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Jim Harrison : Portrait, par Corinne Amar

édition du 29 août 2002

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La plupart des écrivains pensent qu’ils sont ce que l’opinion publique leur dit qu’ils sont. Cela est difficilement évitable, à moins de se créer une vie secrète et parallèle, alors que leur mission consiste à dire les secrets, non à les dissimuler. (JH , extrait de Faux soleil). Jim Harrison est né en 1937, à Grayling, dans le nord du Michigan. Famille de cinq enfants. Son père est agent agricole, spécialisé dans la conservation des sols. Sa mère est d’origine suédoise. Il a huit ans, lorsque son ?il gauche est accidentellement crevé, alors qu’il joue avec une petite fille. Il décide de devenir écrivain à l’âge de douze ans, un jour où il prend conscience que cette profession propose une façon de vivre plutôt séduisante. Quatre ans plus tard, en 1953, cette intuition se confirmera ; de part mes convictions romantiques et le profond ennui ressenti face au mode de vie bourgeois et middle class. Il quitte alors les ciels immenses de son Amérique végétale, pour vivre la grande aventure à Boston et New York, et épouse, à vingt trois ans, la jeune femme, qui est encore la sienne et avec qui il aura deux enfants, Linda King. En 1965, il publie son premier recueil de poésie "Plein Chant", renonce à une carrière universitaire à New York et, pour élever ses filles, se met à rédiger des articles de journaux, des scénarios, en même temps que sont publiés d’autres recueils de poèmes et ses premiers romans. Dans ses premiers écrits, du reste, il s’inspirera largement de la vie de son père, fermier, de l’origine scandinave de sa mère, de sa propre éducation en milieu rural. La grande vie ne lui plaît qu’un temps ; en 1967, il retourne, en famille, dans le Michigan, et s’installe dans une ferme, à Lake Leelanau, où il écrit beaucoup, et publie, en l’espace de cinq ans, cinq romans. En 1975, il rencontre l’acteur Jack Nicholson, que Thomas Mc Guane, ex copain des bancs de l’université, qui travaille à l’écriture de scénarios pour Hollywood, lui présente. Jack et Jim se lient d’amitié, ce qui est un bienfait pour Jim, puisque Jack , généreux et confiant, lui prêtera suffisamment d’argent, pour qu’il puisse nourrir sa famille et passer son temps à écrire. Cela donnera, en 1978, l’écriture de Légendes d’automne, son premier grand succès littéraire. Ses ?uvres suivront ; Sorcier, Faux Soleil, Dalva, Entre chien et Loup, Julip, La Route du retour, lettres à Essenine, En route vers l’Ouest... Parallèlement à cela, il collaborera à l’écriture de scénarios hollywoodiens. Il écrira, entre autres, avec Thomas Mc Guane, le scénario du film Cold feet, que Robert Dornhelms réalisera en 1989, avec pour acteurs Tom Waits et Keith Carradine.(Le film n’a jamais été diffusé en France). Aujourd’hui, il publie Aventures d’un gourmand vagabond, recueil d’articles, de recettes et de lettres.

Incorrigible macho retiré du monde ? Ours solitaire dans les forêts de son Michigan natal ? Buveur et mangeur gargantuesque ? Souvent, pour les critiques littéraires, Jim Harrison se réduit à se genre de portrait ? " Disons le donc une dernière fois, pour apprendre à l’oublier, Jim Harrison, la soixantaine, est un gaillard borgne ( une dispute amoureuse à l’âge de sept ans). Il travaille dans sa cabane de bûcheron, près du lac Michigan. Il aime la France du vin rouge et de Saint-John Perse. Il gueule de préférence contre les maniérismes provinciaux que sont les auteurs de New York ou de Californie. Sympathique, c’est sûr ? " JM de Montrémy, sur JH, Le Magazine Littéraire, n° 370, nov.98. JH se voit comme un "sport white trash", c’est-à-dire, un balourd blanc légèrement raffiné. Et son écriture lui ressemble ; des brûlures, des gueules de bois carabinées, des boules de colère, des méditations bourrues, des décombres de vies amochées, de larges périodes où le naturalisme décrit l’envolée d’un oiseau bleu moqueur du Mexique et le chant mozartien du Dolorosa beig, des épanchements du c ?ur où s’enlisent des antihéros que la vie a trompés.(G. Carcassone, sur JH, Le Point). Autant de noms, autant de facettes, et comme Faulkner, à qui il doit peut-être davantage qu’à Hemingway, JH aimera brouiller les cartes dans ses récits .

L’écrivain est un cheval. Les personnages lui passent un licol et l’entraînent au galop. J. Harrison Corinne Amar