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Livre : Lettres de Drancy, Editions Tallandier, juillet 2002.

édition du 29 juillet 2002

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Juillet 1942. Dans la nuit du 16 au 17, la police française rafle 12884 juifs étrangers à Paris. Parmi eux, 3031 hommes, 5802 femmes et 4051 enfants. Les célibataires et les couples sans enfants, d’abord enfermés au Vel d’Hiv, sont ensuite envoyés à Drancy avant d’être déportés vers les camps de la mort. Quant aux familles, elles subissent le même sort mais passent par les camps d’internement de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande.
Lettres d’amour, lettres d’un père à ses enfants, d’un frère à une soeur, d’un fils à sa mère : dans un premier temps, la peur transparaît peu. Problèmes domestiques, envoi de colis, de livres et de couvertures, nouvelles des uns et des autres, telles sont les préoccupations des internés. Chers parents, j’ai reçu vos deux colis alimentaires. (...) Tout était si bon, j’ai goûté à toutes les choses, et le chocolat, le beurre, le pain. Ah quel délice, quelle orgie. Je crois qu’ils n’ont rien pris et ils les ont ouverts devant moi. Dans le prochain, envoie- moi du pain et un petit morceau de viande ? La question du retour est fréquemment évoquée. Gardez bien la maison, car lorsqu’on reviendra, nous aimerons retrouver notre petit lit si douillet.
Les détenus y croyaient-ils ou pas ? voulaient-ils se rassurer ? Rien ne permet de le savoir, toujours est-il que fin 1941 cette issue était encore envisagée.
Monsieur le Maréchal, nous vous demandons de nous donner l’assurance que toutes les mesures vont être prises pour que les Israélites soient respectés comme il convient, réintégrés dans tous leurs droits et tous leurs biens...  : les Lettres de Drancy réunissent aussi des lettres envoyées à Pétain, au CGQJ (Commissariat général aux questions juives) pour protester contre la politique antisémite du gouvernement ou, au contraire, pour l’approuver et l’encourager. Plus poignantes encore sont les lettres envoyées aux autorités du CGQJ pour demander la libération d’un mari, d’un frère, d’un père, d’un fils c’est une pauvre maman qui a son fils au camp de concentration qui prend la liberté de vous écrire. La réponse des autorités françaises est sans appel : vous avez appelé mon attention sur le cas de votre mari interné à Compiègne. Je vous informe que, dans les circonstances actuelles, il ne m’est pas possible de donner suite à votre demande, les autorités allemandes ne donnant aucun renseignement sur les internés.
À partir de la mi-1942, le ton change, l’inquiétude pointe, les conditions de détention se détériorent la vie est intenable, nous sommes 80 dans une pièce et 168 en tout. (...) Je ne te décrirai pas notre vie, c’est trop attristant, et les premiers convois partent. Les internés commencent à évoquer cette "destination inconnue", vers laquelle ils vont être envoyés : Nous quittons aujourd’hui Pithiviers. ( ?). Où on nous envoie, on ne le sait pas exactement. On parle beaucoup de nous envoyer dans les fermes : en France ou à l’étranger, on ne le sait pas encore.
Juin 1943 : les Allemands prennent le contrôle de Drancy. La surveillance est renforcée, le courrier restreint et censuré. La déportation s’intensifie, les lettres sont moins nombreuses, plus courtes. En témoigne la lettre de Marc Moïse Blum qui clôt l’ouvrage Mes chers. Je suis dans le train de Vittel pour où ? ... Je ne vous oublie pas. (...) Courage et confiance. Je vous reverrai tous s’il plaît à Dieu. Mon moral est excellent dans cette épreuve. Nous sommes bien traités. Vive la France. (..) Je vous embrasse tous très fort. Embarqué dans le convoi 78 parti le 11 août 1944 de Lyon, Marc Moïse Blum mourut à Auschwitz.

Elisabeth Joël