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Ignace de Loyola : Portrait, par Corinne Amar

édition du 26 février 2004

Peinture du portrait d’Ignace de Loyola.

Ignace de Loyola (1491-1556)

"Jésuite : membre de la Compagnie (ou Société ) de Jésus, ordre fondé en 1534 par Ignace de Loyola" , commence le Petit Robert. Et d’ajouter aussitôt après la définition ; "péj. Personne qui recourt à des astuces hypocrites". Histoire et légende. Cela nous donne le ton du débat qui aura fait rage pendant des siècles : d’une part, un ordre religieux né au temps de la Réforme, qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du catholicisme ; d’autre part, une sorte d’hydre vouée à la conquête des esprits au bénéfice de Rome, par tous les moyens. Peu d’aventures collectives auront marqué notre civilisation aussi puissamment que celle de la Compagnie de Jésus, traversant près d’un demi millénaire, déployée sur l’ensemble de la planète, auréolée de vrais et de faux mystères, de soupçons et d’intrigues, et portée par une foi et une énergie incroyables. Réformateurs tenus en suspicion par l’Inquisition, évangélisateurs intrépides du Levant, du Japon, de la Chine, ou du Vietnam, réalisateurs d’utopie au Paraguay, agents universels du papisme, confesseurs des princes, ennemis des jansénistes, éducateurs des "élites", les jésuites ont incarné, à travers les siècles, un christianisme adapté au monde, ouvert à la science profane et audacieusement engagé dans le débat politique, pour le meilleur et pour le pire. Ignace de Loyola - de son vrai nom, Inigo de Loyola - est né en 1491, en Espagne, dans une famille de la petite noblesse basque. Jeune homme d’abord jouisseur des plaisirs de la vie, il est aussi un militaire ambitieux, et sa vocation religieuse sera tardive. Jusqu’à la vingt- sixième année de sa vie, comme il le dit lui-même, dans son Autobiographie, il fut un homme adonné aux vanités du monde et principalement il se délectait dans l’exercice des armes avec un grand et vain désir de gagner de l’honneur. (cité par Jean Lacouture, Jésuites, éd. Seuil , 1991, p. 14). En 1521, au siège de Pampelune, il est blessé lors des combats, et sa jambe est brisée par un boulet français. Il est mal soigné, et toute sa vie sera affligé d’une claudication. Sur son lit de malade, il lit La vie du Christ et La légende dorée. Il rêve de se rendre pieds nus jusqu’à Jérusalem. Chez les Bénédictins, il enfile la bure. IL mendie, se laisse pousser cheveux et ongles. A partir de ce moment-là, et pendant treize ans, il va parcourir le monde comme "pèlerin de Dieu". D’abord, il mène une vie d’ermite de 1522 à 1523. Un jour, sur le chemin qui domine un torrent, il a une illumination. Il réfléchit et écrit. Ce sera la première ébauche écrite de ses Exercices spirituels. En 1523 toujours, il se rend à Jérusalem, puis fréquente les universités espagnoles d’Alcala, Salamanque, et celle de Paris. En France, Ignace de Loyola regroupe autour de lui des étudiants de qualité, issus d’horizons divers, comme Pierre Favre, François -Xavier, Jacques Lainez. Bientôt, les nouveaux amis décident de ne plus se séparer et s’engagent, par le voeu de Montmartre du 15 août 1534, à demeurer pauvres et chastes, se donnent pour tâche l’instruction des enfants et des pauvres et jurent une obéissance spéciale au Pape, dans le cadre des missions qui pourraient leur être confiées. Le 25 mars 1535, direction Jérusalem, via Venise. Mais ils ne peuvent embarquer, car aucun bateau ne quitte Venise. Ils décident alors de se retrouver tous à Rome. Sur le chemin, ils prennent pour nom La Compagnie de Jésus. Ignace de Loyola est ordonné prêtre à Venise en 1537. En 1539, il écrit la Formula instituti, dont la création est acceptée par le pape Paul III, en Septembre 1540. C’est le début d’une aventure spirituelle autant qu’humaine, qui va compter dans l’histoire de l’Église. Elle coïncide en effet avec les découvertes des autres continents, et en particulier l’Amérique et l’Asie. Les Jésuites seront souvent les premiers à mettre le pied sur des terrains hostiles. Ad majorem dei gloriam ; "Pour la plus grande gloire de Dieu" est la devise des Jésuites : la Compagnie se place sous les ordres du Pape et ses membres peuvent donc être envoyés partout, "chez les Turcs ou tous les autres infidèles, même dans les Indes, soit vers les hérétiques et les schismatiques, ou vers les fidèles quelconques". Cette idée de disponibilité à la mission confiée par Dieu s’accompagne comme dans la pensée ignacienne de la volonté de faire de celle-ci et de son succès le signe de la présence et de la gloire de Dieu sur terre. L’Ordre des Jésuites semble indissociable de l’idée de mission. Un des thèmes récurrents de l’Autobiographie, d’Ignace de Loyola est celui de l’enseignement des âmes. Volonté présente dans toutes les actions du Pèlerin (ainsi qu’il se désigne lui-même), qui la met en pratique dans toutes les villes qu’il traverse . Ce devoir d’aider son prochain passe notamment par l’insistance mise sur les vices et les sept vertus, qui doit permettre le salut des âmes et la conversion des pêcheurs. Cette mission s’accompagne d’une autre constante dans la pensée d’Ignace : la nécessité de se laisser guider par l’intention de Dieu, de voir Dieu dans toutes les circonstances de la vie. Enfin, le fondateur de La Compagnie de Jésus se veut aussi le signe de la présence du Christ dans le monde ; par l’humilité, la pauvreté, l’enseignement, Ignace veut se rapprocher du mode de vie du Christ. Conceptions de la mission utilisées pour fonder, puis consolider La Compagnie de Jésus :les dimensions d’enseignement et de conversion sont maintenues, tandis que l’idée de disponibilité aux intentions de Dieu devient l’acceptation de l’envoi aux quatre coins du monde. Lorsque Ignace de Loyola meurt, à Rome, en 1556, la Compagnie de Jésus compte plus de mille membres, soixante-douze résidences et soixante dix-neuf maisons et collèges.

Corinne Amar