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Vincent van Gogh : Portrait, par Corinne Amar

édition du 10 avril 2003

Tableau huile de Vincent van Gogh ; Autoportrait.

"(...) Une grande toile installée sur son dos, il se mettait en route, puis il la divisait en autant de cases, au hasard des motifs ; le soir, il la rapportait pleine, et c’était comme un petit musée ambulant où toutes les émotions de sa journée étaient captées. Il y avait des bouts de Seine pleins de bateaux, des îles aux balançoires bleues, des restaurants pimpants aux stores multicolores, aux lauriers roses ; des coins de parc abandonnés ou des propriétés à vendre." Emile Vollard, préface à : Lettres à Vincent Van Gogh, pp10-11, Vollard 1911, Paris.

Fils et petit-fils de pasteur, Vincent Van Gogh naît le 30 mars 1853 dans un petit village du Brabant hollandais. Très tôt, c’est un enfant à part, farouche et solitaire, aux violences mal contenues, très proche de la nature et qui reste des heures à méditer dans les champs, étudiant les plantes, les moeurs des insectes, cherchant à capter le secret des choses. Il n’accepte pas ses frères et soeurs dans ses promenades, sauf parfois Théo, son cadet de quatre ans, déjà l’ami, le confident. A partir de 1869, il interrompt ses études et devient commis dans une galerie d’art, à La Haye. De plus en plus, il s’intéresse à tout ce qu’il voit, il lit beaucoup, notamment des livres de religion et des romans à fond social. En 1873, Théo entre à son tour dans la vie active, il est envoyé à Bruxelles, il a quinze ans à peine. L’intense correspondance épistolaire entre les deux frères est désormais commencée. Vincent s’efforce d’expliquer ses idées et ses goûts à son cadet, et de le faire participer à ses projets. Dès ce moment, ses lettres sont de longs monologues où, pour se faire comprendre, il s’explique à lui-même : cette correspondance fera plus de sept cents lettres publiées en 1911, traduites en français en 1960, constituant un témoignage et une prodigieuse documentation sur une ?uvre particulièrement fertile ; près de sept cent cinquante tableaux et mille six cent dessins. En 1876, après avoir été prédicateur dans un faubourg ouvrier de Londres, il entreprend des études de théologie à Amsterdam, mais consacre néanmoins beaucoup de temps à dessiner. En 1878, il s’installe dans la région minière du Borinage où il décide d’évangéliser les pauvres dont il partage les conditions précaires. C’est là, au début des années 1880, qu’il peint ses premières toiles, et qu’il découvre enfin sa voie. Il sera peintre et rien que peintre. C’est dans une lettre de juillet 1880, qu’il confie à Théo l’affreuse angoisse où il se trouve, ses luttes et en même temps sa radieuse espérance. L’appel est déchirant. Théo est convaincu et dès lors, et pour toujours se donne tout entier à son frère. Sombres et presque monochromes, les tableaux des débuts expriment avec rudesse la pauvreté et la misère des mineurs auxquels il s’attache. Très tôt, il lui apparaît pourquoi Millet le passionne : il ne peint pas les choses comme elles sont mais comme il les sent. Il peint des tisserands qui paraissent enchaînés au métier, nids d’oiseaux qui fermentent d’une vie mystérieuse, il peint les Mangeurs de pommes de terre, où les paysages exhibent des déformations caricaturales. L’année suivante, à Anvers, il découvre Rubens et les xylographes japonais. C’est leur technique qui le fascine : merveilleusement simple est la technique de Rubens ; simple comme le souffle. Puis à Paris, c’est à la fois celle des impressionnistes et néo-impressionnistes. Son style évolue, les couleurs s’éclaircissent. En février 1888, il descend s’installer à Arles. Là, il commence à employer, des touches courbes, tourbillonnantes, des couleurs pures. Il adopte le vermeil, le jaune très vif, le vert tendre, le rouge transparent du vin. Il peint frénétiquement. Cent quatre vingt dix toiles en un peu plus d’un an, presque une tous les deux jours. Il dit que la Provence est comme le Japon, et décrit ses propres toiles provençales en clef japonaise ; joie limpide du Pont d’Arles, abandon des nuits étoilées, panique exaltante des Tournesols... Mais Vincent est un déraciné que trop souvent côtoie le vertige de la démence, écartelé entre son être héréditaire, physique et l’être imaginaire qu’il porte en lui. Amour pour ce qui l’entoure, au point de comprendre que ce sont les arbres, les prés, les nuages, ses pauvres modèles qui lui donnent la sensation de vivre, mais aussi que leur réalité peut submerger celle de sa propre existence. Peindre pour survivre, en connaissant l’issue de la lutte ? Juillet 1890, Auvers-sur-Oise. Il exécute trois immenses étendues de blé sous des ciels bouleversés. Un vol de corbeaux se jette sur l’observateur avec agressivité. Désespoir insupportable. Dans la dernière lettre à Théo, celle qu’il portait sur lui le 29 juillet, le jour même où il se tire un coup de revolver, il écrit : mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a fondu à moitié (...).

Corinne Amar