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Billet d’humeur, Légendes d’Automne de Jim Harrison, par Jean Segura

édition du 29 août 2002

legendautomnesite

Une vengeance...

Première des trois nouvelles (Une vengeance, L’homme qui abandonna son nom, et Légendes d’automne) réunies sous le titre Légendes d’automne (en anglais : Legends of the Fall) publiées en 1978, pour l’édition américaine et en 1981 pour la traduction française.

C’est une vengeance à double visage, menée sur le ton d’un thriller : celle d’un homme trompé par sa femme et celle de son amant qui se retourne contre l’auteur de leur châtiment. Jim Harrison nous entraîne sur les routes des Sierras Madres qui mènent de Nogales à Mazatlan, en passant par Hermosillo, Culiacan, ou Durango, le " petit Hollywood " mexicain où se tournèrent tant de westerns. Les verres débordent de mezcal et les bordels de putains, les coyotes hurlent la nuit et les vautours tournoient dans le ciel attendant l’heure d’un festin toujours probable. Les silhouettes de Clint Eastwood et d’Anthony Quinn émergent à la description des deux personnages : Cochran, l’ancien pilote de chasse intraverti pris en affection par Baldassaro Mendez, dit Tibey, l’ex-souteneur et contrabandista devenu nabab. Deux hommes qui s’estiment et qui vont s’entredéchirer pour la même femme. L’amour donc est au c ?ur de cette tragédie mexicaine bercée par la mélodie des chansons de Guadalajara, respiration dans cette atmosphère suffocante. " Chacun rêve d’une part de mystère dans son existence, mais rares sont ceux qui font ce qu’il faut pour la mériter " écrit Jim Harrison à l’aube de cette histoire. Au contact de Miryea, la femme de Tibey, Cochran vit le sublime : "l’impression de sortir enfin d’une longue et douloureuse rage de dents ", " pour un instant, deux émotions se rejoignent, se soudent dans un élan commun qui les transporte vers un état où tous les sens reprennent leur vigueur, quel que soit l’âge des amants ". Pour Mendez, né " de parents incroyablements pauvres " et qui s’était élevé au plus haut rang social, au nord comme au sud du Rio Grande, Miryea était " une créature qui lui sembla inaccessible durant des années ". En la perdant " il perdait tout ce qui signifiait encore quelque chose pour lui ". Sa douleur sera le moteur d’une vengeance terrible, infligeant des blessures incicatrisables non seulement aux deux amants, mais peut-être plus encore à lui-même. De ses trois personnages brisés, Jim Harrison va alors faire des héros asymétriques : un vengeur et un repenti penchés sur le corps d’une martyre. Comme si l’humanité profonde qui les habitait devait finalement l’emporter sur l’irrationalité de leur vie, malgré, ou à cause, de leurs solitudes respectives. "Il (Cochran) pensa à Tibey dans la montagne, sous la lune. Il se demanda si Miryea la voyait également. En fait, refermés sur leurs agonies intimes, tous trois étaient en train de regarder l’astre, lui enviant cet éloignement éthéré qui le plaçait si loin au-dessus des misères terrestres. "

Jean Segura