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Pierre Louÿs : Portrait, par Corinne Amar

édition du 27 juin 2002

autoportlouys

C’est un événement pour moi qu’une lettre à t’écrire ; tant de choses ne peuvent être dites, qui sont si chères à écrire, confiait Louÿs à son frère, au début de sa correspondance, le même qui écrivait dans son Journal intime : Toutes mes pensées se résument en deux mots, en deux aspirations, en deux espérances, en deux ambitions, en deux désirs : les femmes et le génie. Pierre - Félix Louis dit Pierre Louÿs (1870-1925) né à Gand, en Belgique, est mort à Paris . Son enfance très solitaire, mais remplie de lectures précoces, se déroule entre Paris et Dizy, près d’Epernay. En 1879, à la mort de sa mère à laquelle il est très attaché, il est confié par son père à son demi-frère Georges, son aîné de vingt-trois ans qui l’emmène avec lui à Paris et se charge de son éducation. Près de vingt-sept ans, Louÿs adressera à ce frère, diplomate au Caire, puis à Paris, enfin ambassadeur de France en Russie, des milliers de lettres quotidiennes, compte rendus intimes, confidences sur ses projets littéraires, ses lectures, ses réflexions, ses amours. Enfant très tôt orphelin de mère, aussitôt de frère, puis de père (en 1889), il ne peut que voir en Georges, un interlocuteur indispensable, un second père à qui il confie les diverses étapes de sa vie d’homme ; débuts littéraires, succès d’Aphrodite, mondanités heureuses, mariage avec la s ?ur de celle dont il est épris, mais qui vient d’épouser son ami, puis retraite progressive, santé défectueuse, neurasthénie accentuée, et effacement littéraire. Dès sa prime jeunesse, Louÿs multiplie les expériences sexuelles et les écrits érotiques. En 1890, il entre à la Sorbonne et fréquente des poètes comme Hérédia, Leconte de l’Isle et Mallarmé. Il lit, il écrit énormément. Astarté, le premier recueil de vers paraît en 1892. En 1896, Aphrodite, son premier roman est publié. Effondré par le mariage de son amour Marie de Hérédia avec Henri de Régnier, il part pour l’Espagne et l’Algérie. De retour à Paris, il publie La Femme et le Pantin (1898), qui se déroule en Andalousie En 1901, paraissent Les Aventures du Roi Pausole ? Beaucoup moins connus que ses romans, ses poèmes érotiques n’ont été édités clandestinement qu’après sa mort et sont restés longtemps interdits de publication. Comme beaucoup d’hommes plus enclins à écrire qu’à dire certaines choses, Pierre Louÿs est un homme fondamentalement timide, réservé dans sa conversation. Cette correspondance à Georges nous montre un Louÿs dans sa vie quotidienne, un écrivain exigeant, raffiné, ami de Gide, Valéry, Wilde, Hérédia, épris de ses maîtresses, Zohra Bent Brahim, Marie de Régnier, décrivant ouvertement sa vie sexuelle, fervent de voyages, de musique, de politique, évoquant le Tout-Paris de l’époque ? Introspection, confidence, confession ; Louÿs s’observe, se confie, a besoin de s’épancher, il décrit sa propre vie, par l’écriture. En 1889, séjournant chez André Gide, en Normandie, il avoue à son frère :

J’étais absolument ravi de quitter Paris pour avoir l’occasion de t’écrire des lettres interminables, et de te dire ainsi bien des choses dont je n’ose parler ; je ne puis faire mes confidences que par écrit, tu le sais ; je suis alors plus sûr de moi, sûr de ne pas me troubler, de ne pas mettre trop souvent un mot pour un autre, d’écrire à peu près ce que je veux, et mieux que je ne le dirais.( cité par Jean-Paul Goujon, Mille lettres inédites à Georges Louis (1890-1917) p.13)

En 1913, Louise sa femme, le quitte. Vie mondaine des plus intenses. La mort de son frère en 1917 le plonge dans une profonde dépression. Il abandonne ses amis, mène une vie désordonnée, en proie aux drogues, à l’alcool. Il se marie à nouveau en 1923, aura deux filles, un fils. Malade, à demi aveugle, de plus en plus reclus dans sa maison, il éprouve des difficultés à lire, à écrire. Il compose, néanmoins, en 1924, une ?uvre ultime, les Derniers Vers.

Corinne Amar