Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Lettres d’aveux

édition du 25 septembre 2003

 

Couverture de l’ouvrage Lettres d’aveux, Colette Fellous.

Extraits de Lettres tirés de l’ouvrage Lettres d’aveux, Pocket / Les Correspondances de Manosque 2003

Colette Fellous Ce matin d’octobre

(...)oui, je me précipite vers toi qui n’est plus là et je voudrais profiter de la vitesse de cette floraison, de la crudité de cette lumière d’été pour te parler enfin, t’expliquer, te raconter comment ça s’est passé et pourquoi je n’ai rien pu dire à personne jusqu’ici. J’écris cette lettre en somnambule et je repense à la terre rouge qui t’a vu naître, à toutes ces secondes qui se sont faufilées dans l’espace depuis que tu m’a quittée, ces secondes de rien, que j’ai recouvertes par désarroi de musiques et de bruits d’herbes brûlées, je repense à ta voix, à ta façon éraillée de parler le français, de chanter des chansons siciliennes, de déguiser des airs d’Othello ou de Rigoletto, j’écris cette lettre en me cachant le visage, tout est de ma faute, petit père, tout est de ma faute c’est vrai, je n’aurais jamais cru que les mots pouvaient blesser à ce point, je croyais au contraire qu’ils n’étaient que délivrance et liberté, mais toi tu as compris autrement les choses, tout est de ma faute car nous n’étions pas du même milieu, petit père, même si c’est toi qui m’a conçue, même si c’est toi que j’aimerai toute ma vie jusqu’au ciel, jusqu’au vertige du ciel je veux dire. Tu vois, j’ai entouré de rouge ce jour d’octobre 1982 et je l’ai rangé dans une pochette de satin blanc, de la couleur des chaussons que tu m’avais achetés pour mes douze ans, quand je devais danser la danse d’Anitra, l’odeur de résine est encore là, au bord de la scène, qui attend. Toi, tu as emporté notre secret dans ton sommeil. J’ai choisi le silence moi aussi. Comment avoué qu’on a tué son père ? Qui pourrait le croire ? Mais notre amour était si pudique, si fragile, si mystérieux. Et si lumineux que je ne voulais pas le trahir. (...) C’était mon roman d’apprentissage, je le voulais libre, insolent, découpé dans la chaleur d’une ville que je ne connaissais même pas et surtout dans la nudité des corps. (...)


Jacques Tournier Le Patchwork

Derniers titres parus : A l’intérieur du chien (Grasset) A la recherche de Carson Mac Cullers (Calmann Levy) Le dernier des Mozart (Calmann Levy) Des persiennes vert perroquet (Calmann Levy)

Dans un mouvement inconscient, un renversement de ses souvenirs, je l’ai vue revenir vers ses années heureuses, vers le seul homme qu’elle ait aimé. J’ai accompagné ce renversement avec prudence, avec patience, et ce qu’il fallait de mensonge pour qu’elle ne soit jamais blessée. Car elle n’était plus avec nous. Ce qu’elle voyait de sa fenêtre, ce n’était plus la cour, la grille, le boulevard, mais les quais de Toulon, le port, l’Arsenal. et moi-même, j’ai mis longtemps à le comprendre, je n’étais plus moi. J’étais lui. " Comment était la mer, ce matin ? " me demandait-elle lorsque j’arrivais. Je répondais : "très calme".

Jacques Tournier Le Patchwork

Derniers titres parus : A l’intérieur du chien (Grasset) A la recherche de Carson Mac Cullers (Calmann Levy) Le dernier des Mozart (Calmann Levy) Des persiennes vert perroquet (Calmann Levy)

Dans un mouvement inconscient, un renversement de ses souvenirs, je l’ai vue revenir vers ses années heureuses, vers le seul homme qu’elle ait aimé. J’ai accompagné ce renversement avec prudence, avec patience, et ce qu’il fallait de mensonge pour qu’elle ne soit jamais blessée. Car elle n’était plus avec nous. Ce qu’elle voyait de sa fenêtre, ce n’était plus la cour, la grille, le boulevard, mais les quais de Toulon, le port, l’Arsenal. et moi-même, j’ai mis longtemps à le comprendre, je n’étais plus moi. J’étais lui. " Comment était la mer, ce matin ? " me demandait-elle lorsque j’arrivais. Je répondais : "très calme".


Frédéric Yves Jeannet Saison sèche

Derniers titres parus : La lumière naturelle (Galilée) Si loin de nulle part (Le Castor Astral) Charité (Flammarion) Cyclone (Le Castor Astral)

Au fil de l’été 2002 j’ai tenu une sorte de journal dont toutes les entrées concernaient l’écriture, ou plutôt son envers, son absentement, l’impuissance d’écrire que l’écriture elle-même permet seule de surmonter. Étrange paradoxe : c’est encore écrire qui nous sauve de ne pas, ne plus savoir le faire, et permet de poursuivre malgré tout cette recherche où il en va de la vie même.

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite