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Livre : Camille Claudel Correspondance

édition du 27 mars 2003

Couverture du livre Correspondance de Camille Claudel.

Camille Claudel, Correspondance
édition d’Anne Rivière et Bruno Gaudichon.
Ed. Gallimard, Art et Artistes
mars 2003. 336 p, 27,50 euros.

Camille Claudel (1864- 1943), soeur de Paul Claudel, élève et amante passionnée d’Auguste Rodin, prisonnière de l’asile pendant 30 ans. Camille Claudel figure emblématique de la condition d’artiste et de femme, la correspondance du sculpteur a déjà fait l’objet de plusieurs publications, mais parfois d’après des documents trop partiels ou mal transcrits. Cette nouvelle édition critique de ses lettes corrigent les erreurs et les contresens passés et restitue à sa biographie des repères plus exacts. Cet ouvrage se veut donc un outil de référence pour les chercheurs mais se propose surtout de saisir au plus près le parcours professionnel et l’intimité de l’artiste. Il est agrémenté de nombreuses illustrations.
E.M.

Camille Claudel à Paul Claudel 1932-1933 ?(1)

Mon cher Paul,
Je dois me cacher pour t’écrire et je ne sais pas comment je ferai poster ma lettre. La femme de charge qui habituellement me rend ce service (contre graissage de patte !) est malade. Les autres me dénonceraient au directeur comme une criminelle. Car dis-toi bien, Paul, que ta soeur est en prison. En prison, et avec des folles qui hurlent toute la journée, font des grimaces, sont incapables d’articuler trois mots sensés. Voilà le traitement que, depuis vingt ans, on inflige à une innocente ; tant que Maman a vécu, je n’ai cessé de l’implorer de me sortir de là, de me mettre n’importe où, à l’hôpital, dans un couvent, mais pas chez les fous. Chaque fois, je me heurtais à un mur. A Villeneuve, paraît-il, c’était impossible. Pourquoi ? Je te donne en mille. Il aurait fallu engager une domestique pour me servir ! ! Comme si j’étais gâteuse, j’en ai froid dans le dos. Je comptais sur toi, mais je constate avec tristesse que tu te laisses toujours manoeuvrer par Berthelot et sa clique. Ils n’avaient qu’une hâte, ceux-là : que je quitte Paris pour sauter sur mon oeuvre, pour se faire des rentes à peu de frais. Et Rodin derrière eux, avec sa roulure. Je peux dire que tout a été bien manigancé et toi, pauvre naïf, ils t’ont mis dans leur jeu sans que tu t’en aperçoives. Toi et Louise et Maman et Papa. Tous. Moi, on m’a traitée comme une pestiférée. Ils m’espionnaient, ils envoyaient des gens pour me voler mes oeuvres ; à plusieurs reprises, je te l’ai écrit autrefois, ils ont essayé de m’empoisonner. Tu me dis, Dieu a pitié des affligés, Dieu est bon etc..., etc... Parlons-en de ton Dieu qui laisse pourrir une innocente au fond d’un asile. Je ne sais pas ce qui me retient de [...]

Note (1) Brouillon d’une lettre inachevée et sans date. On peut situer cette lettre après 1929, puisque Mme Claudel est décédée le 19 juin 1929, mais peu avant mars 1933 puisque Camille Claudel écrit : " Voilà le traitement que, depuis vingt ans, on afflige à une innocente. "