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Paul Gauguin : Portrait par Corinne Amar

édition du 31 juillet 2003

 

J’obtiens par des arrangements de lignes et de couleurs, avec le prétexte d’un sujet quelconque emprunté à la vie ou à la nature, des symboles, des harmonies... qui doivent faire penser, comme la musique fait penser....

Gauguin naît à Paris, en 1848, dans un milieu aisé, d’une mère issue d’une riche famille péruvienne et d’un père journaliste politique. Il a un an lorsque son père décide d’émigrer au Pérou avec toute sa famille, mais meurt tragiquement avant d’arriver à destination. Paul passe une partie de son enfance à Lima, dans sa famille maternelle. Il gardera jusqu’à la fin de sa vie le souvenir de cette enfance heureuse, brillante. A l’âge de huit ans, il retourne en France. Il est quelque peu dépaysé et ne maîtrise pas bien la langue française (il parlait espagnol). Plus tard, ce choc culturel le poussera en quête d’une enfance et d’un paradis perdus au Pérou.
A dix-sept ans, par besoin d’espaces et d’évasion, il s’engage dans la marine marchande et navigue dans le monde, en Amérique du Sud et aux Indes, de mers en ports. Six ans plus tard, il décide de rentrer à Paris. Son tuteur, Gustave Arosa, le fait entrer chez un agent de change. Arosa est un amateur d’art, collectionneur avisé qui s’intéresse aux impressionnistes et fait partager à Gauguin sa passion pour la peinture.
Il épouse une jeune Danoise, Mette Gad, avec qui il aura cinq enfants. Durant dix ans, il semble installé dans une vie prospère, bourgeoise, et une voie tracée. Il se met petit à petit à la peinture, et commence une collection de tableaux contemporains. Il rencontre Degas, Manet, Pissaro. Pissaro l’encourage, il fréquente le cénacle de la Nouvelle Athènes et expose avec les impressionnistes en 1881 et 1882. En 1883, la crise économique est l’occasion pour lui d’abandonner la finance et de se vouer totalement à la peinture. En constante recherche, il décide en 1886 de rejoindre le petit village breton de Pont-Aven où se rassemblent de nombreux peintres de l’époque. Il y élabore le synthétisme et le cloisonnisme, qui est une technique picturale inspirée du vitrail et des estampes japonaises, reposant sur la séparation des couleurs par une ligne continue. Il y découvre aussi la sculpture sur bois et la céramique. Un an plus tard, il est complètement démuni, " je reste parfois trois jours sans manger " écrit-il à sa femme dont il s’est séparé et qui vit désormais au Danemark avec ses enfants.
Il fait un séjour à Arles où Vincent Van Gogh s’est installé. Ils peignent ensemble, discutent de théories artistiques, mais très vite la tension entre ces deux tempéraments orageux devient intolérable, et Gauguin rentre à Paris, après l’altercation qui se termine par l’oreille coupée de Van Gogh.
De retour à Pont-Aven, il travaille avec Emile Bernard. Son style change. Il retravaille les aplats, les contours, les couleurs pures, les formes simplifiées, la lumière sans ombre visant à agrandir les choses de la vie jusqu’au mythe. La Bretagne l’inspire. " J’aime la Bretagne, j’y trouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur le sol de granit, j’entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture. ". Et pourtant...
Il a gardé la nostalgie des pays lointains, il rêve d’aller à Tahiti, " vivre là, d’extase, de calme et d’art... ". L’île où il va trouver la plus grande inspiration de son existence. L’île des crépuscules violets, des vahinés belles comme des tanagras, ces figurines en terre cuite et tellement libres de leur corps. Il se décide à partir en 1891. Il reviendra en France en 1893 pour organiser une exposition sans grand succès. Après un dernier séjour à Pont-Aven en 1894, il s’embarque à nouveau pour Tahiti après avoir vendu ses oeuvres aux enchères. Mais, là-bas, seul, souffrant d’une maladie douloureuse, obsédé par des questions métaphysiques sans réponse, vidé de tout désir, en lutte contre le manque d’argent, les vexations administratives, il tente, en 1898, de se suicider.
Mais vivre est une création continuelle. Un sursaut lui fait résumer ses idées dans un ultime grand tableau, long de près de quatre mètres D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?. Il se remet à travailler, dans une misère inimaginable, irrité par le quotidien de la vie coloniale, exaspéré par ce qui ne lui permet pas d’accéder à cette " vie idéale " dont il rêve depuis des années et qu’il croit très proche. Il quitte Tahiti pour les Marquises en 1901, il croit avoir trouvé le paradis qu’il cherche en débarquant à Atuana.
Il est épuisé. Il est dévoré par la maladie, et de plus, exposé aux tracasseries des autorités coloniales à cause de son acharnement à vouloir défendre les indigènes. Il est usé.
Le paradis est un peu plus loin ?
Il meurt le 8 mai 1903 dans sa case à Atuana dans l’île de Hiva Oa aux Marquises. Des années plus tard, Jacques Brel sera inhumé à ses côtés.

Corinne Amar

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