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Billet d’humeur, par Jean Segura

édition du 27 juin 2002

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La Femme et le Pantin (The Devil is a Woman) . Film N&B de Josef Von Sternberg. 1935, inspiré du roman de Pierre Louÿs. Scénario : John Dos Passos et S.W.Winston. Le réalisateur allemand émigré à Hollywood signe son septième et dernier film avec Marlène Dietrich, dans le rôle de Concha Perez, et Cesar Romero. La Femme et le Pantin de Pierre Louÿs, Publié en 1898

"Il est deux sortes de femmes qu’il ne faut connaître à aucun prix : d’abord celles qui ne vous aiment pas, et ensuite celles qui vous aiment. - Entre ces deux extrémités, il y a des milliers de femmes charmantes, mais nous ne savons pas les apprécier." Tel se confie don Matteo, amant malheureux dévoré par la belle Concepcion (Concha ou Conchita), qui ruinera sa vie et son idéal amoureux. Nous sommes en 1896 à Séville où Pierre Louÿs séjourna un an auparavant : carnaval, fabrique de tabac, taureaux, on retrouve le cadre qui fut celui de la toute aussi vénéneuse Carmen de Mérimée. Pierre Louÿs a-t-il donc autant souffert que don Matteo ? Lorsqu’il achève ce livre, il a 28 ans et parle de la trajectoire amoureuse d’un homme de presque quarante manipulé par une "lolita" andalouse de 16 ans. Pressent-il déjà que les hommes mûrs ont un retour de flamme pour la peau satinée des jeunes filles en fleur ? Chronologiquement avant et après Pierre Louÿs, d’autres écrivains se sont aventurés dans la mise en scène de ces ardeurs tardives comme Zola dans Nana et bien sûr Nabokov avec Lolita.. femmepantinbardot2

La Femme et le Pantin . Film couleur de Julien Duvivier. 1958. Scénario et adaptation : Jean Aurenche, Albert Valentin et, pour les dialogues, Marcel Achard. Transposition très libre dans les années 1950 du roman de Pierre Louÿs avec Brigitte Bardot dans le rôle d’Eva (Concha), et Antonio Vilar dans celui de don Matteo.

Concha a tous les attributs de ce qu’on appellerait aujourd’hui une "allumeuse", poussant don Matteo au supplice de son désir sans jamais lui accorder la faveur suprême. Le mystère de cette relation, parsemée de ruptures et de retrouvailles, réside peut-être dans la recherche que les deux héros mènent parallèlement pour authentifier non l’amour (et le désamour) qu’ils se portent l’un à l’autre, mais un amour idéal, transcendantal. "Ce caleçon, cette barrière entre l’amour et moi, il me semblait que dorénavant je le verrais à toutes les femmes, ou que du moins elle voudraient l’avoir avant d’approcher de mon étreinte", se dit le désespéré don Matteo au moment où il croyait pouvoir enfin posséder Concha : "Alors ce n’est pas moi que tu aimes, mais seulement ce que je te refuse ?" lui répond-elle. obscurobjetdesir

Cet obscur objet du désir . Film couleur de Luis Buñuel. 1977. Scénario et dialogues : Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière. Dernier long-métrage du cinéaste espagnol avec Carole Bouquet et Angela Molina, incarnant tout à tour le rôle de Conchita, et Fernando Rey (doublé par la voix de Michel Piccoli). Enfermé dans son rôle de "Pantin", don Matteo ne trouve le moyen de s’en libérer qu’en réduisant Concha à une posture de "Femme" enfin dominée physiquement " Et quand je pense que tout ceci était fait "pour m’attacher" ! Jusqu’où l’imagination des femmes peut-elle les aveugler sur l’amour viril !" À moins qu’aux yeux de Louÿs elles ne restent à l’image de Concha : "Primesautière, incompréhensible : telle je l’ai toujours connue".

Jean Segura, journaliste