mis au monde qui ? Erika, catastrophe écologique incarnée. Femme de fer. Froide et sans sentiments. "Casse" ses élèves. Brise les verres. Et les carrières. Professeur de piano. Musique. Lieu étouffant d’émotions. Comme une cabine de ciné porno. Comme l’entrepôt du matériel de hockey. Comme l’appartement de sa mère. Où elle habite. "En vase clos". Puis l’étudiant. Amoureux. Blond. Yeux bleus. Physique de rêve. Réouverture d’une fêlure. Frémissement à la surface. Craquellement. Prince charmant ? Elle refuse. Non. Alors que veux-tu ? Des coups.

Qui est victime ? Qui est bourreau ? Dans le film : on ne sait pas. Premier pas vers lui : une lettre. La lettre, c’est la charnière. Elle (se) révèle. Il refuse de la lire. Il n’en veut pas. Il la poursuit chez elle. Elle lui redemande de la lire. Il consent. Que dit la lettre ? "Frappe-moi", "écrase-moi", "soumets-moi", "brise-moi". Il refuse. Dégoût. Mais elle veut. Elle le veut ? Elle s’en veut ? Que veut-elle ? La lettre, révélatrice de violence. Violence de Walter. Violence tapie. Qui explose.
Casser les limites. "Ne te soucie pas de ma mère". Soumise. Etre soumise. Etre forte. La plus forte. Pour tout choisir. Tout contrôler. Quand on a mal. Quand on n’a pas mal. Amoureuse ? Pas amoureuse ? Folle ? Pas folle ? Folle de lui ? Folle de sa mère ? Folle de son père, lui-même fou. Puis mort. Folle de Schubert. Toujours à limite. Limite. Borderline. Juste assez pour vivre dans le monde. Pas assez pour vivre tout court. Elle a ce qu’elle veut, il la frappe. Il a ce qu’il veut, il la baise. Nous, complices voyeurs.
Sortir du cinéma, cela peut devenir comme sortir d’une pensée. Sortir d’une manière de voir le monde. Si "cela" pouvait être vrai. Nous tournerions la page à ceux qui parlent sans cesse à nos plaies et nos douleurs. Nous nous mettrions à en parler, de ces douleurs, plutôt qu’à les taire ou à les frapper. Puis nous parlerions de couleurs, peut-être. Pour pouvoir enfin, si nous le voulons, passer à autre chose.
La Pianiste, film austro-français écrit et réalisé par Michael Haneke, d’après un roman de Elfriede Jelinek, avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot.,"Je ne veux pas une lettre.
Je veux parler."
Walter à Erika, dans La Pianiste

Aller voir La Pianiste. En ressortir. Nauséeux. Normal ? Pas normal ? Film sur la musique "classique". Avec de la musique classique. Final : l’héroïne sort de l’Académie de Musique. Une plaie béante au cœur. Générique de fin. Sans musique.Division séculaire : les hommes, les femmes. Les hommes ? Attirants. Malades mentaux. Salauds. Les femmes ? Attendant. Malades mentales. Salopes. Qui a rendu qui ? Qui a mis au monde qui ? Erika, catastrophe écologique incarnée. Femme de fer. Froide et sans sentiments. "Casse" ses élèves. Brise les verres. Et les carrières. Professeur de piano. Musique. Lieu étouffant d’émotions. Comme une cabine de ciné porno. Comme l’entrepôt du matériel de hockey. Comme l’appartement de sa mère. Où elle habite. "En vase clos". Puis l’étudiant. Amoureux. Blond. Yeux bleus. Physique de rêve. Réouverture d’une fêlure. Frémissement à la surface. Craquellement. Prince charmant ? Elle refuse. Non. Alors que veux-tu ? Des coups.

Qui est victime ? Qui est bourreau ? Dans le film : on ne sait pas. Premier pas vers lui : une lettre. La lettre, c’est la charnière. Elle (se) révèle. Il refuse de la lire. Il n’en veut pas. Il la poursuit chez elle. Elle lui redemande de la lire. Il consent. Que dit la lettre ? "Frappe-moi", "écrase-moi", "soumets-moi", "brise-moi". Il refuse. Dégoût. Mais elle veut. Elle le veut ? Elle s’en veut ? Que veut-elle ? La lettre, révélatrice de violence. Violence de Walter. Violence tapie. Qui explose.
Casser les limites. "Ne te soucie pas de ma mère". Soumise. Etre soumise. Etre forte. La plus forte. Pour tout choisir. Tout contrôler. Quand on a mal. Quand on n’a pas mal. Amoureuse ? Pas amoureuse ? Folle ? Pas folle ? Folle de lui ? Folle de sa mère ? Folle de son père, lui-même fou. Puis mort. Folle de Schubert. Toujours à limite. Limite. Borderline. Juste assez pour vivre dans le monde. Pas assez pour vivre tout court. Elle a ce qu’elle veut, il la frappe. Il a ce qu’il veut, il la baise. Nous, complices voyeurs.
Sortir du cinéma, cela peut devenir comme sortir d’une pensée. Sortir d’une manière de voir le monde. Si "cela" pouvait être vrai. Nous tournerions la page à ceux qui parlent sans cesse à nos plaies et nos douleurs. Nous nous mettrions à en parler, de ces douleurs, plutôt qu’à les taire ou à les frapper. Puis nous parlerions de couleurs, peut-être. Pour pouvoir enfin, si nous le voulons, passer à autre chose.
La Pianiste, film austro-français écrit et réalisé par Michael Haneke, d’après un roman de Elfriede Jelinek, avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot.