Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Les petits bleus. Par Sébastien Drouet

édition du 15 juillet 2002

 

genetcouvsite

Les Lettres au petit Franz, de Jean Genet à François Sentein, s’étalent sur plus d’une année (de 1943 à 44) pendant laquelle Genet passe la majeure partie de son temps en prison. D’où vient que ces lettres revêtent un caractère d’urgence ? C’est que Genet risque gros. Il encourt la relégation. Alors il va demander à son ami de s’occuper de sa défense, d’ameuter ses amis et appuis (Cocteau et Marais notamment), de lui envoyer vivres, cigarettes, papier.
Ce sont des lettres de premier secours ; envoyées par pneumatique, elles ont une allure de qui-vive, de S.O.S. Et quelle merveille que ces missives placées dans une capsule qui filaient, de 600 à 800 mètres à la minute, dans les 450 km de tubes fixés à la voûte des égouts, jusqu’au bureau de distribution, d’où de jeunes facteurs, d’abord cyclistes puis montés sur de petites pétrolettes particulièrement nerveuses qui pétaradaient jusque dans les banlieues pour les y distribuer gratis moins de deux heures après leur dépôt ! De Proust à Genet, « les petits bleus », ainsi que l’appelait le populo, convoya toute une prose impatiente qui se noie aujourd’hui dans les ondes et les fibres optiques.
Il y a un côté célinien (bien qu’il n’aima guère le docteur Destouches) chez Genet ; tout de vitupérations, paranoïa, insultes et protestations d’amitié et d’amour. Souvent méchantes, comminatoires, ces lettres sont parfois des étreintes de la plume dont il sort par endroit une voix éteintes et des mots ralentis dans une langue oppressée et plaintive lorsque l’enfermement devient insupportable, mais au timbre sapide. Des lettres dont l’enveloppe semble figurer la promesse d’un corps et l’affranchissement un viatique ou bien un débours. Il peut adopter le ton de la tendresse paternelle : inspiré par la lecture de la lettre d’un père à son fils de Montherlant et du De Profundis de Wilde : « Va, va mon petit. Ne pense à moi que si tu as besoin de moi. Mais dans ce cas n’hésite pas à crier au secours. » Surtout, ce qui frappe ici c’est le travail en marche ; Genet a besoin de la prison pour écrire (« Je n’écris plus rien. Ca me dégoûte. J’écrirai quand je serai en tôle. »)
Ici l’on voit que son oeuvre emplie de son expérience carcérale s’y nourrit. Tout un martyrologue de comédien génial.

Sébastien Drouet

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite