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François Guizot : Portrait, par Corinne Amar

édition du 27 mars 2003

Portrait de François Guizot peint par Vibert.

François Guizot ( 1787- 1874) est ce personnage qui domine, avec Thiers, l’histoire de la France bourgeoise du 19e siècle. Sa pensée historique et politique remplit plus de soixante volumes, et sa vie, trois quarts de siècle d’une activité et d’une autorité impressionnantes. Méridional devenu Normand, enraciné dans le Calvados, protestant convaincu, professeur applaudi, historien prestigieux, auteur de correspondances nombreuses, entretenant de précieuses amitiés, notamment anglaises, de multiples affections féminines dont une célèbre liaison, auxquelles il ne sacrifiera jamais l’intimité de sa vie familiale, l’homme est sensible, vibrant, attachant, supérieur. François Guizot naît à Nîmes, d’une famille protestante des Cévennes. Son père, avocat, est guillotiné en 1794. Formée très tôt par le malheur, d’une précocité de caractère étonnante, son enfance est marquée par l’adhésion de sa famille aux idées nouvelles, aux réformes. Il reçoit, à Genève, une éducation soignée, complétée à Paris, en 1805. En 1812, il est nommé professeur d’histoire moderne à la Sorbonne, où il noue des amitiés qui lui serviront, deux ans plus tard, à entrer dans la haute administration de l’Etat. Royaliste, il obtient de hautes responsabilités dans plusieurs ministères et suit Louis XVIII à Gand pendant les Cent Jours. De 1822 à 1828, on lui interdit d’exercer son métier d’enseignant : il se consacre alors à des pamphlets contre le gouvernement et à de grands ouvrages ; Histoire de la Révolution d’Angleterre, Histoire de la civilisation en Europe, Histoire de la civilisation en France. Monarchiste constitutionnel, il réserve la participation au pouvoir à la haute bourgeoisie. Louis Philippe le nomme ministre de l’Intérieur en 1830, puis de l’Instruction publique. On lui doit notamment la généralisation de l’enseignement primaire ( loi Guizot de 1833). En 1847, il devient président du Conseil. Conservateur obstiné, il se refuse à toute réforme du système électoral, tant et si bien qu’ un grand nombre de Français le hait, que la révolution de février 1848 le renverse, et avec lui le régime monarchique de Louis Philippe. Contraint de se réfugier en Angleterre, il revient en France en 1849, mais ne s’occupe plus de politique. Il mourra en Normandie, vingt six ans plus tard, après avoir consacré le plus clair de son temps à ses travaux littéraires, à des recherches historiques, à la correspondance aussi et beaucoup, lien affectif et social par excellence. Les Lettres à sa fille Henriette, 1838-1874, par François Guizot, forment une prodigieuse correspondance. 961 lettres étalées sur trente-huit ans, de la petite enfance de sa fille - la première date du 11 août 1836 ; il a 48 ans, il est ministre, Henriette a 7 ans- à l’année de sa propre mort en 1874, et qui révèlent l’intimité d’une relation familiale intense, dévorante. D’Henriette ; 24 lettres, et sur elle, un essai biographique de Catherine Coste (son arrière-arrière petite fille). Henriette a trois ans et demi, lorsqu’elle perd sa mère, sept ans, lorsque son demi-frère meurt, à vingt ans, de la tuberculose probablement. Comme celle de son père, son enfance est marquée par le deuil. Aînée, elle est très tôt responsable, d’autant plus que c’est à elle qu’aussitôt son père se confie. Des trois enfants qu’il a eus avec Elisa Dillon, sa seconde épouse décédée en 1833, Henriette est la préférée, la plus proche, celle aussi sans doute qui ressemblait le plus à sa mère, et qui surtout aime celui qui fut à la fois le père et la mère. "Trois jours sans toi, ma fille, c’est quelque chose ; trois jours sans rien de toi, c’est trop", écrit François Guizot à Henriette ( septembre 1859). Et elle : "Mon père, je suis trop heureuse d’être votre fille, d’être à vous". Tel est le ton des lettres échangées dans ce flot d’histoire qui fait traverser une monarchie, une révolution, une république, un empire, une république encore, mine de portraits, d’anecdotes, quantité exceptionnelle d’informations sur la vie quotidienne, le coût de la vie, le temps qu’il fait, l’histoire encore, la politique. J’aime à te mettre au courant de tout. Henriette sera, toute sa vie, sa confidente, sa collaboratrice, son intendante, son interlocutrice, y compris en politique. Et en dépit d’une vie publique largement occupée, d’une énergie sociale débordante, c’est à sa famille, à sa fille qu’il consacre le meilleur de lui-même. Le bonheur de ses enfants, conçu comme le prolongement du sien propre, fait aussi de cette immense correspondance un monument de l’amour paternel.

Corinne Amar