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Lettres choisies : Paul Gauguin

édition du 31 juillet 2003

 

Couverture d’un ouvrage consacré à Paul Gauguin.

Un extrait de la chronique d’André Fontainas sur l’exposition Gauguin et une lettre de Gauguin à André Fontainas tirés de l’ouvrage Paul Gauguin, Lettres à André Fontainas publié en 1994 à L’Échoppe, des passages de la correspondance de Gauguin extraites de Paul Gauguin (1848-1903), éditions d’art Somogy, qui va paraître en octobre prochain (2003).

Extrait de la chronique d’André Fontainas sur l’exposition Gauguin

Paul Gauguin, Lettres à André Fontainas. © L’Échoppe, 1994. [Pages 42-43]

Mercure de France, janvier 1899

(...) Je n’aime pas beaucoup l’art de M. Paul Gauguin. Longtemps je m’en suis détourné, j’en ai parlé d’un ton badin un peu prompt, je ne le connaissais guère. Cette fois, j’ai avec soin examiné les quelques toiles récentes qui sont exposées dans la boutique de M.Vollard, rue Laffitte ; et si mon sentiment s’en est, très peu modifié, j’ai du moins senti naître et s’affirmer en moi une estime sûre et profonde pour l’ ?uvre grave, réfléchie, sincère du peintre. J’ai cherché à comprendre ; j’ai, je crois, pénétré quelques-uns de ses mobiles ou de ses désirs, je me suis surpris à les commenter et à les discuter, enthousiaste de plusieurs, en rejetant quelques autres. En tous cas, je n’ai jamais été transporté, ni ému, même après cette étude appliquée, comme je me souviens l’avoir été par certains autres artistes, j’ai cherché à ma froideur des motifs, et je pense les avoir découverts. (...)


Lettres de Gauguin à André Fontainas. [© L’Échoppe, 1994. Pages 11,12,13,14 ]

Tahiti, mars 1899

Monsieur Fontainas, Mercure de France, n°de janvier, deux articles intéressants : Rembrandt, Galerie Vollard. Dans ce dernier il est question de moi ; malgré votre répugnance vous avez voulu étudier l’art ou plutôt l’ ?uvre d’un artiste qui ne vous émotionne, en parler avec intégrité. Fait rare dans la critique coutumière. J’ai toujours pensé qu’il était du devoir d’un peintre de ne jamais répondre aux critiques même injurieuses - surtout celles-là ; non plus à celles élogieuses- souvent l’amitié les guide. Sans me départir de ma réserve habituelle, j’ai cette fois une folle envie de vous écrire, un caprice si vous voulez, et comme tous les passionnels je sais peu résister. Ce n’est point une réponse, puisque personnelle, mais une simple causerie d’art : votre article y invite, la suscite. (...)Violence, monotonie de tons, couleurs arbitraires, etc. Oui, tout cela doit exister, existe. Parfois, cependant, volontaires - ces répétitions de tons, d’accords monotones, au sens musical de la couleur, n’auraient-elles pas une analogie avec ces mélopées orientales chantées d’une voix aigre : accompagnement des notes vibrantes qui les avoisinent, les enrichissant par opposition. Beethoven en use fréquemment (j’ai cru le comprendre) - dans la sonate pathétique par exemple. Delacroix avec ses accords répétés de marron et de violets sourd, manteau sombre vous suggérant le drame. Vous allez souvent au Louvre ; pensant à ce que je dis, regardez attentivement Cimabue. Pensez aussi à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est vibration de même que la musique est à même d’atteindre ce qu’il y a de plus général et partant de plus vague dans la nature : sa force intérieure. Ici, près de ma case, au plein silence, je rêve à des harmonies violentes dans les parfums naturels qui me grisent (...)


Correspondances de Paul Gauguin extraites de l’ouvrage Paul Gauguin (1848-1903) © Somogy éditions d’art, octobre 2003. A sa femme, Saint-Pierre, 20 juin 1887

Ma chère Mette, Je t’écris cette fois de la Martinique et je comptais y aller bien plus tard. Voilà bien longtemps que la mauvaise chance est contre moi et je ne fais pas ce que je veux. Il y avait quinze jours que je travaillais à la Société quand il est venu des ordres de Paris de suspendre beaucoup de travail et dans la même journée on a renvoyé quatre-vingt-dix employés, et ainsi de suite, naturellement j’ai passé dans la liste comme nouveau venu. J’ai pris ma malle et je suis parti ici. Ce n’est pas un mal. Laval venait d’être pris d’une attaque de fièvre jaune que j’ai coupée heureusement avec l’homéopathie. Enfin tout est bien qui finit bien. Actuellement nous sommes installés dans une case à nègres et c’est un paradis à côté de l’isthme. Au-dessous de nous la mer brodée de cocotiers, au-dessus des arbres fruitiers de toutes espèces à vingt-cinq minutes de la ville. (...)


Lettre à Emile Schuffenecker, [Quimperlé, 8 octobre 1888].

J’ai fait un portrait de moi pour Vincent qui me l’avait demandé. C’est je crois une de mes meilleures choses : absolument incompréhensible (par exemple) tellement il est abstrait. Tête de bandit au premier abord, un Jean Valjean (Les Misérables) (...).


A Emile Bernard, [Arles, 1888].

C’est drôle, Vincent voit ici du Daumier à faire, moi au contraire je vois du Puvis coloré à faire, mélangé de Japon. Les femmes sont ici, avec leur coiffure, élégantes, leur beauté grecque, leurs châles formant plis comme les primitifs, sont, dis-je, des défilés grecs. La fille qui passe dans la rue est aussi dame que n’importe quelle autre et d’une apparence aussi vierge que la Junon. En tout cas il y a ici une source de beau style moderne.


A Emile Bernard, [Le Pouldu, août 1889].

Je vous croyais à Paris et vous êtes à Saint-Briac par ordre de votre père en tant qu’il vous est défendu de venir à Pont-Aven. Vous ne perdez pas grand-chose en ce sens que Pont-Aven est plein de monde étranger abominable. Heureusement que j’ai un atelier aux Avains où je peux me retirer à l’abri. En outre, je suis depuis un mois au Pouldu avec de Haan ; c’est pourquoi je suis resté dans un marasme épouvantable de tristesse et dans des travaux qui demandaient un certain temps pour aboutir, j’éprouve le plaisir non d’aller plus loin dans ce que j’ai préparé autrefois, mais de trouver quelques chose de plus. (...) Ce que je désire c’est un coin de moi-même encore inconnu. (...)


A Daniel de Monfreid, 11 mars 1892.

Ma vie est maintenant celle d’un sauvage le corps nu sauf l’essentiel que les femmes n’aiment pas voir (disent-elles). Je travaille de plus en plus mais jusqu’à présent des études seulement ou plutôt des documents qui s’accumulent - S’ils ne me servent pas plus tard ils serviront aux autres. J’ai fait pourtant un tableau, une toile de 50. Un ange aux ailes jaunes indique à deux femmes tahitiennes Marie et Jésus tahitiens aussi - du nu vêtu du paréo, espèce de cotonnade à fleurs qui s’attache comme on veut à la ceinture. Fond de montagne très sombre et arbres à fleurs - Chemin violet foncé et premier plan vert émeraude ; à gauche des bananes - J’en suis assez content -.

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