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Gaston Maspero : Portrait, par Corinne Amar

édition du 15 mai 2003

Caricature de Maspero faitepar son fils Jean vers 1910.

Né en 1846 à Paris, d’un père italien réfugié en France, Gaston Maspero est naturalisé français très jeune. Elève surdoué, il se passionne vite pour les hiéroglyphes, l’arabe et le sanscrit. Dès 1869, il est chargé d’un enseignement sur l’histoire et la civilisation égyptienne, à l’École pratique des Hautes Études, et devient professeur au collège de France en 1874, recevant la chaire de philologie et antiquités égyptiennes ; il a à peine vingt-huit ans. Il n’a encore jamais mis les pieds en Égypte, et pourtant, à ses cours on se presse avec ferveur pour l’entendre parler d’histoire, de religion et de grammaire égyptiennes. Depuis longtemps, il collabore avec Auguste Mariette qui est le directeur du Service des Antiquités de l’Égypte et le fondateur du musée de Boulaq. C’est en 1881, qu’il découvre l’Égypte et s’y établira à la demande du gouvernement français pour prendre la succession de Mariette à la tête du service jusqu’en 1886. Poste prestigieux qu’il est heureux d’honorer. Il crée alors la Mission archéologique, qui deviendra en 1898 l’Institut français d’archéologie orientale. Pendant cette période, outre la rénovation et l’immense catalogage du musée alors situé à Boulaq, il dirige le dégagement des chambres funéraires des pyramides de Saqqarah, relevant une abondance de textes que Mariette croyait muets. Ses découvertes, réalisations et publications sont innombrables ; copiant les célèbres textes des pyramides, il en donne aussitôt une traduction. Il participe à la fameuse découverte des momies royales de Deir el-Bahari, organise la première prospection archéologique de la Nubie, entreprend de désensabler le Sphinx de Giseh et le temple de Louxor, procède à la consolidation de l’ensemble des temples impériaux de Karnak. Il revient en France, puis est envoyé à nouveau au Caire de 1899 à 1914. En 1914, après avoir assuré sa succession à la tête du service des antiquités, il démissionne et rentre en France pour se consacrer à des travaux personnels. Il écrit beaucoup. Qui aime l’Égypte lira Les carnets de voyages d’un savant en Égypte. Eternel amoureux de ses ruines, de ses paysages, de ses nuées, de ses poussières, Maspero voyage d’une ville à l’autre, consigne ses visions d’errant infatigable, s’intéresse aux Egyptiens en chair et en os. Ce pays, il l’étudie jusque dans ses couchers de soleil, ses couleurs, les intonations de sa langue qu’il maîtrise : Je voudrais rendre l’Égypte, à ceux qui l’ont vue et en donner la sensation à ceux qui ne la connaissent pas, écrit-il à propos d’un ouvrage en cours (21 mars 1886). Il est élu secrétaire perpétuel à l’Académie des Inscriptions et des Belles lettres. Fatigué par ses travaux en Égypte, frappé par la mort de l’un de ses fils à la guerre en février 1815, il meurt un an plus tard. L’archéologie égyptienne (1887) et Histoire ancienne des peuples d’orient (1894-99) lui permirent d’entrer à l’Académie française. On lui devra également la fondation de l’École française d’Archéologie du Caire.

Mais Gaston Maspero n’est pas seulement un scientifique complet, un savant exceptionnel et l’égyptologue qui aura contribué aux plus grands progrès de l’histoire de l’Égypte ancienne, c’est aussi un amoureux, un mari aimant et attentif qui, au moment où il se voit confier cette mission de partir pour l’Égypte vient tout juste de se remarier. Louise d’Estournelles de Constant a vingt deux ans, est la petite nièce de Benjamin Constant. Au Caire, les conditions pour le couple sont parfois difficiles, et il arrive que la jeune femme prolonge ses séjours en Europe pour des raisons de santé ou de maternité. C’est l’occasion entre eux d’une longue correspondance, fil relié pour toujours, qui ne tarira pas. Ces LETTRES D’ÉGYPTE, Correspondance avec Louise Maspero ( 1883-1914), Louise les avait soigneusement conservées. Gaston écrit deux, trois fois par semaine, quand Louise n’est pas là, raconte tout : de ce pays à un moment clé de son histoire, des fouilles archéologiques majeures qu’il entreprend, de la construction du Musée du Caire, de ses découvertes en Haute Égypte, de toutes les formes de la vie du Caire, de sa propre vie enfin ; l’histoire intime de son couple, construite sur l’affection et la complicité intellectuelle, les mille détails de la vie quotidienne ? Les lettres se découvrent, font voyager entre ruines et nuées, attachantes et d ’une grande sensibilité poétique tout autant qu’artistique.

Corinne Amar