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Lettres de ruptures, Yves pagès

édition du 26 septembre 2002

 

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Extraits de lettres, tirés de l’ouvrage Lettres de ruptures, Ed. Pocket / Les Nuits de la Correspondance

Yves Pagès, Dégradation volontaire

(Brouillon d’une lettre adressée le jeudi 11 avril 2002, au Rectorat de Paris, direction des services académiques d’éducation, 12, rue Curial, 75020 Paris.)

Madame ou Monsieur le Recteur,

Permettez que je sollicite auprès de votre bienveillance un réexamen de ma situation diplomatique, tenant compte des séquelles effets secondaires dus à mon orientation en filière dite scientifique durant les années 1978-1981 (bulletins scolaires joints ainsi qu’une photocopie conforme de mon Baccalauréat C, sans mention particulière). L’objet de ma la présente expose à la fois un cas d’école, le mien, et d’autres les dommages collatéraux touchant une entière classe d’âge entière. S’il est désormais admis reconnu d’utilité publique que la formation permanente fait partie du travail processus productif (et donc rémunéré) de tout emploi qualifié, je ne vois pas on serait en droit se demande pourquoi pour quels motifs l’apprenti lycéen (quant à lui, bénévole) ne pourrait réclamer en référer au code du Travail et, parmi ces droits élémentaires, à ceux touchant aux maladies professionnelles et au cadre l égal de leur indemnisation. J’en viens au but à mon fait. Dès onze ans, j’ai été, comme tous ceux de ma classe, soumis familiarisé à la aux mathématiques laïques modernes et obligatoires. Suivant la programmation normale, j’ai connu l’ensemble N en Sixième, puis R en Cinquième, puis Z en Quatrième, puis etc. Une année après l’autre, j’ai vu défiler sur le tableau noir des entiers positifs, des moins que zéro, des petits fractionnaires, des négligeables à virgules et des inconnues à racines cubiques. Parvenu en classe de Seconde C, la théorie de tous ces ensembles avait déjà enflé de façon considérable. Et si vous permettez, moi aussi ça m’enflait cela n’a plus fait qu’empirer jusqu’au Bac. Sans qu’il soit nécessaire de m’étendre ici sur l’infinité corrélative des lambdas logarithmiques, et sans parler des n compossibles tendus entre abysses et coordonnées. Imaginez seulement ce que j’ai dû subir en assimilant le grand Tout de ces sous-ensembles flous qui, à force de pulluler, dériver, s’intersectionner, prendre la tangente, s’incuber, se distendre, augmentaient sans cesse la pression. Essayez de Oui, mettez-vous à ma place, dilaté encore et encore sous la dictée de cette théorie qui repoussait si loin les limites du supportable. Les yeux plus gros que le ventre, voilà une expression qui traduit terme à terme le drame psychosomatique qui s’est joué en moi trois années de suite. Disons qu’à force de voir ces abstractions gagner en volume, j’ai senti très concrètement que mon ventre n’en pouvait plus de contenir tant de glandes, replis, alvéoles, tubulures, vésicules, appendices et un tas de un paquet d’autres poches intestines. Et tous ces organes partiels, telles des poupées gonflables, ne cessaient d’être soumis à de nouvelles extensions, sauf que, telles des poupées russes, ils s’incluaient toujours les un dans les autres sans que les douleurs gastriques qui s’ensuivaient ne parviennent à faire éclater ce scandale au grand jour : entre vos gouffres numérologiques et mon moi viscéral, les vases communiquaient. (...)

Avec l’aimable autorisation de publication d’Yves Pagès et des Nuits de la Correspondance

Stéphane Zagdanski, Amour mort né

Ni déclaration ni révocation, donc, une non-lettre de rupture en conclusion de la non-histoire d’un non-amour n’était-elle pas la mieux indiquée pour dire adieu à une femme qui n’existe de toute façon presque pas ?

Jean-Marie Laclavetine, Jeanne

Tu aurais préféré me voir, bien sûr. Tu m’aurais attendu sur le quai comme prévu, j’aurais prononcé les mots qu’il faut, en te regardant droit dans les yeux. Ou plutôt hélas le bitume sale du quai, je me connais. Tu aurais trouvé cela plus juste, plus digne. Un jour peut-être tu me remercieras de nous avoir évité cette scène, évité de patauger dans les mots et des gestes inutiles, menteurs

Denis Robert, Je me sens partir

Le seul être avec qui j’ai définitivement envie de rompre, en définitive, c’est moi. Je me dégoûte. Je nous écris cette lettre de rupture.

Anouar Benmalek, Et puis, on m’a téléphoné

Te souviens-tu quand je t’aimais et que tu m’aimais des soifs qui nous animaient Sous l’huître du jour nous en avions pourtant convenu l’ortie du sable était brûlante et la rosée nous écrasaient Tu avais le goût d’un ventre andalou qu’une minute de Guernica n’a pas encore terni La nuit notre coquille défaite où ta présence était nos draps tu me faisais en riant un collier de castagnettes de sommeil Tu étais la fable d’avant l’assassinat la chair du matin .

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