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Discours de Marcel Moreau. Prix Wepler-Fondation La Poste 2002

édition du 5 décembre 2002

 

Pardonnez-moi, je n’ai pas d’éloquence naturelle, surtout dans l’émotion.
D’habitude, dans l’émotion, mon cœur se débrouille avec son petit vocabulaire d’analphabète. En ce moment, je lui envoie du renfort. Je l’associe à tous mes organes. Ils l’ont bien mérité, entre autres les sans-grade. Voilà quarante ans, quarante livres que je leur donne la parole, ou qu’ils la prennent. Je suis entré en écriture par un putsch viscéral de cet ordre, ou de ce désordre, à en ébranler ma raison. Ma raison en fut ébranlée, mais pas mon amour des mots. Que ces voix éraillées des tréfonds aient pu ici et là, faire œvre polyphonique, je n’en reviens toujours pas.

Photo de Marcel Moreau faisant un discours.

Je n’avais jamais reçu de récompense en France. Pour Quintes, mon premier livre, dont le succès eut pour détonateur Alain Jouffroy et pour parrainage Jean Paulhan et Simone de Beauvoir, on m’attribua le Prix des Enfants terribles, fondé par Jean Cocteau. Mais il me fut retiré aussitôt. On s’était aperçu que j’avais un an de trop selon les statuts. C’est dire si le vote qui s’est porté aujourd’hui sur mon nom me touche. Car j’ai atteint l’âge de penser qu’étant donné ce que j’écris, par les temps qui courent, s’il faut du courage pour me lire, il en faut davantage pour m’élire.
J’ai ce soir, envers celles et ceux qui viennent de distinguer Corpus Scripti, ce que j’appellerai « la reconnaissance du ventre ». Qu’on ne s’y trompe pas. Cela n’a rien de vulgaire, ni de profane. Le ventre est un mot et une réalité que ma passion d’écrire a su charger d’un sens si vertigineux que lorsqu’il est reconnaissant, comme maintenant, c’est aussi beau qu’un jouir.
Je crois avoir fait souvent l’impossible pour ramener la puissance du langage dans les abîmes du corps. L’affaiblissement du Verbe, sa frivolité, sa cristallisation en slogans, en facteurs de conditionnement, son usage à des fins purement mercantiles, voilà, à mes yeux l’ennemi, voilà la névrose. Et la névrose commence déjà là où l’homme manque du pouvoir ou de l’audace de mettre des mots vrais sur les affolements de son identité.
Je vous remercie, Mesdames, Messieurs, d’avoir prêté attention de cette manière à mes démons et à leurs tentatives. Grâce à vous on saura peut-être un peu mieux qu’ils n’avaient pas que le mauvais en eux, et en littérature.
C’est très sentimental, ce que je dis là.

Marcel Moreau

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Entretien avec Marcel Moreau, par Nathalie Jungerman

Marcel Moreau : Portrait, par Corinne Amar

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