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Lettres choisies - Les Jésuites du Levant

édition du 26 février 2004

 

Illustration

De Tripoli à Cafetin : Une expédition mouvementée

Lettre d’un missionnaire d’Alep

[Anonyme et sans date]

(...) Enfin, nous arrivâmes à Cafetin : c’est la patrie de mon fidèle Soliman. Je fus logé chez lui et, pour me faire compagnie, il invita mon dévot Turc, le compagnon éternel de mon voyage. J’avais mangé pendant la route en compagnie, mais ce fut pour la première fois que je mangeai en famille. (...) Les amis de mon hôte vinrent me voir, plus par curiosité que par honnêteté. Quand ils m’eurent contempler à loisir, ils se retirèrent, et je fus surpris de voir toutes les filles et les femmes qui composaient la famille se ranger autour de moi et me tenir compagnie. Dans ce pays, jamais elles ne paraissent où il y a des hommes. Apparemment que Soliman leur avait dit que j’étais religieux franc et qu’il n’y avait pas de déshonneur pour elles de rester toutes ensemble avec moi. Ce qui augmenta ma surprise, c’est qu’elles avaient leur voile levé. Il est vrai que je ne les regardai jamais au visage - ce serait ici de la plus grande incivilité -, et dès qu’elles s’en aperçoivent, elles laissent tomber leur voile. Telles sont les lois austères que leur imposent l’éducation et la pudeur. Bon Dieu, que ces moeurs sont différentes des nôtres ! Dans toutes mes missions d’Europe, jamais je n’avais reçu tant de marques de bonté et de bienveillance que j’en reçu de cette famille infidèle. Ces bonnes gens me parlaient éternellement et je ne les entendais pas. Ils avaient la patience de tourner la phrase en tant de manières qu’enfin je comprenais quelque chose. Nos Français, tout polis qu’ils sont, n’ont pas ordinairement cette complaisance pour les étrangers. (...)


Jérusalem !

Lettre du Père Néret, missionnaire de la Compagnie de Jésus en Syrie au Père Fleuriau, de la même compagnie.

[1713]

Ma vocation pour la Syrie avait fait naître dans mon c ?ur le même désir qu’eut saint Ignace après sa conversion, d’aller visiter les Saints Lieux. Je quittai la France avec joie, et je traversai la Méditerranée dans l’espérance de pouvoir bientôt offrir à Dieu mes v ?ux dans le temple de Jérusalem et au pied du Saint Sépulcre de notre Sauveur. C’est pour acquitter ma parole que je vous présente la relation de mon voyage. Recevez-la, s’il vous plaît, mon révérend père, comme une marque de ma reconnaissance. Mais avant que de la commencer, je dois vous avertir que sa simplicité ne pourra être relevée que par la dignité et la sainteté des lieux dont j’ai à vous parler.

Illustration du Port de Jaffa (XVIe siècle).

Port de Jaffa (XVIe siècle) De Seyde à Jaffa

(...) A peine eûmes-nous perdu de vue Césarée de Palestine que nous découvrîmes la ville de Jaffa, anciennement nommée Joppé. Les Hébreux l’appellent Jaffa qui signifie Beauté. En effet, sa situation est charmante. Ce qui en reste est sur une colline grande et élevée, d’où l’on découvre, d’un côté la mer, et de l’autre, des campagnes vastes et fertiles. Saladin fit ruiner cette ville. Saint-Louis la fit rétablir quelques années après. (...) C’est au port de Jaffa que tous les pèlerins de Jérusalem arrivent. La situation de cette ville, tout agréable qu’elle est, arrête moins les yeux des pèlerins que la vue de la Terre sainte : le port de Jaffa la découvre. ( ?) Le port de Jaffa est célèbre pour avoir reçu les cèdres qu’Hiram, roi de Tyr, envoya à Salomon pour la construction du Temple. Mais il est encore plus recommandable par le mystère qui s’y accomplit dans la personne de Jonas lorsqu’il fut jeté en mer et qu’il fut englouti par un poisson. Ce port qui était fort grand autrefois, est si comblé présentement que les grands navires ne peuvent y entrer. A côté du port et le long de la mer, il y a une assez belle rue où l’on débite du riz, du café et du savon de Jérusalem et de Rama. (...)

De Jaffa à Jérusalem

(...) Ces saints monuments, que la Providence divine a pris soin de conserver, sont en effet les seuls objets qui méritent d’être vus dans Jérusalem. La ville n’est ni grande ni belle : on peut en faire aisément le tour en une heure. Elle renfermait autrefois en son enceinte le mont de Sion. Elle n’en contient présentement qu’une petite partie. Ses rues sont étroites, malpropres et mal pavées. Il y a toujours à monter et à descendre. Elle regarde l’orient en descendant. La ville est sans trafic et, par conséquent, très pauvre : son principal revenu consiste dans la profit qu’elle fait avec les pèlerins. Les Grecs y ont plusieurs églises et couvents. Celui du patriarche est le plus beau. Son église est dédiée à Sainte Hélène et à Saint Constantin, canonisés par les Grecs. Les Arméniens, les Coptes, les Syriens ont aussi leur monastère avec église. Les Juifs y ont leur quartier et leur synagogue. Les mahométans y ont plusieurs mosquées : la plus belle et la plus révérée des Turcs est celle qui occupe la place où le Temple Salomon était bâti. (...)

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