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August Strindberg : Portrait, par Corinne Amar

édition du 30 octobre 2003

Photo portrait d’August Strindberg.

L’auteur dramatique et écrivain suédois August Strindberg naît à Stockholm en 1849. Personnalité extrême aux jugements acerbes, pétrie de toutes les contradictions, Strindberg portera sur son temps, ses modes, ses mouvements artistiques et ses choix politiques un jugement sévère, souvent méprisant. Si en France, on a tendance à ne voir en Strindberg que l’immense auteur dramatique de Mademoiselle Julie, ou Le Songe, on oublie qu’il est peu de genres littéraires auxquels il ne se soit pas essayé. Sait-on qu’il fut aussi poète, peintre et photographe ? qu’il se passionna pour les sciences comme pour l’alchimie ? Vie compliquée, oeuvre multiple et gigantesque : en France comme dans de nombreux pays, la fascination qu’exerce son théâtre, l’ensemble de ses écrits - romans, articles, essais littéraires et scientifiques, pièces de théâtre, correspondances ? - influencera la littérature mondiale (on pense à Kafka, Adamov, Pirandello), et le placera au niveau des plus grands. Fils d’un commissionnaire maritime relativement aisé, Strindberg apparaît d’abord comme un enfant très sensible, puis comme un jeune homme romantique et révolté, facilement provoquant. Individualiste épris d’absolu, tour à tour influencé par la pensée de Zola, Rousseau, Kierkegaard, Nietzsche, il ne veut se soumettre ni aux études universitaires ni à l’apprentissage du métier de comédien qui l’attire. Il décide qu’il sera lui-même auteur dramatique. Il écrit ses premières pièces, mais les débuts sont difficiles (1872, Maître Olof). Il fait la connaissance du baron Wrangel, capitaine de la Garde et de sa femme Siri von Essen. Aussi éprise de théâtre que lui, elle rêve d’une carrière de comédienne et divorce pour l’épouser, en 1877. Elle jouera les pièces qu’il va écrire pour elle. Son premier succès, Strindberg le remporte grâce à un roman, La Chambre Rouge (1879), qui décrit le milieu d’artistes, d’écrivains et de journalistes A trente ans, il est auteur à succès et se voit joué, publié. Il arrive en France en 1883, pour échapper aux polémiques auxquelles il a contribué avec son pamphlet Le Nouveau Royaume (1882), écrit beaucoup ; articles, essais, nouvelles, quatre romans autobiographiques qui portent ensemble le titre du premier d’entre eux, Le Fils de la servante (1886). Il revient au théâtre avec une série de pièces contemporaines dont les plus célèbres sont Père (1887) et Mademoiselle Julie (1888) qui est l’une des pièces les plus complexes dans l’approche psychologique des personnages chargés d’ambiguité et d’hésitations : le drame qui va lier Julie, l’aristocrate et Jean, le domestique de son père, ne se résout pas dans la seule analyse sociale. A l’opposition de classes se mêle celle des sexes et, plus profonde encore celle que chacun se livre à lui-même dans la contradiction de ses désirs. Le ménage Strindberg se défait en 1887, après dix ans de mariage. Strindberg écrit en français le roman de son premier mariage Le plaidoyer d’un fou. Dix ans plus tard, il écrit en français, un second texte Inferno, qui retrace son existence paranoïaque aux allures d’enfer sur terre. Né d’un amour ancillaire, l’écrivain est persuadé d’être condamné à la démence par le fait même d’être venu sur terre pour y mourir. L’achat d’une chemise lui fait entrevoir le linceul à venir. Au cours de son auto analyse, il ne cesse de radioscoper les mouvements de son âme. Son récit retrace les visions successives d’une victime des syndromes de la persécution. Il devient adepte de l’occultisme, en proie aux puissances qui se manifestent à lui. Après son divorce, il quitte sa patrie pour Berlin, mais il a pratiquement cessé d’écrire. Il rencontre la jeune journaliste Frida Uhl. Secondes noces, alors qu’à Paris, se joue avec succès sa pièce Créanciers. Mais le naturaliste et symboliste devient invivable dès qu’il a une relation amoureuse. A Frida Uhl, succédera la toute jeune Harriet Bosse, dont il divorcera encore. Ses trois mariages successifs révèlent sa misogynie qui augmente, au fur et à mesure qu’il combat sa peur des femmes. Strindberg, tout au long de sa vie passe par des phases d’athéisme, de mysticisme d’humanisme lucide. Quand on a vingt ans, on pense avoir résolu l’énigme du monde ; à trente, on commence à réfléchir sur elle et à quarante, on découvre qu’elle est insoluble. Strindberg meurt en 1912. Il a soixante-trois ans.

Corinne Amar