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Sur les Lettres à André FontainasPar Corinne Amar

édition du 31 juillet 2003

 

Couverture du livre Lettres à André Fontainas de Paul Gauguin.

Paul Gauguin, Lettres à André Fontainas.
Note limilaire de Patrice Contensin.
© L’Échoppe, 1994.

En 1897, lors de son deuxième séjour à Tahiti, Gauguin entreprend de peindre un grand tableau qu’il envisageait comme son testament pictural. "Alors j’ai voulu avant de mourir peindre une grande toile que j’avais en tête, et durant tout le mois j’ai travaillé jour et nuit dans une fièvre inouïe. Dame, ce n’est pas une toile faite comme un Puvis de Chavannes, étude d’après nature, puis carton préparatoire", etc..., écrivait-il à son grand ami Daniel de Monfreid, poursuivant en ces termes : "Tout cela est fait de chic, du bout de la brosse, sur une toile à sac pleine de noeuds et de rugosités, aussi l’aspect en est terriblement fruste". En haut, à gauche du tableau, dans un large aplat de couleur jaune vif, il inscrivait : " D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? " , signant ainsi l’un de ses plus grands chefs-d’oeuvre.

A cette même époque, le poète symboliste André Fontainas (1865-1948) collabore depuis près de neuf ans au Mercure de France où il assure, entre autres, la chronique des expositions. Gauguin est toujours à Tahiti, mais ils se sont rencontrés dans le salon de Mallarmé, à Paris. Après avoir vu à Paris, à la galerie Vollard, l’exposition Paul Gauguin (17 novembre - 10 décembre 1898), Fontainas lui consacre quatre pages dans sa chronique Art moderne de janvier 1899, où il émet un avis critique. Loin de lui en vouloir, Gauguin qui est abonné au Mercure de France et a reçu avec un certain retard la revue, est touché et lui écrit une longue lettre. Un échange se poursuit entre le poète critique d’art et le peintre. Les lettres envoyées par Fontainas malheureusement n’existent plus, mais celles de Gauguin, peu nombreuses, écrites peu avant sa mort et portant sur ce qui était essentiel à ses yeux, ont fait l’objet d’un petit ouvrage délicat, à la couverture vert d’eau, publié il y a une dizaine d’années aux éditions de l’Echoppe.
En plus de ces quatre lettres, écrites entre mars 1899 et septembre 1902, - correspondance pathétique, alors que Gauguin espère vainement voir ses textes paraître dans le Mercure de France, qu’il lui confie finalement la responsabilité de faire éditer son manuscrit d’Avant et Après à compte d’auteur, qu’il meurt trois mois plus tard -, l’Echoppe publie aussi la chronique de Fontainas sur l’exposition Gauguin, ainsi qu’une note de lui sur Victor Segalen (Segalen, l’écrivain, le voyageur qui était médecin de la marine, arrive en août 1903 aux Marquises et visite les lieux où a vécu Gauguin quatre mois seulement après sa mort. Plus tard, à Papeete, dans une vente publique où sont dispersés tous les effets de Gauguin, il achètera un ensemble de toiles, bois sculptés, dessins, gravures et albums du peintre).
Courte, dense, cette lecture, ultime visage de Gauguin, est précieuse et heureuse à lire.

Corinne Amar

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