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Entretien avec Alain Mothe, Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition du 10 avril 2003

Couverture du livre Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise de Alain Mothe.

Alain Mothe a 54 ans. Ingénieur dans un bureau d’études, constructeur de lycées, de logements, de gymnases, de musées, etc., il est aussi "promeneur chercheur" en histoire de l’art, spécialiste de Pissarro, Cézanne, et Van Gogh.

Vous êtes l’auteur de l’ouvrage paru en 1987 sur Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise et de cette réédition réalisée à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance du peintre. Qu’apporte cette nouvelle version par rapport à la première ? Quelles nouvelles sources avez-vous mises au jour ?

Alain Mothe : L’occasion qui fait la parution de ce livre est effectivement celle que vous dites. Coïncidence fortuite pour moi, car je trouve étrange l’avidité à commémorer (inventer) des anniversaires de quelqu’un qui est mort à trente-sept ans presque ignoré. Le livre est d’abord une invitation à la promenade à travers des peintures - quelque soixante-dix oeuvres d’Auvers reproduites en couleurs - ; promenade également dans les paysages que Van Gogh a choisi de représenter, sur les lieux où il a choisi de vivre..., mais aussi de mourir. Ce qui compte en premier, ce sont donc les oeuvres, où il a mis sa peau. Ce qui compte aussi, c’est le combat pour l’art qui les pétrit. Je ne crois pas qu’une oeuvre transcende la " réalité " au point qu’elle se détacherait de la vie de son auteur. Or avec Vincent Van Gogh, nous avons la chance de disposer de la correspondance très fournie qu’il a échangée avec son frère Théo, où il se livre avec une profonde humanité. Encore faut-il pouvoir y accéder, et non se contenter de transcriptions altérées de manière intentionnelle. La première version du livre s’est appuyée sur ces sources authentiques. La présente actualisation est permise par la découverte récente de la dernière lettre que Théo a envoyée à son frère. J’ai été honoré d’être le premier autorisé à la publier dans sa langue originale, le français. Il y a peu également ont enfin été révélées - par la Fondation Van Gogh d’Amsterdam, et non par moi -, les lettres que Théo a échangées avec sa femme. Tous deux bien sûr parlent de Vincent, ce qui permet de mieux percevoir ce que furent ses derniers jours.

Vous structurez votre étude en trois grandes parties... quantité d’extraits de lettres, de témoignages permettent de situer le contexte pictural ? Certains passages de lettres ne figurent d’ailleurs pas dans la Correspondance complète...

Alain Mothe : Oui, Vincent tient un véritable journal intime à travers sa correspondance. Il s’y exprime beaucoup sur son travail de peintre qui fait sa vie : ses intentions, les difficultés de ses recherches, ses émotions... Ses lettres et celles qu’il reçoit constituent, avec ses oeuvres, le témoignage premier sur sa vie et sa création. Bien sûr, pour des raisons familiales que je crois bien compréhensibles, la publication ancienne de la Correspondance complète a expurgé le contenu et donc le sens de certaines de ses lettres. Mais depuis, le temps a passé. Ne vaut-il pas mieux pénétrer, malgré l’indélicatesse, l’intimité de Vincent, qui suscite tant de résonances humaines, que de se fourvoyer dans des conjectures ?

Pouvez-vous parler de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise, de sa peinture ?

Alain Mothe : Les oeuvres de Van Gogh à Auvers sont peu connues, excepté quelques-unes. Elles déroutent encore, tellement le regard qu’on leur porte est marqué par le drame final du suicide. Elles refléteraient le dérèglement mental du peintre, ou bien seraient des faux... En réalité, je crois qu’à force d’intensité dans le travail il atteint la plénitude de son art à Auvers, non par un renouvellement, mais par un accomplissement.

Quant au "soutien" du Docteur Gachet ?

Alain Mothe : Soutien ? Vincent et lui ne se sont rencontrés que de rares fois, une dizaine tout au plus, lors des soixante-dix jours qu’il a passés à Auvers. Et encore, je crois même - en tout cas rien ne prouve le contraire - qu’ils ne se sont plus vus pendant les dernières semaines, sauf le dernier jour. Soutien ? Oui ! si vous voulez dire que c’est grâce à Gachet et aux donations de ses enfants que l’on peut voir au musée d’Orsay des toiles de Vincent. L’Église d’Auvers, le Portrait du docteur Gachet, quels chefs-d’oeuvre !

Les derniers échanges épistolaires de Van Gogh et sa relation avec son frère Théo...

Alain Mothe : Les relations entre Vincent et Théo ? Il faudrait bien du temps et de la place pour en parler. Je me contenterai de citer Théo peu après le décès de Vincent : " Oh ! mère, il était tellement mon propre frère !". Oui ! je crois que Théo, marchand de tableaux, a vraiment, apporté, lui, tout son soutien à Vincent, en se battant éperdument pour l’aider à atteindre le " sommet de la colline ".