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Lettres choisies
Paul Éluard & Jean Paulhan

éditions du 25 décembre 2003

 

lettre de  Paul Eluard à Jean Paulha écrite sur une Couverture de livre

Lettre (51) de Paul Éluard à Jean Paulhan écrite sur la page de couverture (recto-verso) d’un exemplaire de Les Animaux et leurs hommes.

(octobre 1921) A vienne, nous nous sommes fâchés avec A.B. et sa jeune femme. Au diable au vent ! Tzara est à Paris (...) D.R. Archives J. Paulhan / Imec.

Lettre 1 : Jean Paulhan à Paul Éluard

Ce 17 janvier [1919],

Je ne pense pas tout à fait, avec notre ami commun, Monsieur Ozenfant, que la beauté est au commencement ou bien à la fin de l’art. Elle me semble un accident, comparée à ce sentiment - qui n’est pas la réalité, ni l’idéal, ni... mais seulement une présence, et cette sorte d’anxiété qui l’accompagne. Je le trouve dans votre livre. Je l’avais éprouvé déjà en lisant " un seul être ", je ne savais pas alors que vous étiez près de m’envoyer Le " Devoir et l’inquiétude " : j’ai été charmé de cette réponse à une demande que je n’aurais peut-être pas faite. Puis-je vous demander votre adresse et désirez-vous recevoir ce " guerrier appliqué " ? J’espère vous connaître, très vivement.

Jean Paulhan Interprète Group[emen]t malgache Caserne Reffye. Tarbes


Lettre 13 : Paul Éluard à Jean Paulhan

St Cyr le 17 mars 1919

Mon cher ami,

Pourquoi connaître mon prénom ? Ma fille c’est Cécile, ma femme c’est Gala, Grindel c’est Eugène. Éluard, c’est mon arrière grand-père. Je vous attends samedi pour déjeuner : 14, rue Jacques Boyceau, 3ème étage. J’aurai mon après-midi, libre avec vous jusqu’au soir. Le soir, Uriet viendra peut-être. Je lui écris. Je suis las . Notre tâche est pénible. Et je ne puis dire que si peu de mots. Toujours cette tristesse, cette phrase de Nietzsche que je ne peux mettre qu’à la dernière page : " Hélas ! hélas ! Le monde est profond. " J’ai vu Ozenfand. Il me fatigue. Je ne serai jamais sien. Qu’il réalise ! Il a un projet : une grosse revue et pense à nous deux pour la partie littéraire. J’espère qu’il ne faut pas tant d’argent qu’il le dit pour éditer une petite revue. Nous pouvons commencer avec une feuille pliée : 8 pages. L ’argent viendra. Et nous n’aurons que ce que nous considérons comme suffisant.

Les Russes ne font que découvrir l’homme. Nous, nous découvrons le langage et nous inventons l’homme.

Nous comptons sur vous : samedi à midi. Je vous tends les mains, Éluard.


Lettre 69 : Paul Éluard à Jean Paulhan

17. 2. 37

c’est bien dommage que tu n’indiques pas que ces poèmes illustrent des dessins de Man Ray. Tu leur donneras un aspect insolite qu’ils n’ont pas en réalité. Ce n’est pas écrire un poème de circonstance que de partir d’un mot (le titre du dessin). A ce prix-là, les collages de Max Ernst pour Répétitions étaient des illustrations littérales. Non, voyons. Le dessin de Man Ray pour la " Marseillaise " représente une femme nue qui se laisse pendre du pont transbordeur de Marseille. " Le sablier compte-fils ", c’est une femme couchée liée par la taille à un grand compte-fils. Etc... Est-ce qu’un poème ne part pas toujours de quelque chose de concret, qu’on le sache ou non ? Etre près d’une chose ne signifie pas la reproduire, etc... Enfin, je te laisse libre. Ton Paul Éluard

As-tu l’adresse de Ponge ? Je suis très curieux de ce qu’il écrit.


Lettre 126 : Jean Paulhan à Paul Éluard

NRF

Dimanche 1er octobre 44

Cher Paul,

" Ni juges, ni mouchards ", c’est un principe que nous avions adopté, un jour, chez Edith Thomas. Moi, il me satisfaisait. Je le rappelle. Là-dessus le comité décide à l’unanimité (il me semble) d’être plus juge que jamais : plus méticuleusement, plus scrupuleusement. On adjoint Marcel à la commission. Ce n’est pas tout : comme pour me désavouer devant Marcel, on prend là-dessus une seconde décision : la décision d’être plus dénonciateur que jamais : plus énergiquement, plus fortement. On ira jusqu’au Ministre. Que ceux-tu que je fiche dans un Comité où je suis seul de mon avis ?

Ne me réponds pas que nous avons nos victimes, qu’il y a eu de notre côté d’horribles souffrances. Je le sais comme toi. Je sais aussi que cela n’a aucune espèce de rapport avec la question dont il s’agit. Il s’agit de savoir si l’honneur d’un écrivain lui permet, lui ordonne de dénoncer d’autres écrivains. Moi, je ne crois pas. C’est tout.

Bien cher Paul, j’ai un peu le sentiment que ce que je te dis est très naïf, très naturel ; que tu le dirais comme moi, si tu n’étais possédé - comme tu l’as été jadis par le surréalisme - par le communisme, et par les devoirs qu’il te dicte, du dehors. Peut-être as-tu raison, peut-être faut-il ainsi s’abandonner, dans les moments de grand désespoir, de grand espoir ? Pourtant, je ne le crois pas tout à fait.

Voici ce qui simplifie tout. Je continue à souffrir d’une grande dépression nerveuse. Le médecin m’oblige à quitter Paris. J’aurai donc toutes les raisons (entre lesquelles nos amis choisiront) de manquer les prochaines séances. Je t’embrasse.

Jean

Tu me demanderas : " Mais quel est donc le rôle d’un Comité d’écrivains ? " Je te dirais, si je n’avais pas peur de te fâcher : par exemple, de ramener les égarés, de les convaincre, de les gagner à la vérité...

© Éditions Claire Paulhan

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