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Olivier Adam : Portrait, par Corinne Amar

édition du 17 juillet 2003

Photo portrait d’Olivier Adam

Lalevade

(...) Il pleut sur la tonnelle
Notre chambre est à l’étage
De larges murs nous protègent de quoi
Je touche les arbres et mes doigts contre l’écorce
Tentent quelque chose
Comme une présence ou comment dire
Une sûreté des choses
Une manière d’existence
Une présence.

Lettre, Olivier Adam

Olivier Adam écrit des lettres, et l’une de ces lettres s’appelle Lalevade.
La première chose que je sais d’Olivier Adam, c’est qu’il connaît l’Ardèche, c’est qu’il aime l’Ardèche, c’est qu’il écrit ses lettres, comme des poèmes.
Il est né en 1974. Il dit avoir peu lu jusqu’au dernières années de lycée, bien que son père fût un féru de littérature. Il découvre les auteurs contemporains et se met à lire avec frénésie. Il commence à écrire de la poésie, quelques premiers romans non publiés, qu’il finit par envoyer. Le Dilettante édite son premier roman Je vais bien, ne t’en fais pas, en 2000.
Depuis, trois ont suivi, puis un quatrième ; La messe anniversaire, qui paraît en septembre.
Diplômé en gestion des entreprises culturelles, puis travaillant dans ce domaine, il dit encore se considérer comme un autodidacte de l’écrit. Ses personnages, dont il semble se sentir si proche (à tel point que le narrateur de On ira voir la mer, son premier roman pour la jeunesse, s’appelle Olivier comme lui), sont des êtres du réel, bousculés par les paradoxes humains, plus que sensibles à l’insécurité sociale.
"Les romans, dit-il, tentent généralement de nous faire croire au réel. Moi je rends compte de la fragmentation de nos vies, de notre incapacité à nous en saisir."
Dans Poids léger, Antoine, le narrateur est employé dans une maison de pompes funèbres. Il est croque-mort et boxer. Il supporte très mal sa condition, les fins de mois difficiles. Il trouve des échappatoires dans la boxe, parfois dans des tentatives d’aimer. Il frappe bien, mais il aime mal, incapable d’avoir prise sur la vie, l’ordinaire, insurmontable et pourtant banal, la pesanteur du passé familial, les problèmes réels, la précarité de tout : il n’arrive pas à sortir de l’enfance. Poids léger, demeuré en mal d’équilibre.
Ainsi, de roman en roman, se bâtissent, se régénèrent et se nouent les thèmes propres aux obsessions de leur auteur. Dans On ira voir la mer, ils sont là déjà tous, en filigrane ; la veine douloureuse de l’enfance, l’adolescence en révolte, ses ruptures, ses cris muets, happants. Récit à la première personne, où Olivier évoque la mort, puis le souvenir de Lorette, son amie depuis l’école primaire, sa soeur inséparable que la mort d’un frère jumeau à l’âge de trois mois hante, au point de vouloir à son tour disparaître, sans leur avoir laissé le temps de réaliser ce rêve commun dont ils se caressaient le corps ; aller voir la mer. Parce qu’il est des êtres dont la rage d’amour donne sur la mort, comme une fenêtre sur la cour...

Dans la salle d’attente, ça sentait l’Ajax. Par endroits, le carrelage était encore humide et la secrétaire se faisait les ongles. Mes yeux filaient sur le papier glacé d’un magazine, incapables de s’attacher à rien. Ma jambe tremblait et j’étais infoutu de la contrôler.

Les premières lignes de La messe anniversaire commencent ainsi.
Caroline n’existe plus. Elle était l’amie. Ils sont cinq, ils sont invités à la messe anniversaire de la jeune fille, morte, elle avait quinze ans, elle était à une fête. Le balcon, elle a basculé. Ils y étaient, ils ont vu. Chacun d’entre eux vient de recevoir par la poste un carton d’invitation frappé d’une petite croix grise. Ils vont se retrouver après un an de deuil.
Et parce qu’Olivier Adam affectionne la lettre et la correspondance, parce que la lettre, c’est aussi la vérité d’une voix, le concentré d’un fragment de vie, il est des lettres et des e-mails dans La messe anniversaire.

Lettre de Sophie

Mon ange,
Je t’écris et c’est idiot. C’est comme si j’étais folle. ça fait un an.
Un an jour pour jour que tu es morte et je me demande si je suis la seule à m’en souvenir.
Les autres je les vois de temps en temps, au lycée. Je les croise dans le parc. Parfois dans des soirées.
On se voit moins qu’avant. On a tous été éparpillés. Il y a trente classes de seconde. Et puis Marilou est à Calais maintenant.
Enfin, tu sais déjà tout ça
(...) (p.45).

La messe anniversaire ; à lire.

Corinne Amar