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Lettres de Drancy

édition du 29 juillet 2002

 

lettresimonsite

Simon à Paulette Robec 28 août 1942

Le 28-8-42 Mme Paulette Robec 3, bd. Victor Paris XV

Tu seras gentille de mettre ce mot à l’adresse indiquée Blanchet (1)

Chère Paulette

Je suis dans un wagon à bestiaux vers la déportation. Je suis parti mardi pour Drancy, et ce matin à 3 heures, nous sommes partis (2). Le train est parti à 9 heures et maintenant il est 5 heures du soir. On nous a donné à manger pour 3 jours. Nous devons passer par Metz. Il paraît qu’il y aura un triage. J’espère retrouver Maman. On nous a fouillé hier. On m’a pris l’argent et le nécessaire pour écrire, et tout ce qui coupe. Je n’ai rien pu faire pour rester. Dans deux jours, nous irons à Metz. Je suis avec M. Sacuer et sa fille. Je n’ai aucune nouvelle de Paris et je n’ai qu’un colis. Vous embrasserez Dorka aussi. J’espère qu’on se reverra bientôt. J’ai écrit ça en quelques minutes et je n’ai pas le temps ni la place de continuer. Je vous embrasse de tout mon c ?ur et très fort. Simon (3).

Je remercie beaucoup celui qui remettra ce mot et me rendra un grand service.

Notes : (1) La mention en italique est d’une autre écriture que celle de Simon, d’un certain Blanchet, probablement celui qui a trouvé le mot jeté du train et qui demende à une amie de le faire porter à l’adresse indiquée. (2) Il s’agit du convoi n°25, parti de Pithiviers pour Auschwitz le 28 août 1942. 929 des 1000 déportés sont gazés dès leur arrivée à Auschwitz. Il y aura 8 survivants en 1945. (3) Simon peut être Simon Vilenstein, né le 6 février 1927, ou Simon Wajean, né le 23 mars 1927.


lettresgabrielrametsite

Gabriel Ramet à ses parents 22 juin 1943 (1)

Mes très chers,

Je vous écris cette dernière xarte de Drancy. Il est 20 heures ? Fouillé auparavant ? Jeudi et deux autres aujourd’hui. Juste avant de monter ? Jamais je ne vivrai assez longtemps pour vous remercier de tout ce que vous avez fait pour moi. Grâce à vous, j’ai tout ce qu’il me faut et même beaucoup plus. Je vous renvoie une paire de chaussures que j’ai de trop. Je suis chargé comme un mulet : un grand sac à dos, une grande musette et une valise, et tout cela est plein à craquer J’ai un très bon moral, plus que splendide. Ma santé est très bonne et je suis fort comme un turc. Je pars, mais toutes mes pensées vont vers vous. Soyez forts et courageux comme moi. Songez, mes parents, j’ai gagné 22 mois sur les premiers qui sont partis. Demain, je serai dans le train et je penserai à vous tous. Merci, merci mille fois pour tout le monde de ma part. Remerciez bien M. Pibiquart de ma part, embrassez-le bien. Embrassez bien Albert de ma part et donnez-lui bon courage, car il n’y en a plus pour longtemps. Je vous dis au revoir, pas adieu. Je vous embrasse bien fort, et tout le monde. Votre fils et frère qui vous aime. Gaby. Notes : (1) Gabriel Ramet est resté 22 mois à Drancy, en raison de son travail à l’infirmerie où il s’est fait remarquer pour son dévouement ; Déporté à Auschwitz par le convoi n°55 du 23 juin 1943, il revient en France le 1er mai 1945.


Max Jacob à Pierre de Belay 28 février 1944 (1)

Wagon sur la route de Drancy 28 février 1944

Cher Pierre, Ne t’étonne pas de n’avoir pas de nouvelles de ton livre. La police m’a arrêté en cours de travail : il y a 5 dessins de fait et le livre est posé sur les livres de l’étagère principale. De sorte que si mon séjour à Drancy se prolongeait, tu pourras au moins récupérer le livre tel qu’il est. Tu n’aurais qu’à demander la maison de Mme Perfillard et lui montrer cette lettre pour qu’elle te mène à ma chambre qui de ce wagon de D. me semble un paradis. Si tu peux encore aider un malheureux prisonnier. Embrassons-nous

Max Jacob.

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris. © ayant-droit de Max Jacob

Notes : (1) Après deux jours passés dans un wagon glacial en gare d’Orléans, Max Jacob, qui a contracté une congestion pulmonaire, arrive à Drancy où il est interné sous le matricule 15872. Transféré à l’infirmerie, il y meurt le 5 mars 1944.

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