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Jean Genet : Portrait par Corinne Amar

édition du 15 juillet 2002

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Mettre à l’abri toutes les images du langage et se servir d’elles car elles sont dans le désert, où il faut aller les chercher (Note manuscrite en tête des dernières épreuves de Un Captif amoureux, ed.Gallimard)

Jean Genet est né à Paris, le 19 décembre 1910, de père inconnu. Sa mère l’abandonne à l’Assistance publique. Placé chez des paysans du Morvan, il entre en centre d’apprentissage à 13 ans. S’en évade aussitôt : il rêve de voyages et d’aventures. A la suite d’une série de fugues et de délits mineurs, il connaît sa première expérience carcérale à quinze ans avant d’être mis en détention jusqu’à sa majorité à la Colonie pénitentiaire de Mettray. Pour échapper à la prison, il s’engage volontairement dans l’armée. Après plusieurs engagements sucessifs (Damas, le Maroc) et six ans de vie militaire, il déserte en 1936. Durant un an, il vagabonde à travers l’Europe avec de faux papiers ; tour à tour arrêté, emprisonné, expulsé. De retour à Paris (il a 27 ans), il fera l’objet d’une douzaine d’inculpations pour désertion, vagabondages, falsification de papiers et, principalement pour vols. En 1942, alors qu’il est incarcéré à la Centrale de Fresnes, il écrit son premier poème Le Condamné à mort, imprimé à ses frais. C’est également en prison qu’il rédige la même année Notre-Dame-des Fleurs et l’année suivante, Miracle de la rose. Il est sur le point d’être condamné à la "relégation perpétuelle", lorsque Jean Cocteau demande sa grâce au Président de la République et l’obtient : Genet ne retournera plus en prison. En 1947, paraissaient ses pièces Haute surveillance et Les Bonnes, et son dernier roman, plus ou moins autobiographique, Journal du voleur, était en voie d’achèvement. Marc Barbezat, directeur de l’Arbalète, fut l’un des tout premiers éditeurs de Genet. Dans un court essai qu’il lui consacre, il note ; "La puissance créatrice de Genet entre 32 et 36 ans, c’est-à-dire entre les années 1942 et 1946, est tout à fait exceptionnelle. Il en était conscient et en parlait souvent. En si peu de temps, il écrit d’un seul jet, coup sur coup, cinq grands romans d’une extrême densité ?" (Citation reprise par Edmund White dans la préface de Genet- Fragments et autres textes, ed. Gallimard, p.12, et tirée de Lettres à Olga et Marc Barbezat). Lettres à Olga et Marc Barbezat (Ed. L’Arbalète, 1988) regroupe toute la correspondance que Genet adressa à son éditeur et sa femme, dès 1943. Genet est encore inconnu, déjà d’une originalité violente, en prison sous l’Occupation. Alors qu’il vient de lire Le Condamné à mort, Barbezat, impressionné, écrit à Genet, sur papier de l’Arbalète, à la prison de la Santé. En réponse, lui parvient une carte assez brève où Jean écrivait :" Envoyez-moi cent francs ". Grâce à Barbezat il échappera petit à petit au cercle des publications clandestines. Une période improductive suit la grâce présidentielle de 1949 et la parution en 1952 de l’énorme étude de Sartre, Saint-Genet, comédien et martyr, puis vient une série éblouissante de pièces de théâtre. Enfin, l’engagement auprès des Panthères noires aux Etats-Unis et des combattants palestiniens. Il achève alors son dernier livre Un Captif amoureux , et meurt d’un cancer de la gorge, à Paris, le 15 avril 1986. Le 25 avril, il est enterré selon son v ?u dans le petit cimetière espagnol de Larache, près de Tanger, au Maroc . Le cimetière, sur une falaise, domine la mer.Il est bordé d’un côté par une prison municipale, de l’autre par une " maison de rendez-vous ". Le 26 mai 1986, Un Captif amoureux paraît aux Editions Gallimard.

Corinne Amar