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Lettres choisies, Henri Calet

 

Calet à Pombo (Puteaux, 16 juillet 1933)

Pombo ! Mon cher Pombo ! Mon ami. Il faut que tu me répondes. Sois humain. Mon esprit - trop logique sans doute - se refuse à admette qu’il soit possible qu’on soit oublieux à ce point. Il me faut des suites ? Je n’ai pas de goût pour les histoires inachevées. Ici le français transparait qui veut que le mot : Fin soit suivi d’un point. Je dois te dire Pombo et c’est un confession - que je ne t’ai pas oublié. Depuis plus de deux ans - déjà - tu restes présent à mes côtés. Il faut me répondre. Mon cher je ne puis pas t’écrire . Il m’est douloureux ce retour dans le pssé. Des mots pour toi ce n’est pas assez . Il faut te serrer fortement le bras jouer avec toi (nous étions deux chiens) te mordre (nous étions deux hommes). Mille déboires et un grand malheur de tous les jours, mais Pombo, cela n’est rien. Je suis resté droit et pur et ma peau est toujours blanche et mon torse est toujours d’un adolescent. Une grande misère Pombo. Mais toujours un rayon de soleil dans l’oeil. Tu es mon ami. Mon unique ami. Ami. Je suis pauvre. Ne me laisse pas. Je n’écris pas davantage. Petit Pombo. Tu m’as donné de la joie. (...) Ecris-moi. J’ai soif de nouvelles.

Au revoir H. Calet. chez Bordier - 4 rue Changarnier - Paris 12e


Calet à Pombo (Paris le 11 février 1936)

Mon cher Pombo, J’ai été heureux de recevoir une lettre de toi - n’est-ce pas la troisième en cinq années ? (Et ce type se permet de critiquer mes lettres qui sont, pour lui trop laconiques ou trop brèves, ou trop froides ?) Voici toutes sortes de nouvelles au sujet de La Belle Lurette : Les critiques furent assez nombreuses et favorables, à part quelques-unes d’extrême-droite. Entre autres j’ai eu les honneurs de la première page du Flambeau, le journal du Colonel Comte de La Rocque, chef de nos fascistes. Deux colonnes pour " le misérable romancier ". André Gide m’a félicité de vive voix, très chaudement et c’est le plus valable témoignage. Max Jacob, Valéry Larbaud ont aimé mon livre. Malraux ne l’a pas aimé, je le regrette. J’ai reçu beaucoup de bonnes lettres, la tienne est parmi celles-là. Si tu faisais une traduction on pourrait la proposer à un éditeur espagnol. Tu ferais une excellente traduction, toi. J’ai toujours pensé que tu avais vieilli et je vois que tu n’a pas changé. C’est bien. Alors, tu ne viens pas à Paris ? Tu sais, Paris, ce n’est pas mal. Je prépare un deuxième livre, je fais de petites choses pour les journaux. Je crois, quand même, que tu es un bon ami et pour cela je t’embrasse.

Calet

Mes amitiés à Laborde. J’aimerais avoir des informations sur Bertani,

Santillan, Maña, Picardo, les autres, la vie à Montevideo, à Atlantida, El Turco, l’Internacional Bar, les cocaïnomanes, les rues, les endroits où j’ai vécu. Il y a, déjà, cinq ans.

31, rue Jeanne, paris XVe.


Henri Calet à à Georges Heinein (1)

Rabat, le 31 janvier 48.

[...]Le Tout sur le tout est achevé (depuis hier), expédié à la N.R.F. L’écrire m’a donné beaucoup de mal. Je lui en garde quelque rancune. Cela passera. Maintenant je vais prendre un peu de vacances. Jusqu’ici, je n’étais pas sorti de Paris. Nous allons faire une ou deux excursions à l’intérieur. J’ai laissé Ponge à Sidi- Madani, parmi les singes. Il s’y trouve encore. [...]Ici, nous avons des cigognes. Hier, nous sommes allés voir l’Océan qui était dans un de ces jours de grande colère. IL s’est produit quelque chose de curieux : chacune des énormes vagues en s’écrasant faisait ouvrir un arc-en-ciel complet, pour nous seuls. La mer n’était pas foncièrement fâchée contre nous, puisqu’elle se livrait à de telles coquetteries.[...] Travaillez-vous ? Où en est l’édition de votre livre ? Est-ce que l’on se verra au printemps ? Nous rentrerons à Paris à la fin de février (en passant par Oran). Ce sera un hiver de gagné. Restera l’été ? Mariani a laissé ici un souvenir très vivace. J’ai vite cessé de parler de lui. Terra ne répond plus. J’ai parfois grande envie de les revoir tous les deux. Je crains qu’ils ne traversent une mauvaise passe. Henri Michaux est-il chez vous ? Aux dernières nouvelles, Breton n’irait pas à Sidi-Madani. Il y craindrait de mauvaises rencontres.

A Boula et à vous nos bonnes amitiés.

Calet

Notes

(1) GRANDES LARGEURS ; Lettres Georges Henein - Henri Calet (1935-1956 ) ; ed.Association Henri Calet,1981


Henri Calet à A Georges Henein (1)

le 8 février 51.

(...) Marthe est partie pour les Etats-Unis ; elle y est arrivée hier. Je l’ai accompagnée jusqu’au Havre. Nous avons vécu quinze ans de conserve. Je reste seul au milieu d’un grand désordre. Tout cela vous donne la cause de mes silences. Ne m’en veuillez pas. Sachez que vos lettres me font toujours plaisir, et à présent plus que jamais. Maintenant que je ne me demande même plus si j’existe encore. A Boolah et vous, mon plus cordial salut. Calet.

Notes

(1) GRANDES LARGEURS ; Lettres Georges Henein - Henri Calet (1935-1956 ) ; ed.Association Henri Calet,1981

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